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environs charmants. Sur tout cela les « loups rapaces de la guerre » ont été lancés, et, hélas ! tout est changé. Des maisons démolies, des arbres détruits, des jardins ravagés, des poteaux de réverbères brisés, et ailleurs, rien que des ruines. Descendez à la Porte Maillot, ou plutôt à la place où elle se trouvait, et vous n’y verrez qu'un amas de décombres. De la gare d'Auteuil, il ne reste plus une pierre. Si vous voulez vous faire un idée des effets produits par les engins de guerre modernes, dirigez-vous dans l'avenue de Rueil et entrez dans le jardin de ce qui autrefois formait le n° 50 de l'avenue. Il n’y reste littéralement plus pierre sur pierre, pas un arbre dans le jardin qui n'ait été fracassé par les obus du Mont-Valérien, ou qui ne renferme des balles ou des éclats de bombes ; à différents endroits du jardin, on trouve de grands monceaux de projectiles. Qu'aura pensé le propriétaire en rentrant dans sa résidence favorite, et que penseriez-vous, mon cher lecteur, si votre jolie villa avait eu un sort semblable? C'était un spectacle bien affligeant. Cependant on pouvait juger du caractère du propriétaire en voyant au milieu de toutes ces ruines, des hommes occupés à déblayer le jardin, et à planter un ou deux parterres de Pélargoniums, afin de répandre un peu de gaîté sur cette scène de désolation. Tous les visit-urs de Paris connaissent bien le bois de Boulogne, ce rendezvous si cher à tous ceux qui pouvaient se payer un fiacre! Quand les Allemands cernèrent la capitale, toute la partie du bois confinant à l’enceinte, fut rasée par ordre du général Trochu, de sorte que, maintenant, on n'y trouve quun espace complétement dénudé. On voit, en eflet, que les fortifications furent une erreur, ou, si elles étaient utiles à quelque chose, on n'aurait dù ni planter des arbres ni construire des maisons dans le voisinage. Quand on se dirige plus avant dans le bois, les dégâts ne sont pas aussi considérables qu'on pourrait le croire, et je suis certain que d'ici à peu de temps, à moins d'une révolution nouvelle, il pourra reprendre en partie son ancienne splendeur.
De la Porte Maillot au Point du jour, Passy, etc., on aperçoit partout les traces de la terrible guerre civile qui a souillé Paris pendant les mois de mars, d'avril et de mai, époque où la Capitale était gouvernée par la Commune et pendant laquelle les gredins, rebut de toutes les nations, se livraient avec les forcats de la France
à des orgies dans les palais de la cité des bords de la Seine. Si les
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Prussiens avaient commis la dixième partie de cette dévastation, on les aurait assimilés aux Goths et aux Vandales; bon nombre de Français les regardent d’ailleurs déjà comme à peu prés aussi mauvais. — Mais tout cela à été l'œuvre de Français; et le cœur vous saigne à la pensée que ces horreurs ont été commises en plein 19% siècle, dans la capitale même de ce qu'on appelle Civilisation.
Mais vous seriez peut-être désireux de savoir jusqu'à quel point certains particuliers ont souffert de cette guerre. Il n'y a personne qui ne connaisse le regretté M. Lierval, qui depuis nombre d'années s’adonnait à la culture des Phlox et maintes autres plantes.
Je ne connais pas, dans toute cette guerre d'histoire plus triste que la sienne.
Il y a quelques années, il quitta son ancien établissement, relativement petit, pour l'échanger contre un nouveau, auquel il avait consacré les épargnes de sa vie. Il avait construit une nouvelle maison d’habitation, une belle rangées de serres en fer et quelques-unes en bois; il avait réuni une belle collection de plantes de serre, Palmiers, Fougères, etc. Au commencement du siége, il alla l’habiter avec un fils âgé de 14 ans. Au mois de décembre, il fut atteint de la petite vérole et emporté par cette terrible maladie agissant sur un corps affaibli par les inquiétudes et l'insuffisance de nourriture fortifiante. Il n’est pas mort, cependant, d'inanition, comme on l’avait rapporté.
