‹ La Belgique horticole (volume 5)Chapitre 20 sur 123 · DRE · texte numérisé non relu

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Rien n’explique d'où est tombé ce jardin. En tournant l'arbre on n’aperçcoit qu'un tronc lisse, sans plantes grimpantes.

Cette masse de verdure appartient aux câbles que vous avez remarqués 20 yards plus loin, escaladant un arbre peu élevé, de là, ils en ont gagné un plus grand, puis les voilà hors vue, dans les branches inférieures du gros arbre. Quant aux noms de ces espèces à leurs familles, qui les connaît? Ni le forestier le plus expérimenté, ni le botaniste ne peuvent vous nommer une plante dont ils ne voient que le tronc. Celui même qui les connaît pourrait à peine en citer le vingtième. Les feuilles, les fleurs, les fruits, ne peuvent être examinés que si l'arbre vient à être coupé. Et encore! Parfois, retenu par mille chaînes vivantes, il refuse de tomber.

Notre remarquable Water-Wine de tout à l'heure peut lui-même provenir de trois ou quatre espèces différentes. Ce peut être un Vitis. caribæa, ou un Cissus secyoides, ou une Chinchonacée voisine des Quinquinas, ou un Uncaria quinensis ou bien d’autres plantes encore, tant ces régions renferment encore de trésors inconnus.

La variété de la végétation vous étonne ; vous vous rappelez que les plantes sociables sont rares à la Trinité ; les seuls exemples sont les Morus (que je n'ai jamais vus à l'état sauvage) et certains palmiers, les Mawritrius flezuosa. En Europe, une forêt est habituellement formée par une essence dominante : sapin, pin, hêtre, chêne, bouleau. — Ici, pas deux plantes qui se ressemblent; sur un are, il y a plus d'espèces que dans ce que nous appelons la nouvelle forêt. Ce sont des troncs de tous calibres, lisses, rugueux, armés de piquants, raides, cannelés, perpendiculaires, penchés, branchus, arqués, soudés; des feuilles alternes, opposées, tiges sans feuilles, ou portant des feuilles suivant tous les modes possibles.

L'esprit et les yeux sont fatigués de cette continuelle fascination. Toutes les couleurs sont représentées : troncs cuivrés, gris, bruns, verts, noirs comme carbonisés, marbrés par des lichens variés ; en voici de blancs d'argent qui reluisent dans les buissons; d'autres troncs sont dissimulés sous une verte fourrure de mousse ou par des fougères grimpantes aux frondes de dentelle ou encore enlacés par les racines aériennes d’une parasite. Un Seguine (Philodendron), aux feuilles entières escalade ce tronc; en voici un autre, le PAilodendron lacerum avec ses feuilles profondément incisées; une noble

plante. Là un Cerimen (Wonstera perlusa) montre ses hautes feuilles treillagées, plusieurs fois fourchues. Elles croissent si vite, qu’elles n'ont pas le temps de remplir leurs nervures ; de là les vides réguliers qu'elles présentent. Le spadice, que la plante forme aussi très-vite, émet (comme plusieurs Aroïdées) une telle chaleur, un tel feu de passion, que le thermomètre, voire même la main, l'accusent. Gardezvous de briser le Cerimen, non plus que le Philodendron ; il S'en échapperait une odeur repoussante avec un latex irritant.

Voyez au pied de l'arbre suivant, cette fougère grimpante, aux frondes délicatement ciselées ; c'est le Lygodium de nos serres chaudes ; et cette autre, avec ses racines adventives qui font ressembler son tronc à une patte de lièvre. Plus loin le petit Griffe-chatte (Bignonia unguis Linn.) à enfoncé ses crampons, acérés comme les ongles du félin pour s'aider à grimper. Quelle est dans l'air cette délicieuse odeur? C'est la vanille sans doute; Les tiges charnues de l’'Orchidée tropicale serpentent là-haut. La gousse odorante est hors portée mais le nègre et le singe savent atteindre au trésor.

