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M. Rivière a présenté à la Société centrale d’horticulture de Paris (séance du 24 août 1871), un pied d’Artichaut venu de graines et qui est entièrement dégénéré, puisqu'il est repassé à l’état d’un véritable Chardon, chargé d'épines sur ses feuilles ainsi qu’à sa tête, dont les écailles sont minces, sèches, rétrécies presque dès leur base en pointe que surmonte un fort piquant, au lieu d'être épaisses, charnues à leur base, et obtuses au sommet avec une échancrure plus ou moins prononcée, ainsi qu’elles le sont dans l’Artichaut cultivé.
M. Rivière dit qu'il a mis sous les yeux de la compagnie ce pied d'Artichaut pris parmi beaucoup d’autres, afin de montrer les graves inconvénients que peut offrir la multiplication par semis de cette plante potagère. Il dit que cette plante complétement dégénérée lui a été remise par un jardinier-maraîcher qui, ayant perdu tous ses Artichauts, par l'effet de la dernière guerre, et ne pouvant dès Lors en faire de nouvelles plantations par œilletons comme de coutume, possédant d’ailleurs de la graine de cette plante, a imaginé d’en faire, avec tout le soin convenable, un semis sous chässis, en vue de se procurer le plant qui lui manquait. Une fois les jeunes pieds obtenus, il les a repiqués plusieurs fois de suite pour en accélérer le développement; enfin, quand ils ont été suffisamment forts, il les a plantés en pleine terre; après quoi, il a été fort désagréablement surpris de n’obtenir que des têtes de Chardons en place de têtes d'Artichauts comestibles. Parmi toutes les plantes ainsi obtenues, une seule à fait exception en rappelant, quoique d’assez loin, notre Artichaut cultivé. M. Rivière demande aux personnes compétentes en fait de culture maraîchère qui sont présentes à la séance, notamment à M. Laizier et à M. Gauthier (R..-R.) s’il leur est jamais arrivé d'obtenir de bons
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Artichauts de graines. On cultive, dit-il, dans les jardins potagers, comme deux espèces entièrement différentes, le Cardon et l’Artichaut, entre lesquels il y à incontestablement plusieurs points de ressemblance ; la distinction de ces deux espèces est-elle aussi légitime qu'on l’'admet habituellement ?
M. Laizier répond qu'il lui serait fort difficile de donner des renseignements bien précis relativement à la question soulevée par M. Rivière. La culture de l’Artichaut est trop secondaire, dans les jardins maraîchers de Paris, pour qu'on ait occasion d'y faire beaucoup d'observations sur cette plante. Quant au Cardon, il est mieux connu; en général, il conserve très-bien ses caractères; mais, dans des cas fort rares, on le voit jouer, comme on dit, avec l’Artichaut, dont il revêt alors plus ou moins complétement les caractères.
Quant à M. Gauthier, il conseille de ne jamais songer à multiplier l'Artichaut autrement que par œilletons, ceux-ci étant de véritables marcottes naturelles qui, comme toutes les marcottes et les boutures, conservent les variétés avec toutes leurs particularités distinctives. Le semis de graines d’Artichauts ne lui a généralement donné que de mauvais résultats.
M. Louesse confirme ce que vient de dire M. Gauthier. Il est constant, dit-il, que le semis ne donne jamais que de mauvais Artichauts à tête épineuse et nullement ou à peine comestibles.
