‹ La Belgique horticole (volume 5)Chapitre 113 sur 123 · III. — DÉTERMINATION DES CONDITIONS CALORIFIQUES DU GLOBE · texte numérisé non relu

III. — DÉTERMINATION DES CONDITIONS CALORIFIQUES DU GLOBE

Après avoir, dans le chapitre précédent, exposé les phénomènes qui démontrent l'influence de la chaleur sur les végétaux, il est à peine nécessaire de prouver que de la répartition de la chaleur sur le globe dépendra aussi la distribution géographique des plantes. Un coup d'œil rapide jeté sur les conditions qui règlent cette distribution ‘ de la chaleur nous le montrera bientôt.

On sait que la température moyenne de deux points situés à une

certaine distance l’un de l’autre, sur le même parallèle, n’est pas nécessairement la même, et qu'au contraire il est de règle qu'elle soit différente. Plus on s'éloigne de l'équateur, moins la température de

l'air marche de pair avec la latitude. Les conditions de température

d'un point ne dépendraient de sa seule latitude, que si la surface de la terre était complétement couverte d'eau, ou si celle-ci n'existait pas et que la terre ferme fût une surface continue, sans

montagnes ni dépressions ; dès lors cette surface terrestre, partout

égale à elle-même, serait également apte partout à absorber et à réfléchir les rayons lumineux dans la même proportion, toutes conditions qui sont loin d'être remplies. Les rayons du soleil tombent ici sur de vastes étendues d’eau, là sur un continent, ailleurs sur des déserts sablonneux, ou bien sur des contrées où les forêts et les prairies, les montagnes et les vallées, alternent agréablement. Les cou-rants d'air qui portent la chaleur de l'équateur au pôle et le froid du pôle à l'équateur, souflent là sur la mer ou sur un pays plat, ici, au contraire, ils rencontrent une chaîne de montagnes qui fait obstacle à leur course normale ; là ils abandonnent leur chaleur aux masses d’eau de l'Océan, ici ils absorbent celle des déserts embrasés. D’autres considérations moins frappantes viennent encore s'ajouter à celles-ci, et font comprendre sans peine que deux points doivent être très rapprochés l'un de l'autre pour présenter absolument les mêmes conditions de température.

Les véritables conditions climatériques d'une contrée ne peuvent naturellement étre établies que d’après des observations directes poursuivies durant des années. Humboldt reconnut aussi que c’est seulement par induction qu'on peut arri ver à un résultat, et c’est à lui que nous sommes redevables de nos connaissances fondamentales sur cette importante partie des conditions cosmiques du globe terrestre. On a beaucoup fait après lui; de nombreuses stations météorologiques s'élèvent dans toutes les parties du monde et sous toutes les latitudes ; nous pouvons donc espérer d'obtenir, avec le temps, un tableau complet

des conditions climatériques de notre globe. C’est alors seulement que nous pourrons percer cette énigme de la géographie botanique, pour

l'explication de laquelle nous ne pouvons hasarder encore que des conjectures vagues et plus ou moins vraisemblables. Dans ces stations météorologiques on déduit la température du jour

de la moyenne des températures observées heure par heure ; en combinant les températures de 31 jours, on a celle du mois; et la moyenne annuelle s'obtient par la combinaison des moyennes des douze mois. Humboldt a, sur des cartes particulières, relié les points qui présentent les mêmes moyennes annuelles par des lignes quil nomme isothermes. Maïs une seule année d'observations est loin de suffire : il faut une série d'années aussi longue que possible. Après 25 années d'observations, Genève accusa une température moyenne annuelle de 11° R. dans l’année la plus chaude, et de 8°,25 dans l'année la plus froide, enfin de 9°,21 comme moyenne générale. A Berlin, à la suite d'observations qui durèrent de 1821 à 1834, on trouva 8,58 pour l’année la plus chaude, 5°,50 pour la plus froide, et en moyenne 7°,04.

Dans le sud les différences sont moins sensibles, la température est plus régulière : entre les tropiques la température moyenne annuelle est très peu différente de celle des diverses saisons prises séparément ; car les différences des moyennes mensuelles ne comportent que 2 à 3 degrés. Plus on s'éloigne de l'équateur, plus la différence se fait sentir : au Caire, l'écart entre le mois le plus chaud et le mois le plus froid est déjà de 13°,20 R., à Funchal (Madère) il est de 14°,80, à Munich de 15°,62, à Berlin de 16°,94, à Arkhangel de 24°,11, à Irkoutzk de 30°,29, enfin à Iakoutzk il s'élève à 50°,78; ce dernier point possède en janvier une température moyenne de —34°,43. La différence de température entre le jour le plus chaud et le jour le plus froid est naturellement encore plus grande : de 10° sous l'équateur, elle monte jusqu'à 60° et au delà dans la zone polaire,

Dove à fixé pour les différents parallèles la température moyenne que devrait leur donner leur éloignement de l'équateur ; c'est ce qu'il appelle la {empérature normale des parallèles. D'après ce tableau on peut, avec le secours de la carte des isothermes, trouver aisément si la température moyenne de l’année est, sur tel point donné, relativement trop haute ou trop basse. On voit, par exemple, que la température moyenne de toute l'Europe, de l'Asie mineure, de l'Arabie, de la Perse, des Indes orientales, et de la plus grande partie de l'Afrique et de l'Australie, est plus élevée que la température normale des cercles parallèles correspondants; au contraire l’Asie, sauf l'Inde et la Perse, et aussi le continent de l'Amérique septentrionale, jusqu'aux côtes du

Page 1