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NOTICE HISTORIQUE SUR LA VIGNE, PAR M. G. DELCHEVALERIE

C’est en Orient que l'industrie du vin a du prendre naissance; les hiéroglyphes des anciens temples de l'Egypte nous montrent encore aujourd'hui la fabrication du vin à plus de six mille ans des jours actuels.

Dans le tombeau de Phtah-hotep situé dans la Nécropole de l’ancienne Memphis on trouve encore aujourd’hui des scènes de vendanges et de la fabrication du vin sous la v”° dynastie, environ 4000 ans avant Jésus-Christ. Elles sont représentées sur un bas-relief qui décore la salle du tombeau de Phtah-hotep, haut fonctionnaire public qui vivait à Memphis. On voit sur ce tableau le coupage des grappes, le foulage du raisin avec les pieds afin de l’écraser et le pressage pour en extraire le jus ; le tableau est terminé par un homme en

(1) Le Saule pleureur possède un nom chinois d’après M. l’abbé Perny. Un passage curieux de Chateaubriand, dans son Zéinéraire de Paris à Jérusalem, prouve qu’il regardait aussi le Saule pleureur comme originaire de l’extrême Orient.

état d'ivresse, ce qui signifie bien que déjà, à cette époque on ne prenait pas toujours le vin avec modération.

Sur d'autres scènes de vendanges reproduites par Champollion on voit la culture de la Vigne en berceaux, la cueillette des grappes, le système d'arrosage employé, le foulage par des hommes suspendus a une corde attachée en haut à une traverse appuyée sur deux perches fourchues et enfin des vendangeurs infidèles qui, en état d'ivresse, recoivent en présence du maitre, des remontrances et la bastonnade.

Champollion nous dit aussi que, dans une fête célébrée à Alexandrie en l'an 284 avant Jésus-Christ à l’occasion de l'association au trône de Ptolémée Philadelphe, il y avait parmi les chars qui figuraient dans le cortège celui du vin. Il était à quatre roues, long de vingt coudées et large de seize; il était traîné par trois cents hommes et l'on y avait construit un pressoir plein de raisins que soixante satyres foulaient, en chantant la chanson du pressoir, au son de la flûte et autres iustruments de musique. Silène y présidait etle vin doux coulait tout le long du chemin.

Dans cette cérémonie, de nombreux enfants portaient pour le service du vin, des pots, dont vingt étaient d'or, cinquante d'argent, et trois cents en émaux de toutes les couleurs. Or, les vins ayant été mêlés dans les urnes et les tonneaux, ceux qui étaient dans le s/ade en goütaient avec modération.

Les vignes étaient souvent palissées sur des berceaux et très-régulièrement arrosées et cultivées au temps des anciens Egyptiens. On vendangeait le raisin que la consommation journalière avait épargné. Le raisin coupé était transporté avec des paniers dans une cuve placée entre deux Palmiers-Dattiers. Le raisin y était immédiatement foulé par des hommes qui se soutenaient à une corde tendue, d'un palmier à l’autre, ou comme nous venons de le dire, à une traverse appuyée sur deux fourches en bois.

L'offrande du vin est fréquemment figurée dans les représentations religieuses. Le vin est enfermé dans de grandes jarres qui sont bien bouchées et rangées dans des caves.

On voit aussi sur les monuments de l'antique Egypte, la fabrication du vin cuit; le raisin est déposé, dans un grand vase placé sur un fourneau allumé ; lorsqu'il a suffisamment bouilli, le moût et son marc sont mis dans une toile d’où le vin clarifié s'échappe dans des vases

à la suite d’une forte torsion donnée à cette toile par des leviers j mus à force de bras. |

Sur les parois d'une caverne, ayant servi de sépulture à la famille d'un hiérogrammate attaché au collège des prêtres d'Ælethia, que

Champollion le jeune nomme Phapé se trouvent d'autres scènes de

vendanges et de fabrication du vin ; on voit deux hommes qui cueil=

lent du raisin à une vigne recourbée en berceau et les mettent dans de larges paniers qu'on emporte sur la tête ; ces raisins sont versés dans le pressoir dont on puise le vin dans le récipient pour le transverser dans des amphores. Le pressoir est en forme de cuve carrée ; au-dessus se trouve une poutrelle posée sur deux fourches. A cette poutrelle sont suspendues des plaques de bois entre lesquelles on écrase le raisin, ou des bandeaux d'étoffes dans lesquels on presse la grappe pour en extraire le jus.

Les auteurs anciens ont distingué plusieurs qualités de vins produits par le sol Egyptien.

Il y avait : |

1° Le Vin Mariotique, récolté dans le voisinage du lac Maréotis près d'Alexandrie (et qu'on appelait vin Alexandrin), provenait, selon Athénée, d’un excellent raisin ; il était blanc, léger, parfumé et diurétique. Le plant avait été piqué par Masson, compagnon de Bacchus.

