‹ La Belgique horticole (volume 5)Chapitre 104 sur 123 · UE FERRER EU · texte numérisé non relu

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à une certaine distance, en vertu de la diffusibilité des gaz, et de

ce balancement qui s'établit entre les produits dégagés par les êtres des deux règnes, l'équilibre se reconstitue, et l'air présente la même composition à peu près constante partout.

Des agents qui ont joué et jouent encore dans la distribution des plantes un rôle bien plus important, sont les courants aériens, les vents : non seulement ils transportent les graines des plantes à de grandes distances, et ainsi contribuent, encore maintenant, à leur dispersion, mais leur existence même, leur apparition à des époques parfois bien déterminées, durant lesquelles ils soufflent sans interruption, enfin leur plus ou moins d'intensité, sont parfois des circonstances décisives qui déterminent l'aire d'expansion de telle espèce ou de tel genre, et qui, en influant profondément sur le climat d’une région, contribuent à donner à sa flore un caractère particulier. C'est ainsi qu'ils agissent par exemple sur les arbres et la végétation arborescente, comme nous pouvons l'observer sur certaines côtes et sur de hautes montagnes.

L'eau et ses courants influent aussi sur la distribution géographique des plantes, en transportant leurs graines ; leur importance est grande surtout en ce qu'ils agissent sur le climat qu'ils modifient souvent d'une manière profonde, comme cela se voit dans les différentes mers qui présentent des courants chauds et des courants froids. D'autres agents ont une influence considérable dans la répartition des espèces, des genres et des familles, aussi bien que sur le caractère du pays: nous voulons parler des phénomènes de précipitation des vapeurs atmosphériques, phénomènes dont l'importance est si grande pour le développement et l'existence même de l'individu. Et cette influence n'est pas seulement locale, elle s'exerce sur à de grandes étendues, en agissant au moins sur les conditions de température. Des deux pôles se détachent chaque année d'immenses blocs de glace qui s’abandonnent aux courants de la mer; portés par eux dans des directions déterminées, ils arrivent dans

notamment l’acide carbonique. On en trouve par exemple en Bohême à Marienbad où le gaz acide carbonique se dégage en plus grande abondance qu’en aucun autre lieu connu, dans le Taunus, à la Grotte du chien près de Naples, dans la caverne du Mont-Joli près de Clermont, à Java, au Thibet, dans la caverne Typhon en Cilicie. etc.

des régions plus chaudes, et fondent en absorbant de grandes quantités de chaleur, ce qui ne laisse pas de rendre le climat plus froid.

Au contraire, bien que le développement et la vie de l'individu soient subordonnés à l'influence de la lumière, celle-ci semble n’influer que faiblement sur la distribution des plantes. En effet la lumière agit trop également sur tous les points du globe, et à l’exception des parasites et de beaucoup de cryptogames, les plantes sont à un même degré assujetties à recevoir son action vivifiante. Les rayons du soleil, apportant la lumière et la chaleur, arrivent en même nombre sur tous les points du globe ; il est vrai qu'ils tombent perpendiculairement sur certains points et obliquement sur d’autres, mais si cette différence dans l’angle d'incidence modifie la quantité de chaleur qu'ils donnent, il n'en est pas de même pour la lumière; on peut affirmer que chaque point de la surface du globe reçoit dans le cours d’une année la même quantité de lumière, aux pôles, où Le soleil reste sur l'horizon durant des semainesentières, comme sous nos latitudes, où le jour est plus ou moins long suivant la saison, comme à l'équateur, où le jour et la nuit sont invariablement de même durée. Partout aussi la même action s'exerce sur le monde végétal : car c’est sous l’influence de la lumière que se produit la décomposition de l'acide carbonique et la fixation du carbone par l'élimination de l'oxygène, ce sont les rayons lumineux qui déterminent ce grand mouvement de transformation de la matière, organisant durant la vie la matière inorganique. C'est pour cela que les plantes se dirigent toujours vers la lumière, et dépérissent quand elles ne peuvent la trouver; beaucoup restent malades assez longtemps, menant une sorte de vie factice, puis finissant par mourir. D'ailleurs on observe aussi des différences sous ce rapport, et de même que chez les hommes, on voit des plantes être plus avides de lumière, en avoir plus besoin que d'autres. Dans les bois on peut aisément se convaincre que le feuillage se dirige, dans sa croissance, vers la lumière : dans les forêts de haute futaie, on voit les arbres élever leurs rameaux vers le ciel pour dérober aux cimes voisines un rayon de soleil ; et si la forêt s'ouvre à la lumière, que ce soit une éclaircie ou un large champ, ils étendent tout d'un coup leurs branches presque horizontalement dans la direction de cette source inépuisable, prête à exercer son merveilleux pouvoir sur les phénomènes de la vie végétale.

Les feuilles et les rameaux de beaucoup de plantes montrent cependant, comme les fleurs du Grand-Soleil, un goût particulier pour {a lumière, et le manifestent en se tournant toujours du côté d’où elle vient. Si l’on met, par exemple, un Ozxalis en pot sur une fenêtre, les feuilles se tourneront bientôt de telle sorte que leurs trois folioles soient dirigées comme un bouclier parallèlement à la fenêtre, ou du moins ne fassent avec celle-ci qu'un angle très aigu. Si l’on tourne la plante , les pétioles commenceront immédiatement à se tordre et à se tourner aussi, jusqu'à ce que les feuilles aient repris leur première position par rapport à la source de lumière.

Si, comme nous le voyons par ces exemples, la lumière joue un rôle de la plus grande importance, au point de vue de l’activité individuelle de l’organisme végétal, si elle est vraiment indispensable à l'existence d'une plante elle-même, cependant la distribution géographique des végétaux, nous l'avons déjà dit, n'en dépend que faiblement ; tout au plus pourrait-on lui attribuer une influence assez notable sur la distribution des algues dans les différentes profondeurs de la mer.

L'agent principal, tant dans les diverses phases de la vie individuelle de la plante, que dans la répartition du règne végétal à la surface de la terre, c’est la chaleur, cette source de toute vie et de toute transformation dans la nature, cette véritable force vitale qui dirige et conserve tout organisme. Il y a plus de soixante ans,

Alexandre de Humboldt définissait la force vitale comme « la force

intérieure qui retient les affinités chimiques et empêche la libre combinaison des éléments dans le corps. » Depuis que les recherches plus récentes ont fait abandonner l’idée d’une force vitale en tart que spéciale aux êtres organisés, ces fonctions que Humboldt assignait à la force vitale, et qui sont bien manifestes dans les organismes, doivent être rapportées à la chaleur. « Sans la chaleur, dit Clausius, tous les éléments suivraient bientôt leurs affinités propres, et il s'établirait un équilibre qui ferait de la terre une masse morte et immuable. Mais la chaleur s'oppose à la constitution de cet équilibre, elle sépare les corps en dépit de leurs tendances intimes, écarte les unes des autres les molécules des solides et des fluides, et détruit même des combinaisons chimiques; par là des forces qui d’abord étaient

arrêtées dans leur action, arrivent à une nouvelle activité, ete. ».

On peut dire que toute la végétation dépend surtout de l’accroisse-

ment de la chaleur; pas une plante ne germe sans une certaine chaleur, et celle-ci doit se continuer et augmenter dans des proportions déterminées, pour que la plante pousse des feuilles, des fleurs et des fruits.

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