SAN RASE
Je voudrais pour mon compte que la serre de l'amateur, soit bien plutôt une espèce de salon gracieusement orné d’un nombre plus restreint d'espèces bien choisies et de beaux sujets, croissant vigoureusement dans ses formes naturelles, qu’une collection nombreuse d'espèces dont les noms intéressent sans doute le savant, maïs qui ne donnent aucune idée des gracieuses beautés de ces végetaux croissant dans leur pays, attachés au tronc des arbres ou suspendus à leurs branches.
PARIS HORTICOLE EN Mers
Traduit du Journal of Horticulture de M. ze D' Hocc.
Et avez-vous trouvé Paris bien changé? Voilà l’éternelle question qu'on vous adresse dès qu’on sait que vous en venez. On peut y faire des réponses différentes; sous certains rapports on dira: mais pas le moins du monde. Vous voyez sur les boulevards les mêmes flaneurs,
ces hommes qui semblent n'avoir d'autre occupation que de battre le
pavé ou de s’attabler pour savourer leur café ou leur orgeat. Entrez
dans les restaurants : vous y trouverez le même Adolphe ou le même Jean qui vous a servi l’année précédente ; le cocher de fiacre vous remet un billet qui est peut être le voisin de celui qu’il vous a donné en 1870; les mêmes chevaux gris (nous pensions qu'ils étaient tous mangés)
trainent les omnibus ; vous prenez votre correspondance comme autre-
fois. À votre hôtel, vous êtes recu et salué par le même concierge décidé, comme toujours, à vous tromper si l’occasion s’en présente ; Antoine, la bougie à la main, vous conduit à votre chambre dans le doux espoir d'être gratifié d'un bon pour-boire : tout, enfin, se passe comme toujours et vous vous frottez les yeux et vous commencez à penser que la guerre de 1870 et la Commune de 1871 n'ont été quun
rêve.
Mais si vous sortez de nouveau, si vous vous promenez sur la Place
de la Concorde, et, de là, au Jardin des Tuileries, vous verrez toute la facade du Palais détruite, les casernes en face de la rue Rivoli démolies, le Palais royal en ruines. Les magasins, restaurants et jardins
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existent comme toujours, et vous pouvez diner chez Brébant ou aux Trois Frères, si vous en avez envie et si votre bourse Le permet. Vous verrez, plus loin, les masses noircies de l’'Hôtel-de-Ville, du Théâtre Lyrique, du Palais de justice, et vous serez bien convaincu que tout ce qu’on à dit des atrocités des Ferré, Lullier, Félix Pyat et autres, n’a point été un songe, et il n'y a qu'à s'étonner d’une chose, c’est que tout Paris n'ait pas péri. Mais la question qui se présente aux lecteurs du journal est celle-ci : « Paris est-il beaucoup changé au point de vue horticole ? Quel sort ont eu les jardins, les places, les promenades et les parcs ? » Je suis d'avis qu'il faut rendre justice à l'énergie dont Paris à fait preuve pour réparer ses désastres. Quand on pense que quelques-unes de ses promenades, comme par exemple le Parc de Monceaux, ont été converties, pendant quelque temps, en immenses cimetières, -et qu’à l'heure qu'il est, elles sont fraiches et couvertes de gazons nouvellement semés, nous sommes forcés d'admirer ce goût du beau qui est une des qualités distinctives de la race française. Tous ceux qui ont visité Paris ou se proposent de le faire, apprendront, je crois, avec plaisir que les arbres qui prétaient un si grand charme aux boulevards, restent également intacts et ne semblent point avoir souffert des horreurs de la guerre malgré la rareté des combustibles. La Commune, qui a élevé des barricades d'après un plan si bien conçu et si rigoureusement exécuté, à déilaigné l'emploi des matériaux si fragiles, quoiqu'on en eüt fait grand usage dans les révolutions précédentes.
Il en est de même de cette charmante promenade des Champs- Elysées. Les arbres n’ont pas souffert, cafés chantants, concerts, carrousels, marionnettes, tout demeure comme autrefois, à peine quelques troncs endommagés. Néanmoins, on voit à l'instant qu'il s'est opéré un changement : vous chercherez en vain les magnifiques parterres de fleurs et de plantes, les végétaux exotiques qui, d'ordinaire, ornaient le Parc de Monceaux et les autres jardins. A leur place vous trouverez des Pétunias et des fleurs qui peuvent facilement être reproduites par la semence. Le manque de combustibles et le feu des batteries ont presque détruit La Muette, qui servait de pépinières aux jardins de Paris. — Les troupes de Versailles n'étant entrées dans la capitale
que le 18 mai, époque avant laquelle aucune réparation n'avait été
commencée, le changement opéré depuis lors est vraiment merveil-
leux. Un demes amis me disait qu'à son entrée dans Paris, après le
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règne de la Commune, on ne voyait plus un brin d’herbe dans le Pare de Monceaux. Il en était de même des autres promenades. Quant au Jardin d'Acclimatation et au Jardin des Plantes, le premier est littéralement changé en désert, et le second est rempli de tentes et de soldats, au point que le passage en est obstrué. Les serres sont également presque vides. M. Decaisne, l’habile directeur, a fait appel au public pour tâcher de remettre ses serres dans leur état primitif; mais je ne crois pas que cet appel soit entendu de sitôt. C’est le Jardin du Luxembourg qui semble avoir souffert le moins, grâce à ses propres ressources.
Quoique les pertes en aient été considérables, un grand nombre de plantes a dû être préservé pour permettre à M. Rivière de faire une exposition aussi remarquable. Les grandes ressources dont la France dispose et qui lui permettront de se remettre bientôt de ses désastres, se montrent au grand jour quand on voit que les marchés de Paris sont approvisionnés comme à l'ordinaire. Tous ceux qui ont intérét à voir ce que les Parisiens consomment de fruits et de légumes, n'ont qu’à se rendre aux Halles centrales. Rien n’y manque. Il y avait des quantités d'excellentes pêches de Montreuil, se vendant de 20 à 30 centimes la pièce, les moins grosses à 10 centimes, des Chasselas mürs à 60 centimes la livre. Les bouquetières avaient autant d'occupations que jamais, jasant et plaisantant pendant leur travail, comme si elles n'avaient pas eu deux sièges à subir. De même au marché de la Madelaine et sur les quais, il y avait grande quantité de plantes, toutes proprement arrangées dans leurs enveloppes de papier blanc, et abondance d'acheteurs, tandis que les établissements bien connus de Filleul, Bourjon, Prévost, etc. exposaient, comme à l'ordinaire, de charmants bouquets et de magnifiques fleurs.
Je viens de montrer un côté de la médaille; mais hélas! il y a un revers dont je parlerai dans le chapitre suivant : « Les environs de Paris, » Il y a des scènes de désolations qui font saigner le cœur, surtout quand on regarde de près la destruction et qu'on pense aux horribles circonstances dont ces ruines sont les conséquences.
Quand on a visité Paris, on ne peut oublier les merveilleux changements, produits sous l'empire dans les boulevards et les rues débouchant de l'Arc de Triomphe, surtout cette belle avenue de l’Impératrice avec ses villas élégantes, ses jardins bien tracés et ses