En somme, il y a là, au moins une douzaine d'espèces admirablement charpentées qui, en Europe, pourraient être appliquées à cent usages. Votre guide, (je le suppose hospitalier et instruit comme un Ecossais), vous montrera avec orgueil quelque colonne, droite comme celle d’une cathédrale, de 60 à 80 pieds, sans branche ni nœud. C’est dira-t-il un Fiddle-wood (Vitex), voilà un Curapa (Carapa guianensis) celui-là est un Cèdre (Cedrela), plus loin, un Roble (Wachærium); plus épais que tous les autres, voici un Locust (Zymænia Courbaril) ; là un Poui (Tetoma serratifolia) ; ici un Guatecare (Zecythis), un Bucida. A l'entendre tous sont incorruptibles et défient et le temps et Les insectes. Il vous fera voir comme une curiosité le Letter-wood (Brosimum Aubletii) aussi dur qu'il est mince; le Zignum vitae (Guaicum). Le purple-heart (Caponifera) dédaignant comme inutiles le Ceiba (r60dendron) etle Sablier des Antilles (/Zwra crepitans), dont la taille étonne. S'il aperçoit en haut, à une cinquantaine de yards, le Matapalo il aura une malédiction pour ce brigand, terreur des grands arbres. À chaque progrès fait dans l’art d'étrangler, ce parasite se réjouit, je pense. Depuis le petit Matapalo, qui émet sa première racine contre le trone de sa victime, jusqu'au vieux pécheur qui fait porter à 80 pieds par des branches transversales, la lourde couronne de son feuillage, l'arbre

sur lequel sa graine est tombée d'abord, à péri, étouffé : à sa place il prospère dans sa méchanceté. Le guide le salue en passant d’un rire moqueur. |

Mais il s'arrête avec un sourire de satisfaction à la vue de feuilles luisantes, d'un vert foncé, qui se flétrissent à terre en un cramoisi brillant. C’est la dépouille d’un Balata (Mimusops balata), qui ne peut être loin. En effet, voici le tronc de ce roi de la forêt; une colonne rouge garance. La cime peut avoir 150 pieds. Le forestier passe la main sur son arbre favori comme l’éleveur flatte un cheval de race et, voulant lui montrer son affection à la mode des Indiens de l’ouest, il lui donne un coup de couteau. Ce nest pas une plaisanterie; il veut vous faire voir les vertus cachées du plus noble des arbres, de cet arbre de Dieu, plein de sève. De la blessure jaillit aussitôt un lait blanc épais, qui va se coaguler en un produit intermédiaire entre la gutta-percha et le caoutchouc. Le temps viendra, dit-il, où le marché anglais de gutta-percha sera alimenté par les Balata des montagnes du nord, impropres à la construction. Voilà une Sapota, cousin du Sapodilla (excellent arbre fruitier aussi), remarquable par sa fécondité. Tous les 5 ans il se couvre d’une abondante moisson de prunes délicieuses. — Si bien que les nègres paresseux le jugent digne de leurs peines et de quelques jours d'un rude labeur; ils risquent d’encourir les peines de la loi (c’est la propriété du gouvernement) et abattent l’arbre pour ses fruits. Celui-ci, votre guide, se le réserve. Il y a loin d'ici au poste du gouvernement, et cela vaut la peine de courir quelques chances. Equarri, l'arbre aura encore 3 pieds de diamètre et 80, 90, peut-être 100 pieds de longueur. Le bois est dur, incorruptible, excepté dans l’eau salée, meilleur que le chêne, aussi bon que le bois de Teck, surpassé seulement par le Poui. On fera un échafaud à 8 pieds pour le couper au-dessus des arcs-boutants. Pour ce faire, il appellera à l’aide une bande de voleurs (les conviets sont d'un réel usage à la Trinité); un jour ou deux pour l’abattre et 3 ou 4 pour l’équarrir à la hache, suffiront. Il faut faire une trace dans le bois et pour cela, élaguer une végétation qu'un millionnaire européen paierait volontiers 100 livres par an dans son parc. Les bois coupés, les Palmiers surtout, seront distribués en rouleaux qu'il faudra plusieurs semaines pour entrainer, surtout par la saison humide. Mais la chose est possible, donc elle se fera. Imprimant une marque particulière au

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trésor qu'il a découvert, il vous conduit à travers les broussailles, éclaircissant le passage en frappant de droite et de gauche; vous voudriez lui demander d'arrêter sa main et de respecter des choses aussi belles, aussi curieuses et qui seraientinestimables dans une serre chaude d'Angleterre.

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