Son gendre se chargea alors de la direction de l'établissement ; mais hélas ! que pouvait-il faire ? L'hiver le plus rigoureux qu'on ait vu en France depuis de longues années, s’approcha ; les combustibles devenaient rares ; il était impossible de s’en procurer pour chauffer les serres, pendant que les hommes mouraient de froid; la collection de M. Lierval fut condamnée. On fit un grand effort pour rentrer quelques plantes dans la maison d'habitation afin de les sauver ainsi, mais en vain. Vinrent ensuite les bombes du Mont-Valérien, et une ruine complète indique la place : le jardin est couvert de mauvaises herbes, les serres sont remplies de pots contenant les squelettes des plantes qui l'automne dernier encore étaient dans toute leur beauté. De toute cette magnifique collection, il ne reste qu'une seule plante. Les maisons sont fortement endommagées ; la famille n’a pas le moyen de restaurer l'établissement et si elle ne réussit pas à obtenir un dédommagement du gouvernement, il sera perdu. La collection des Phlox a été pré-
servée dans un jardin contigu. On expédiera probablement quelques belles variétés cet automne ou au printemps prochain, car, grâce à leur nature vivace, ils ne réclament pas les soins et l'attention des plantes de serre. Les amateurs de cette belle fleur peuvent venir en aide à la veuve en lui commandant des collections de ces nouveautés, parmi lesquelles j'ai réellement vu quelques belles espèces.
On ne peut voir de tels malheurs infligés à des hommes aimant la paix et haïssant la guerre, sans ressentir toute la scélératesse d'une guerre entreprise de gaîté de cœur et sans aucune provocation, comme ’était cette dernière.
Le prophète hébreu dit avec raison : « Ils ont porté la ruine et la désolation dans ce magnifique pays. »
DÉCORÉ DE, L'EATMALAVA
Extrait et traduit de la « Pflanzendecke der Erde » de M. L. Rudolph, PAR M. TH. PLucker.
La grande vallée de l'Inde est bornée au Nord par l’imposante barrière de l'Himalaya. Cette barrière s'étend avec des dimensions variables depuis les monts Hindu Kuch du plateau de l'Iran jusqu'aux frontières de la Chine et de l'Inde septentrionale. Sa prodigieuse longueur, 370 milles(l), dépasse la distance de Paris à Moscou et sa largeur, 45 milles, lui permettrait de remplir tout l’espace compris entre la Bohême et la mer Baltique. Il n’est donné qu'à l’imagination seule de mesurer ces proportions colossales : l'œil ne peut qu'admirer la grandeur, la majesté du spectacle que lui offrent ces cimes élevées.
La chaine principale, sur toute sa longueur, atteint la hauteur du Mont Blanc, 14,700 pieds ; elle est surmontée par des pics couronnés de frimas, s’élevant bien au-dessus de la limite des neiges éternelles.
(1) I s’agit ici du mille allemand qui vaut environ cent minutes.
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C'est ce dernier fait que le mot Himalaya, en sanscrit : domaine de la neige, semble vouloir exprimer. Aucun de ces pics n’a moins de 20,000 pieds et le regard s'élève avec une crainte respectueuse depuis les plaines de l'Hindoustan jusqu’à cette allée de cimes neigeuses qui forment souvent deux rangées parallèles. La plus grande hauteur connue est celle qu'atteint le Dhawala Giri (autrement dit Mont-Blanc) situé dans la partie occidentale de l'Himalaya. Sa tête pénètre à près de deux lieues de distance dans le ciel et dépasse ainsi toutes les mon- tagnes du globe. On estime à 26,400 pieds sa hauteur absolue, et jamais pied humain n’en a foulé le sommet. De nombreuses vallées sillonnent les flancs de toutes ces montagnes. Au nord de la chaine centrale, : jaillissent, à peu de distance l’une de l’autre, les sources de plusieurs fleuves, qui, après avoir d’abord roulé leurs eaux le long des pentes de l'Himalaya, le rompent ensuite obliquement pour aller les épancher dans l'immense plaine du Gange.
Trois chaînes principales sont nettement distinctes dans ce système de montagnes ; elles se dressent en terrasses l’une derrière l’autre. La première, dont la hauteur moyenne est de 3200 pieds, consiste en pierres de sable sur un fond d'argile et renferme de grandes richesses en charbon ; la seconde, hauteur comprise entre 3,200 et 8,400 pieds, est formée principalement de terrains ardoisiers et la troisième ou Himalaya proprement dit, de gneiss mélé à du granit.
C'est ici que la nature nous développe le caractère d’un paysage dans les montagnes avec des proportions ignorées partout ailleurs. Le jour, l'éblouissante blancheur de la neige, fait ressortir l’azur profond du ciel. Mais la nuit surtout est admirable par les féeriques beautés qui forment son cortège. Les étoiles étincellent au zénith avec un éclat inconnu dans une atmosphère plus dense. On dirait de brillants éclairs quand elles jaillissent de derrière les cimes qui les dérobaient à la vue et non moins rapide est leur disparition à leur coucher. Des pics gigantesques, entièrement enveloppés de neige, se dressent de toutes parts. Toute trace de vie a disparu. Un silence effrayant plane sur ces régions retirées, interrompu seulement de temps à autre par le craquement des avalanches. Froide, sauvage, pleine d'horreur est la scène sur laquelle la lune répand sa blanche lumière et les démons sont les acteurs dont l’a peuple l'imagination
épouvantée.