‹ La Belgique horticole (volume 5)Chapitre 13 sur 123 · LT ODA · texte numérisé non relu

LT ODA

À cela, vous me répondrez de suite, la chaleur, l'humidité, l'ombre, le climat, enfin; oui, c'est vrai, c'est tout cela sans doute. Mais tout cela, nous l’imitons assez bien dans nos serres, telles qu’elles sont construites aujourd'hui et avec les soins assidus que nous donnons à ces plantes précieuses, et l'espace ne nous manque pas ici comme pour les grands végétaux.

Y aurait-il d’autres causes encore de cette infériorité de nos cultures ? Peut-être, et voici quelques observations que je soumets aux réflexions des amateurs et des horticulteurs d'élite.

Ici nous cultivons généralement ces plantes dans de la terre mélan- | gée de tessons et de charbons de bois, de mousse ou de sphagnum, ou bien sur du liège et des morceaux de bois. Or, tout cela est mort et par conséquent se décompose plus ou moins promptement.

Dans leur pays natal c'est tout l'opposé : les épiphytes ne croissent d'ordinaire que sur les arbres vivants.

Lorsque j'arrivai au Mexique, sitôt que je voyais de loin un arbre mort, j y courais, croyant récolter une ample moisson, et je fus toujours désappointé en n'y trouvant que des plantes souffrantes, jaunes, déssechées et mourantes. Là les épiphytes meurent avec l’arbre qui les porte, ou peu de temps après, et jamais je n'ai trouvé une seule plante bien vivante sur l’arbre mort depuis quelque temps.

Après un certain temps d'expérience, frappé de cette observation, je résolus de la pousser plus loin ; j'examinai avec attention les épiphytes sur l’arbre abattu par l’homme, et je vis qu'après peu de temps, elles se fanaient, se ridaient, devenaient enfin malades et souffrantes.

Il est vrai que l’épiphyte se trouvait souvent plus directement exposée à l'influence du soleil, que dans son état naturel; mais ces plantes craignent là-bas le soleil bien moins qu'on ne le croit d'ordinaire ici, et bien souvent elles croissent parfaitement sous l'influence directe de ses rayons.

Quelle est donc la cause vraie, fondamentale et physiologique du phénomène qui nous occupe ? Je crus d’abord que, quoique l'épiphyte ne pénètre nullement dans l'arbre, et par conséquent ne se nourrit aucunement de sa sève, celle-ci peut cependant, par la transpiration au travers de l'écorce, exercer une influence directe sur la végétation de la fausse parasite, et que par suite, la vie du support est, si pas nécessaire, au moins très-utile à sa bonne végétation. Il est probable qu'il en est réellement ainsi.

Ce qui me paraït confirmer encore dans cette idée, c’est que jamais je ne rencontrai d'épiphytes implantées sur certaines espèces d'arbres qui sont toutefois très-communes, comme certains Figuiers, par exemple, et d’autres encore, bien que les pieds s'en trouvent mêlés à d’autres, qui en sont littéralement recouverts, et avec lesquels ils se trouvent dans des conditions identiques. Est-ce que la nature de la sève ou de l'écorce de ces arbres exercerait une influence délétère sur la végétation épiphyte et s’opposerait à ce qu’ils soient envahis comme leurs voisins ? Autre question curieuse aussi à étudier au point de vue physiologique.

Mais, quoique la vie du support exerce une influence sans doute très-bienfaisante sur la végétation de l’épiphyte, dans son pays natal, elle ne lui est cependant pas toujours et absolument nécessaire.

Ainsi je vis souvent certaines Orchidées et certaines Broméliacées surtout, croître parfaitement, tantôt sur les arbres, tantôt sur les roches complétement nues et dépourvues de toutes particules de détritus et elles s’y cramponnaient vigoureusement par leurs racines.

J’observai aussi bien souvent que plusieurs espèces de petites Orchidées et Broméliacées, se développent parfaitement sur des branches, très-minces, à l'extrémité des rameaux, auxquelles elles ne tenaient que par quelques petites racines quelquefois complétement désséchées, mais projetaient dans l'air, leurs racines vivantes pour y puiser leur nourriture.

Et lorsque par un accident qui se rencontre fréquemment, ces jolies plantes viennent à être détachées de leur léger support et tombent à terre, elle ne font aucune racine dans les détritus qui les environne et y dépérissent promptement, comme si par là elles voulaient prouver que le nom de filles de l'air, qu'on leur donne dans certains pays, est littéralement vrai.

En étudiant de près la germination des Orchidées, dont les graines ténues comme la poussière, vous le savez, se répandent par millions dans l’air, je vis que contrairement à ce que je présumais d’abord, elles ne se développent que sur l'écorce des arbres et de préférence dans les endroits absolument dépourvus de détritus végétal, quoique là elles devraient trouver bien plus facilement l'humidité nécessaire à leur développement.

