‹ La Belgique horticole (volume 5)Chapitre 111 sur 123 · AD · texte numérisé non relu

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Doué comme il l’était, et chercheur infatigable, il fût devenu une des sommités de la botanique. |

Enumérer, même sommairement, ses principaux ouvrages, c'est faire sentir le vide que sa mort laisse parmi les savants.

Sa thèse pour le doctorat ès sciences naturelles commence la série de ses travaux ; il en prend le sujet dans l'étude de la formation de la chlorophylle. Ses observations mieroscopiques lui démontrent que le nucleus de la cellule vivante est l'agent essentiel de la production de cette matière verte qui joue un si grand rôle dans la nature.

Poursuivant ses investigations sur le contenu des cellules végétales, le jeune savant publie en 1860, dans un mémoire qui excite vivement l'attention de l'Académie, le résultat de ses recherches sur la fécule, et en particulier de sa résorption dans l’albumen des graines en germination.

A. Gris se trouve ainsi amené à faire l’histoire de la germination au point de vue des modifications que cet acte détermine dans la composition des graines. C’est ce remarquable mémoire qui lui a valu le grand prix des sciences physiques, décerné en 1863 par l'académie de Paris(l). Ces études sur la germination lui fournirent l’occasion d'attirer l'attention des physiologistes français sur l’aleurone, dont la découverte due à Hartig, en Allemagne, avait passé inaperçue. Il fait connaître en détail le développement et la résorption de cette substance si abondamment répandue dans l’albumen et dans l'embryon des graines, spécialement des graines oléagineuses, et qui avait échappé aux observations en raison d’un de ses caractères distinctifs d'avec la fécule : sa solubilité dans l’eau.

En cette même année 1863, l’habile observateur communique à l’Académie ses notes sur la structure et les fonctions des vaisseaux. Les réactions auxquelles il les soumet lui prouvent que ces tubes sont bien réellement les conduits essentiels du liquide nourricier des végétaux.

Reprenant ensuite et complétant les travaux d'Hartig et ceux de Payen, en France, sur les alternatives de développement et de résorp-

(1) La Kevue des eaux et forêts a publié, dans ses numéros de juin et juillet 1865, un intéressant résumé de ce travail, rédigé par l’auteur.

tion que subissent suivant les saisons les matières amylacées contenues dans les tissus des arbres, À. Gris reconnaît que les rayons médullaires, le parenchyme ligneux et la moelle sont le siége d’une abondante production d'amidon. Cette matière s'y forme et s’y accumule en été, reste stationnaire en automne et en hiver ; puis disparaît au printemps pour servir à l'évolution et à la nutrition des nouvelles pousses; mais elle ne tarde pas à se reformer. De telle sorte que le temps pendant lequel ces tissus en sont dépourvus est de très courte durée. Il en conclut qu'il n’y a que deux grands mouvements des matières nutritives à l’intérieur du tissu des arbres : la génèse de ces matières en été et leur résorption au printemps. Tel est le sujet de deux mémoires présentés à l’Académie en 1866, sous le titre : Recherches pour servir à l'histoire physiologique des arbres. Dans un troisième mémoire l’auteur traite du degré de vitalité des réservoirs de substances nutritives suivant les différentes essences. IL voit que chez les unes la matière de réserve se renouvelle dans les mêmes cellules pendant quatre années consécutives seulement; chez d’autres, ce renouvellement s'opère pendant quarante ans et peut-être plus. Il fait remarquer que la zone ligneuse qui possède encore la vitalité nécessaire à la sécrétion de l’amidon dans le double système des rayons médullaires et du parenchyme ligneux correspond dans beaucoup de cas et assez exactement à la partie extérieure et peu colorée du bois que l'on désigne sous le nom d'aubier. Pour lui, le duramen «serait cette région centrale du tronc qui a perdu cette même propriété.

Enfin son dernier grand travail, qui a paru x extenso en 1869 dans les Nouvelles Archives du Muséum, a pour objet la moelle des végétaux ligneux. On admettait que ce tissu central n'avait qu’une action de peu de durée et cessait promptement de vivre. À. Gris reconnait, au contraire, que, loin d'être inerte et passive, la moelle prend une large part à la nutrition du végétal. On la décrivait comme un tissu cellulaire homogène ; il voit que trois éléments distincts entrent dans sa constitution : 1° des cellules qu'il appelle actives, parce qu'à diverses époques de l’année, pendant un temps dont la durée varie avec les essences, et qui peut être considérable, elles renferment des matières nutritives (amidon et tannin) qui se résorbent et se produisent périodiquement pendant ce même temps ; 2° des cellules inertes contenant des gaz ; 3° des cellules cristalligènes

dont les parois sont minces et l’intérieur occupé par des formations cristallines. Ces trois sortes d'éléments sont diversement associées suivant les plantes que l’on examine ; mais dans chaque espèce la structure de la moelle est constante, de sorte que cette portion des tiges ligneuses, à laquelle on n’attachait qu'une médiocre importance, peut servir à caractériser des familles et des genres naturels, ainsi qu’à décider de la valeur de certains groupes discutés.

Comme pour se reposer des laborieuses et patientes recherches que nous venons d'analyser si rapidement, A. Gris s'occupait en même temps d'études moins importantes, mais cependant fort intéressantes. Nous ne ferons ici que citer les titres des notes qui parurent dans les Annales des sciences naturelles, dans les Comptes rendus de l’Académie, dans les recueils de sociétés savantes, entre autres, dans le Bulletin des séances de la Société botanique de France, dont il était membre :

Observations sur la fleur des marantées. — Note sur l’origine et le mode de formation des canaux périspermiques dans les marantées. — Observations sur l’ovule et la graine du Posidonia caulini. — Note sur le développement de la graine du ricin. — Remarque sur la fleur femelle des conifères. — Note sur les corps reproducteurs des cycadées. — Note sur le fruit et la graine du Vajas major. — Notes sur le mouvement des étamines dans le Parnassia palustris. — Note sur la rose verte. — Note sur quelques cas de monstruosités observés dars le Philadelphus speciosus. — Note sur quelques cas remarquables de pélorie dans le genre Zingiber. — Description d'un nouveau genre de la tribu des marantées. — Description d’une nouvelle espèce de marantée du Brésil. ete. Puis une suite d’études faites en collaboration avec M. Ad. Brongniart sur les plantes de la Nouvelle-Calédonie.

Il y a deux mois à peine, celui que la mort vient de nous enlever si prématurément, occupait encore la chaire de botanique du Muséum, où, depuis plusieurs années déjà, M. Ad. Brongniart, dont il était l'élève, l'appelait à le suppléer. |

A. Gris aimait la botanique et savait la faire aimer de ses nombreux auditeurs, attentifs à ses lecons, qu’il rendait si attrayantes par les clartés de ses démonstrations et la logique de son enseignement.

Les notes, accompagnées de nombreux croquis, qu'il préparait pour ses lecons, constituent, sous la forme la plus concise, un cours de botanique des plus intéressants. Il devait les utiliser pour une impor-

tante publication en vue de laquelle il avait, au mois de juin dernier, signé un traité avec une des grandes librairies scientifiques.

Tous ceux que la botanique intéresse doivent regretter qu'Arthur Gris n’ait pu achever cette œuvre qui, en le faisant connaître au-delà du monde des savants, eût contribué, dans une large part, à répandre le goût de la science des végétaux.

LA CHALEUR ET LA VÉGÉTATION

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