NOTICE SUR LA CULTURE DES ORCHIDÉES
(Æatraite et traduite du journal horticole : The Garden). Observations climatologiques.
Au point de vue de la culture on ne saurait répartir les Orchidées en moins de trois catégories, auxquelles correspondent tout autant de oroupes de conditions climatériques à observer, groupes que nous désignerons par la dénomination d'états climatériques. IL est des auteurs, à la vérité, prétendant que deux états climatériques suffisent pour élever avec succès n'importe quelle espèce d'Orchidée, mais nous sommes tellement éloigné de partager leur opinion, que nous croyons
qu'en portant de trois à cinq le nombre de ces états, on s’assurerait
par là même quelques chances de plus à une heureuse réussite. C’est ainsi que jamais on ne parviendra à faire prospérer des Orchidées provenant des Cordillères, du Pérou ou de la Nouvelle Grenade, côte à côte avec des exemplaires originaires des régions tempérées du plateau mexicain ou du Brésil. Assurément, à force de prodiguer les demi-mesures, fournissant de la chaleur d'un côté et de l’autre de l'humidité ou des courants d'air, on parviendrait à maintenir en vie ces différents spécimens, mais un tel résultat n’est pas de nature à satisfaire le véritable amateur d'Orchidées. De même ce serait s'exposer à une demi-réussite seulement que de vouloir élever dans des conditions identiques des Orchidées des plateaux du Mexique ou du Brésil et des Orchidées croissant dans les marais tropicaux de Bornéo, Java, Manille, ou de n'importe quelle île des Indes orientales. Pendant l'été, il est vrai, les résultats ne seront pas trop défavorables : une même serre, dans cette saison pourrait contenir des Dendrobium et des Phalænopsis : mais vienne l'hiver, et l’on verra bientôt succomber un grand nombre de Dendrobiums, qui ont besoin de repos et d’une sécheresse relative. Nous pourrions citer encore une foule d'exemples à l'appui de notre opinion mais nous préférons passer de suite à l'énumération des espèces susceptibles d’un traitement identique, et à l'indication sommaire de chaque genre de traitement.
L. Orchidées alpines, c’est-à-dire réclamant un climat tempéré.
Ces Orchidées, appelées aussi Orchidées froides, ont conquis à un tel degré la faveur du public qu’elles ont presque fait abandonner la
culture de ces fameuses Orchidées des Indes Orientales, les reines de nos expositions horticoles d'il y à quelque vingt ans. De fait, cette nouvelle manie est devenue si prépondérante que les Orchidées détrônées se voient menacées partout, à Londres et dans les environs — d'une extinction rapide et complète.
Les Orchidées froides réussissent admirablement dans les conditions en usage pour l'élève des Pelurgonium. I1 faut donc les tenir aussi fraiches que possible en été, mais en hiver une certaine chaleur est nécessaire à leur bien-être. Cette quantité de chaleur devra se maïntenir entre un minimum de 4° C. pour la nuit et un maximum de 15° C. pendant le jour. Ces conditions devront être observées de novembre en mars. Il peut arriver qu'en février la temnérature, sous l'influence d'une insolation passagère, dépasse de cinq à six degrés le maximum indiqué plus haut, mais les Orchidées n'en souffriront d'aucune manière si c'est la chaleur solaire seule qui est en cause. La question du degré d'humidité qu'il faut accorder aux Orchidées froides, l'emporte de beaucoup encore sur celle de température. Cette quantité d'humidité doit être abondante en toute saison, plus abondante même que pour n'importe quelle autre catégorie d'Orchidées.
Les Orchidées alpines ne prospèrent que dans un véritable bain d'humidité qui doit agir sur leurs racines tout aussi bien que sur les organes extérieurs visibles. [l est à peine nécessaire de faire observer qu'il est possible d'aller trop loin dans cette voie, mais, en règle générale, c’est par une trop grande parcimonie dans l’arrosage que pèchent la plupart des amateurs. En s’acquittant de cette fonction il importe de constater le degré d'humidité ou de chaleur de l’atmosphère et de régler d’après ces données les quantités d'eau à répandre tant sur les pots, pour l'absorption radiculaire, que sur les tables ou banquettes, pour l'absorption par les feuilles et les tiges.
En ce qui regarde la ventilation, il est nécessaire de ne négliger aucune occasion convenable de renouveler l'atmosphère.