Si vous observez la végétation naturelle des Orchidées surtout,

Er v HO vous verrez que les bulbes nouveaux, se forment en dehors et à la circonférence de l’agglomération formée par les bulbes anciens et qu’elles étendent leurs racines tendres à l'extérieur de cette masse plus ou moins serrée de racines, en grande partie mortes et décomposées et qu'elles cherchent plutôt leur nourriture dans l’air en dehors de toute matière étrangère.

Enfin j'ai cru remarquer que certaines Orchidées qui croissent souvent sur terre ou parmi les roches, se développent plus vigoureusement lorsqu'elles se trouvent, ce qui arrive quelquefois, dans l’enfourchement des grosses branches d'un arbre, et quelles prolongent leurs racines à la fois dans le détritus végétal qui s’y accumule, et qui parait nécessaire à ces espèces, sur l'écorce de l'arbre et dans l'air ambiant.

D'autres fois, il est vrai, l’on trouve certaines Orchidées et Broméliacées croissant très-vigoureusement sur terre, dans les pierres, les feuilles et le bois mort, dans le détritus végétal enfin ; mais ce sont des espèces à part, peu nombreuses du reste, que l'on ne voit que dans cet état et qui ne croissent pas en véritables épiphytes, c'est-à-dire, attachées aux arbres.

Des observations qui précèdent, il me parait résulter, que si on peut dire, que l'arbre sur lequel croît l’'épiphyte, n’est pour elle qu’un support, ou point d'appui pour la soutenir dans l'air, et ne contribue que bien peu, ou peut-être point du tout, à sa nourriture, il me parait constant, que la décomposition, plus ou moins rapide du support est presque toujours nuisible et contraire à la bonne végétation de la plante vraiment épiphyte.

Quelques observations que j'ai faites dans nos serres, sont venues confirmer l'opinion que je me suis formée dans le pays d'origine des plantes qui nous occupent. Ainsi j'ai vu certaines épiphytes délicates, cultivées par des horticulteurs intelligents dans du sphagnum vivant, et qui s’y développaient d'une manière remarquable.

J'ai admiré aussi récemment au Jardin botanique de Liége, un fort pied de Philodendron suspendu en l'air, qui y projetait uniquement ses racines et venait les planter dans la terre à vingt pieds au-dessous. Ce sujet, magnifique de vigueur, me rappela avec bien du plaisir, la splendide beauté de la même plante croissant dans son pays natal. Or, n'est-ce pas là le but auquel nous devons tendre autant que possible dans les cultures de nos serres.

ER

Il me paraït donc que le choix des supports et le mode de culture des épiphytes devrait attirer davantage l'attention de nos amateurs et des horticulteurs. Déjà, je le sais, on a essayé d'employer le charbon de bois et le bois plus ou moins carbonisé, et l’on en a obtenu, je crois, d'assez bons résultats. Le liège est aussi généralement préféré au bois lui-même. Ne pourrait-on essayer de certaines pierres plus ou moins poreuses, d'objets en terre cuite et de diverses autres matières peu ou point sujettes à la décomposition ?

Je sais que tout cela est mort : mais si nous devons autant que possible nous rapprocher des procédés de la nature, dans l'espoir d'imiter autant que faire se peut, ses produits et ses beautés, il faut bien reconnaitre qu'il n’est guère possible dans le cas qui nous occupe, de la copier littéralement. Mais nous sommes loin d’avoir épuisé tout les moyens mis à notre portée, et je ne désespère pas de voir découvrir, dès que l’on s’en occupera davantage, des procédés bien supérieurs à ceux employés aujourd'hui et qui pourraient contribuer à augmenter les jouissances des amateurs de ces végétaux intéressants.

D'abord il me paraît que l’on devrait s’efforcer de bien connaître les Orchidées surtout, qui, dans leur pays natal, croissent en véritables épiphytes; ces espèces sont bien plus nombreuses qu'on ne le croit généralement.

Une culture qui se rapprocherait autant que possible de l’état naturel de ces plantes, outre qu'elle pourrait donner sans doute, une végétation plus vigoureuse et plus naturelle, rendrait nos serres bien plus pittoresques et par conséquent plus attrayantes,pour l'amateur, aussi bien que pour tout le monde. La variété des formes de ces plantes parait bien plus grande, lorsqu'elles sont suspendues aux arbres comme dans leur pays d'origine, leur floraison est bien plus naturelle, toute la plante enfin acquiert bien plus de souplesse, de légèreté et d'élégance. Les tiges gracieusement recourbées de quelques-unes, et les longues guirlandes pendantes de quelques autres, ne ressemblent guère, il faut l'avouer, aux plantes droites et raides que nous voyons d'habitude ici dans nos serres.

Je sais qu'il faut, pour obtenir ce que je désirerais, beaucoup d'étude, beaucoup de persévérance et surtout beaucoup de goût ; mais nous avons fait déjà bien du chemin dans cette voie et tout nous engage à faire mieux encore.

Page 1