M. Duchartre fait observer que le mauvais résultat du semis des graines de l’Artichaut n’a rien de surprenant. On sait en effet qu'il faut qu'une plante modifiée par la culture ait été semée et ressemée pendant longtemps pour que les caractères en soient transmissibles par voie de semis. C’est ce qu'on voit particulièrement dans les jardins pour les plantes annuelles ou cultivées comme telle, qu'on obtient constamment de graines ; encore même, dans ce cas, faut-il entourer de soins constants les porte-graines de ces variétés améliorées et en empêcher en même temps le croisement avec d’autres variétés de la même espèce, pour que les semences qu’on obtient donnent des plantes, d'un côté non dégénérées, de l’autre pures de race et non métisses. Or, par cela même que l’Artichaut n’est pas une race habituellement et depuis longtemps multipliée par voie de semis, dans les cas rares où on re:ourt pour lui à ce genre de multiplication, la nature reprend ses droits sur l’art, et la plante redescend subitement toute la série
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des perfectionnements qu’elle a éprouvés successivement dans les jardins; d'où 1l résulte que les pieds obtenus ainsi de graines ressemblent beaucoup plus au type de l'espèce sauvage, qu'à l’Artichaut considérablement modifié et amélioré, qui est l’objet habituel de nos cultures. Quant à ce type sauvage de l’Artichaut, M. Duchartre dit qu'il n'est pas très-facile de savoir quel il est en réalité, mais que tout autorise à croire que c'est purement et simplement le Cardon, où l'espèce botanique nommée Cynara Cardunculus L. — Lorsque Linné a distingué ces deux plantes comme deux espèces différentes, le Cardon sous le nom de Cynara Cardunculus, Y Artichaut sous celui de Cynara Scolymus, il les à différenciées seulement parce que le Cardon a les feuilles épineuses, tandis que l’Artichaut à les siennes presque épineuses (foliis subspinosis). Il a indiqué comme patrie du premier l'ile de Crète, comme patrie du second la Gaule Narbonnaise, l'Italie et la Sicile. Il a fait observer que J. Bauhin regardait le Cardon comme issu de l’Artichaut. Mais les botanistes plus récents n’ont nullement confirmé cette indication de la France méditerranéenne, de l'Italie et de la Sicile comme patrie de l’Artichaut; ils ont même mis hors de doute que cette plante ne croît naturellement dans aucun de ces trois pays, et déjà De Candolle disait positivement, en 1818 (#1. franc., IV, p. 108) : « On n’a pas encore trouvé l’Artichaut commun dans l’état sauvage. »
MM. Grenier et Godron pour la France, les floristes italiens de notre époque pour leur pays ont entièrement confirmé cette assertion. L’Artichaut n’a donc jamais été trouvé à l’état sauvage, tandis que le Cardon non modifié par la culture, c’est-à-dire à feuilles très-épineuses et à grosse tête de Chardon, se trouve assez fréquemment dans les terres incultes et sur les coteaux secs, sablonneux ou calcaires de presque tous les pays qui bordent la Méditerrannée, ainsi qu'en Portugal. Il est incontestable pour tout le monde que le Cardon de nos jardins est le simple Cynara Cardunculus L., spontané autour de la Méditerrannée, mais que la culture a modifié, perfectionné, dont elle a fait une variété faiblement épineuse sur ses feuilles, et même une autre variété entièrement sans épines. Ainsi s’est évanoui dans les jardins le seul caractère qui, pour Linné, distinguät réellement le Cynara Cardunculus L. du Cynara Scolymus L.— Mais puisque l’Artichaut n'existe pas à l’état sauvage, il ne peut être sorti que du Cynara
cardunculus L., par suite d'une modification plus profonde que celle qui a donné les Cardons avec ou sans épines, modification qui, cette fois, aura porté essentiellement sur la tête elle-même, en y épaississant fortement la base des écailles de l'involucre et le réceptacle du support commun des fleurs, c'est-à-dire ce qu'on nomme vulgairement le fond. C’est en effet ce que n’a nullement hésité à admettre M Moris, dan; son importante Flore de Sardaigne (F1. Surdoa, II, p. 460), et ce que professent aussi, à son exemple, MM. Willkomm et Lange, dans leur ouvrage actuellement en cours de publication sur la Flore d'Espagne (Prodr. Floræ hispan., IT, p. 180). M. Moris considère le Cardon et l’Artichaut comme une seule espèce, le Cynara cardunculus L., dans laquelle l’Artichaut forme la variété f. sativa. Il rapporte que des graines du Cardon sauvage, semées dans le jardin botanique de Turin ont donné naissance à des pieds d'Artichaut (Joc. cit., p. 462).
Quant à MM. Willkomm et Lange. ils admettent qu'il existe, pour les plantes dont il s’agit, une seule espèce botanique, le Cynara cardunculus L. (Planta typica sylvestris) qui, à l'état sauvage, est épineux dans toutes ses parties. En perdant, soit en partie, soit tout à fait ses épines et en épaississant les côtés de ses feuilles par la culture, cette plante est devenue notre cardon (Planta typica culta). Enfin une modification encore plus complète due à la culture, a fait naître l’Artichaut (var. safiva). — Ceci posé, il n’y a pas lieu de s'étonner que parfois dans les jardins et sous nos yeux le cardon joue, comme vient de le dire M. Laïzier, c'est-à-dire que, faisant un pas de plus dans la voie du perfectionnement, il s'élève à l’état d'Artichaut,; il est surtout fort peu surprenant que, lorsqu'on sème des graines d’Artichaut, cette plante rétrograde dans la même voie, reprenne les caractères primitifs de l'espèce et devienne une sorte de chardon à feuilles épineuses, à folioles de l’involucre lancéolées et fortement piquantes, puisque le résultat de la multiplication par semence, est de reproduire l'espèce plus ou moins pure, sauf, comme il a été dit plus haut, pour les plantes
cultivées qui, depuis longtemps n’ont été multipliées que par semis.