SUETURE DE VERS MORILLE
M. Laurent Geslin, propriétaire à Bourg-la-Reine, vient d'adresser au Journal d'agriculture pratique, une intéressante communication sur la culture de la Morille. Si les résultats vraiment remarquables que M. L. Geslin a obtenus sont, non point fortuits, mais susceptibles de se produire régulièrement, la culture nouvelle qu'il préconise ne manquera pas de trouver des imitateurs.
Voici sa communication :
Très-amateur du parfum de la Morille, parfum presque aussi délicat que celui de la Truffe, l’idée m'est venue, en 1868, d'établir une couche à ma maison de campagne et d’y cultiver ce champignon, comme l’on cultive notre champignon de couche (Agaricus campestris). Je composai ma couche ainsi qu'il suit :
2 cinquièmes de crottin pur de cheval nourri au sec;
2 cinquièmes de terre enrichie avec de la gadoue de ville ;
1 cinquième de bois pourri.
Ma couche ainsi formée, j'y semai des fragments de morilles que j'avais recueillies. Le résultat ne répondit pas à mon attente. Ma couche, située dans une cave non éclairée, fut envahie par l’agaric, et je n'eus que cinq morilles. Toutefois je ne me décourageai pas, et je remplacai un cinquième de crottin par un cinquième de terre prise dans un endroit où j'avais récolté des morilles.
L'an dernier, j'ai obtenu 13 kilog. 500 de morilles sur un espace de 3",50. La production régulière a commencé dès les premiers jours d'avril pour durer jusqu’à la mi-juillet. Après cette époque, la morille a cessé de croitre, et je n'en trouvai qu'une ou deux à des intervalles de temps irréguliers. Cette année, ma couche a recommencé sa production à la même époque que l'an dernier, et cette production est assez grande pour rémunérer et au-delà du peu de dépense qu'occasionne l'établissement et l'entretien de la couche.
Je crois qu'après cette saison ma couche s’épuisera ; aussi je viens d'en refaire une autre dans les mêmes conditions, et j'y sème les germes fibreux qui restent à la base des morilles que je récolte en ce moment.
J'ai choisi pour cette culture la petite morille brune, de préférence à la blanche, qui est plus grosse, mais dont le parfum est moins accentué et moins délicat.
La morille, comme le champignon de couche, n'aime ni l'air ni la lumière, mais elle demande plus d'eau. Il est bon toutefois de ne pas Jaisser longtemps cette eau sur la couche. Aussi j'ai muni le dessous de ma couche, qui n’a que 0",15 d'épaisseur, de deux claies d'osier qui permettent un plus rapide écoulement. La terre ne doit pas non plus être battue par un arrosage trop violent; aussi ai-je adapté à mes arrosoirs le brise-jets Raveneau, qui répand l’eau en nappes.
La morille sèche facilement et, qualité précieuse, sèche sans perdre son parfum. C’est un grand point, car, si mon espérance d'obtenir une productivité continue se trouve erronnée, la dessiccation me permettra toujours de jouir pendant une partie de l’année de cet excellent produit. La dessication se fait en enfilant les morilles par la base, et en les suspendant soit dans un grenier, soit dans tout autre endroit sec.
Je ne saurais trop recommander cette Culture aux amateurs, aux jardiniers et aux champignonnistes si nombreux des environs de Paris.
La morille est un produit cher; on en trouve peu. Il faut des heures pour en récolter un très-petit plat. Eh bien, mon expérience, dont je suis sûr maintenant, peut amener la vulgarisation de cet excellent comestible et mettre à la portée des petites bourses un mets dont la saveur n'est pas moindre que celle de la truffe.