Ces occasions, en effet, ne se présentent pas aussi souvent que l'exigerait le bien-être des plantes. Beaucoup de personnes semblent ignorer ce principe : il leur arrive fréquemment d’aërer au premier rayon de soleil qui se montre et presque toujours lorsque la serre à été surchauffée. En réalité nous ne connaissons pas de mesure plus funeste que de surchauffer les serres pendant les périodes de chaleur,
si ce n'est d'ouvrir les ventilateurs du toit lorsque, au dehors, la température est basse et sèche. Agir de cette manière, c’est faire subitement disparaitre l'humidité tiède et bienfaisante que les végétaux s'occupaient d'absorber. Veut-on aërer en hiver? Il faut, autant que possible, choisir une journée humide pourvu que la température extérieure ne soit pas trop basse. Il n’y aurait pas d'inconvénient à opérer par unciel serein, mais nous pouvons garantir un résultat bien plus satisfaisant si le temps est tiède et couvert. Cette règle se rapporte surtout à la culture des Odontoglossum et des Masdevallia. Les Orchidées froides, répétons-le, redoutent extrêmement toute apparence de sécheresse. En pareil cas, elles: trahissent leurs souffrances par l'allongement maladif de leurs feuilles et la constitution chétive de leurs pseudobulbes. En été, l'humidité leur est encore . bien plus indispensable qu'en hiver. Durant cette saison, il importe de les aérer autant que possible pendant le jour et de ne pas non plus négliger ce soin pendant la nuit, quoique, bien entendu, à un moindre degré. Pour réparer les pertes dues à l’évaporation, il faut seringuer l'atmosphère trois fois par semaine au moins, si le ciel est serein. Voici les noms de quelques Orchidées à qui pourra convenir l'état climatérique précédent : les Odontoglossum sauf l'O. citrosmum ; différents Phalaenopsis (Znsleayi, hastilabium, Kramerii, naevium, pulchellum, Uro-Shinnerii et quelques autres) ; tous les Masdevallia, sans exception ; l'Oncidium macranthum, les Pleione et les Disa. |
IT. Orchidées réclamant une température moyenne.
Nous entendons par température moyenne celle qui, en hiver, ne descend jamais sous 10° C. et ne dépasse pas, du mois de novembre à celui de mars, une limite maxima de 16° pendant le jour. Il peut arriver, mais exceptionnellement, que cette limite soit dépassée de quelques degrés à la suite de l’action un peu prolongée des rayons solaires. Cet état climatérique convient aux Orchidées originaires de plaines chaudes, où l'humidité prédomine spécialement pendant la période active de la végétation. Tous les Dendrobium s'accommodent, en hiver, des conditions de température précitées, mais en été, à l'exception du Dendrobium speciosum, ils réclament plus de chaleur et
d'humidité. Les Orchidées mexicaines de cette catégorie se contentent
d’une quantité d'humidité relativement bien moindre mais il n’en est pas de même des Orchidées brésiliennes. Il résulte des faits précédents que certaines Orchidées de cette catégorie réclament un traitement tout spécial. Les Zycaste par exemple et l'Odontoglossum citrosmum ont besoin de plus d'humidité que certains Catleya, Laelia et Fpidendrum qui, cependant, réclament les mêmes conditions de température. Le meilleur moyen d’aplanir ces difficultés est de répartir tous ces végétaux en groupes, dont l’un sera tenu plus humide que l’autre, tandis que le traitement sera identique sous les autres rapports.
S'il arrivait que des Zycaste ou certains Odontoglossum tels que l'O. citrorsum ou le Trichopilia suavis passassent l'hiver dans une sécheresse relative, on ne tarderait pas à les voir infestés d’une funeste maladie, l’acarus, et malheur à ceux qui permettent à un tel ennemi d'envahir leurs collections.
En été, il convient d’aérer les plantes lorsque le temps est beau. Il est préférable de laisser pénétrer l'air par les côtés plutôt que par le sommet de la serre. On a dit, mais à tort, qu’il vaut mieux aérer par le sommet vu que l'air froid, plus dense, pénètre à l’intérieur et laisse ainsi l’air chaud s'échapper. Le fait est exact; mais si on laisse fermés les ventilateurs du toit, l'air chaud, forcé de rester dans la serre, se condense au contact de l'air froid du bas et l'atmosphère se charge d'humidité sans grands efforts de la part de l'opérateur. Ce système est en usage à Fairfield et l'on s'y montre excessivement satisfait des résultats obtenus.
Nous citerons les espèces suivantes comme réclamant le traitement décrit ci-dessus : Odontoglossum citrosmum; les Oncidium, sauf l'O. Lanceanum, VO. luridam, VO. Cavendishii et probablement l'O. papilio lequel prospère dans une température élevée et sèche. Citons encore les Acinela et les Anguloa, qui réclament en été une atmosphère moins chaude que les Odontoglossum et Oncidium précédents; les Barkeria, Burlingtonia, Bletia, Camaroti, Cattleya (sauf C. superba), tous les Cattleya seront maintenus dans un état de sécheresse relative dès que la température tombera en dessous de 12° C., les CAysts, Cælogyne (qu'il faudra conserver à l'extrémité la plus chaude de la serre) les Cymbidium, les Cypripedium insigne, venustum, Schlimi, caudatum, les Dendrobium, Dendrochilus, E'pidendrum, Galeandra, Huntlea (extrémité la plus chauffée de la serre), Laelias, Lycaste, Milionia, Sobralia, Sophronites, Trichopilia et les Vanda cœrulea, cristata et teres: