‹ La Belgique horticole (volume 5)Chapitre 46 sur 123 · QUELQUES MOTS SUR LA QUESTION DE LA SÈVE · texte numérisé non relu

QUELQUES MOTS SUR LA QUESTION DE LA SÈVE

L'appréciation que nous avons émise de la deuxième édition du Traité de la taille et de la culture des arbres fruitiers (Voy. la Belg. hort. 1871, p. 184) a ému quelque peu les arboriculteurs praticiens. Nous avions exprimé le regret de ce que les notions fondamentales de physiologie et d'anatomie végétales n'arrivent pas à la connaissance des cultivateurs et que dans cette déplorable situation le jardinage est exposé à devenir routinier. Nous avions constaté que les éléments

scientifiques qui ont cours chez les jardiniers, même les plus habiles,

(1) De ces vingt-deux espèces, trois appartiennent à la famille des Hydrocharideées, les autres à la famille des Potamées, dont M. Ascherson étend les limites en y comprenant des genres (Zostera, Phyllospadix, etc.)qu’on distingue ordinairement en une famille spéciale.

comportent beaucoup d'erreurs et de préjugés; que ces éléments

ne progressent pas mais qu'ils consistent au contraire dans un fond

banal, arriéré et stéréotypé qui à chaque instant doit induire en erreur ceux qui pourraient y ajouter foi. Dans l'intérêt même de l'horticulture nous avons voulu rendre ceux qui sont chargés d'enseigner cet art, attentifs aux progrès scientifiques. :

Nos observations s'adressaient autant aux hommes de science qu'aux praticiens. En effet les jardiniers sont actifs et avide: de s’instruire: ils ne dédaignent pas les vérités qui sont bien établies et qui leur sont démontrées ; ils sentent bien que le terrain manque sous leurs pas quand ils cessent de s'appuyer sur les recherches scientifiques. Dans leur zèle ils fondent des sociétés, des cercles, des annales, des écoles, des cours et des conférences, et vraiment, ils sont fort habiles quand

ils traitent des questions qui concernent leur art; sur toutes ces

questions de taille, de culture, de plantation, de semis, de composts et de fumures, etc., ils peuvent en apprendre au botaniste le plus instruit. Dans un jardin ou dans une serre un botaniste et un jardinier considèrent chacun les plantes à un pomt de vue différent et dirigent autrement leurs regards. Les jardiniers sortent de leurs aptitudes quand ils s’'aventurent sur le terrain scientifique. Ils le reconnaissent avec la meilleure bonne foi puisqu’'en pareil cas ils recourent non pas aux plantes qu'ils cultivent si bien, mais à des livres : c'est dans les

livres qu'ils étudient la nature. Or il y a peu de bons livres : il n'y

a pas en français de bons traités de physiologie végétale. Il n’est donc

pas étonnant que les connaissances scientifiques fassent défaut. Nos jardiniers sont trop abandonnés à eux-mêmes ; les rapports entre eux et les hommes de science ne sont pas assez suivis ni assez intimes. En critiquant le Traité de la taille c'est moins à l’auteur que s’appliquaient nos observations, qu'à l'organisation même de l’enseignement horticole et même aux savants qui se confinent trop exclusivement dans les pures théories.

La botanique doit trop au jardinage pour que les botanistes n’usent pas envers les jardiniers du plus beau procédé de reconnaissance, celui de leur dire la vérité. Ce ne sont pas les jardiniers qui ont fondé la science botanique ; c'est donc aux botanistes à la leur apprendre,

et ces enseignements sont toujours recus avec empressement.

C'est à ce sentiment qu'il faut sans doute attribuer le vif désir E

qu'éprouvait l’auteur du Traité de la taille de connaître les faits sur lesquels nous avions basé notre jugement. Pendant l'assemblée générale de la Société royale de botanique, le 3 décembre dernier, sos la présidence de M. B. du Mortier, nous avons été amené à préciser et à développer notre première appréciation.

M. Emile Rodigas, professeur à l'École d'horticulture de Gand, vient de publier dans le Bulletin d'arboricullure un compte-rendu détaillé et presque sténographié de cette partie de la séance. Ce compte-rendu est fort habilement rédigé : il reproduit littéralement nos paroles. Nous n'exprimons de réserves que sur le titre que nous ne comprenons pas : /a sève ne circule pas. À cela près M. Rodigas a fort exactement rapporté nos opinions.

Nous avons d'abord relevé dans les premiers chapitres du Traité de la taille diverses assertions que nous croyons inexactes, par exemple en ce qui concerne la constitution de la membrane cellulaire, la forme des cellules, la formation des vaisseaux ; quelques erreurs, notamment par rapport aux spongioles ; ou des quiproquos comme entre les bourgeons et les rameaux, etc.

Mais dès que cela nous à été possible nous avons quitté ce terrain des petites observations de détail, pour exposer quelques propositions essentielles concernant la nutrition des plantes. Nous les reproduisons ici telles que M. Rodigas a bien voulu les recueillir et les publier.

« .…. La sève, telle que les arboriculteurs l’entendent, n'existe pas. Il n’y a pas d'absorption d'ensemble; il n'arrive pas dans la plante une sorte de bouillon; chaque aliment est absorbé à part et ces aliments sont transmis sous des formes diverses. Il n'y a pas seulement de l’eau qui pénètre dans le végétal, il y a aussi des matières minérales et de l'air. C'est l'ensemble de ces matières, de cette eau et de cet air qui fournit les éléments plastiques du végétal. Ce liquide, qui abonde dans les fibres végétales, qui s'élève par le bois, des racines aux feuilles, ce liquide qui s'écoule des plaies de la Vigne et d'autres lianes, ce liquide que Hales, Knight, Duhamel et tant d’autres après eux ont nommé la sève, ce liquide n'est pas de la sève. La sève des arboriculteurs routiniers n'existe pas; c'est de l'eau d’évaporation. La sève végétale n’est pas, comme on pense communément, une sorte de bouillon plus ou moins léger, concentré ou

élaboré, qui circulerait dans les veines des plantes. Cette sève là n’a

nor des

jamais existé que dans la théorie de beaucoup de praticiens. Ceux-ci ont eu tort de supposer chez les plantes l'existence de quelque chose d'analogue au sang chez l'homme. Les éléments nutritifs des plantes consistent en eau, en gaz, en composés alimentaires et en matériaux plastiques. Ces derniers sont nombreux ; tous circulent distinctement, pour leur propre compte, chacun selon sa nature et les besoins de l'organisme. Il ne faut pas confondre l’eau d'évaporation avec l’eau de végétation ; il ne faut pas croire que les plantes absorbent dans le sol une solution déterminée de ce qu’on appelle les sucs de la terre... Il existe donc en réalité une migration et non une circulation de principes plastiques : ils se rendent des organes d'élaboration vers les centres de consommation (zone génératrice, racines, etc.) ; ou bien des lieux de production vers les organes de dépôt (moelle, écorce, bulbe, tubercule) ; souvent des lieux de dépôt vers les organes en voie de développement. Ainsi, il est évident que les principes élaborés montent pendant la pousse des pommes de terre, la floraison des Jacinthes, la germination des pois, le développement des fruits terminaux, etc. Ces faits primordiaux auraient dû suffire seuls pour réduire à néant la vieille théorie de la sève descendante. »

Nous avons tenu à reproduire ici l'énoncé de ces opinions afin d’en assumer la responsabilité et de les bien préciser si, contre notre attente, cette discussion devait se prolonger.

L'article de M. Rodigas rend également compte de quelques expériences intéressantes de M. le D' F. Van Horen concernant des décortications annulaires.

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