20 Je Vin de la Thébaïde, auquel Athénée accorde beaucoup d’éloges, notamment celui de Coptos, si léger qu’on le donnait aux fiévreux.

30 le Vin tœniotique, qui, délayé dans l'eau, prenait la couleur du miel de l’'Hymette.

4° le Vin de la ville de Plintine, où, selon Hellanicus, poussa la première vigne.

5° le Vin d'Antylle, ancienne ville du Delta, était le meilleur, le plus aromatique, le plus doux aux lèvres, le plus gai et le plus généreux. Les Pharaons d'Egypte et les rois de Perse abandonnèrent le revenu des vignes d’Antylle comme apanage à leurs femmes légitimes.

Dion reprochait aux Egyptiens d'être de grands buveurs. La classe que la pauvreté empéchait de boire du vin, buvait une sorte de bière d'orge mêlée d’une infusion amère de lupin. Aristote déclare que

ceux qui sont ivres de vin tombent en avant, tandis que ceux qui le sont de bière tombent en arrière. Athénée prétend qu’on peut combattre l'ivresse en mangeant des choux bouillis.

Les prêtres s’opposèrent dans l'antiquité à la culture de la vigne et la firent même arracher. Ce qui justifie le sentiment des prêtres sur les dangers résultant de l'abus du vin sous un climat tel que le leur, c'est que la plupart des peuples de l’Afrique septentrionale ont adopté cette mesure longtemps avant la naissance du prophète.

Les prêtres Egyptiens soutenaient que l’usage du vin empêche les savants et les philosophes de faire des découvertes, et c’est pourquoi le prêtre Egyptien Calasiris, qui joue un si grand rôle dans le roman d'Héliodore refuse constamment de boire du vin. Cette opinion leur est sans doute venue de ce qu’ils s’appliquaient beaucoup à la géométrie et à l'astronomie, deux sciences qui exigent une grande présence d'esprit. On sait que les effets du vin sont pernicieux dans les pays chauds, c'est pourquoi on n'en servait point aux Pharaons. Pythagore adopta aussi sans restriction le précepte du régime égyptien touchant la défense du vin. Moïse cependant ne l’adopta point et permit cette liqueur à son peuple qui témoignait une passion singulière pour le vin.

Noé planta et cultiva la vigne dans la vieille terre de Gessen ; Biraban-ballah, aujourd'hui l’une des plus belles stations agricoles du Khédive, était l’une des contrées les plus fertiles de cette célèbre vallée de la Bible (voyez Genèse, chap. XLVI, vers. 34).

Voici au sujet de la vigne de Noé, une légende qui se rapporte au

. déluge universel :

« Quand l'arche d'alliance de Noé fut vidée de tout ce qu'elle renfermait pour être sauvé du déluge universel, hommes, animaux, végétaux, etc., la vigne ne se retrouva plus et Noé s’adressa alors à l'ange Gabriel, afin de savoir ce qu'elle était devenue ; il apprit que le Diable l'avait emportée. Noé la lui ayant réclamée, il refusa opiniâtrement de la lui rendre sous prétexte qu'elle lui appartenait.

« Eh bien donc, leur dit Gabriel, partagez-la entre vous » — « Je le veux bien répondit Noé ; je lui en laisse le quart » — «Ce nest pas assez, reprit Gabriel » — « Va pour la moitié, répartit Noé » — « Ce

n’est point encore assez, continua Gabriel; il faut qu'il en prenne deux tiers, le reste te suffit. » L'ange de Dieu voulait dire par là que le jus de la vigne ayant la propriété d’enivrer et de faire perdre à l'homme

sa raison, il doit être pris modérément. Le diable seul et ses adhérents peuvent en boire à volonté.

Les anciens Egyptiens cultivaient la vigne en buissons, c'est-à-dire qu’ils la taillaient comme des arbustes sans tuteur ni palissage. Ils la cultivaient ainsi dans de grands enclos non loin de leurs habitations.

Sous les Romains on plantait aussi très-fréquemment la vigne au pied des Müriers, des Acacias, Peupliers, etc,, et autres arbres à cime peu touffue. Les sarments montaient jusqu'à une grande hauteur et ne subissaient presque pas de taille. On récoltait ainsi d'abondants et excellents raisins de table ; c’est encore ce système de culture qui est pratiqué en Italie, et nous avons visité aux environs de Bologne d'immenses champs de vigne plantés près des müriers et des érables, en longues lignes dans les cultures de Maïs, de Chanvre, etc. Nous avons cultivé dans plusieurs domaines du Khédive, la vigne de cette façon, et récolté d’abondants raisins, sans taille ni culture.

Sous les Ptolémées, la culture de la vigne fut pratiquée en grand et continua de l'être sous le gouvernement des Romains jusqu'à la conquête des Khalifes qui la firent cesser.

Les Egyptiens ont dû rapporter la vigne de l'Asie, car ils avaient poussé à un degré élevé l'échange des plantes d'un pays à l’autre. Les hiéroglyphes nous montrent encore les Egyptiens débarquant de la mer rouge en Egypte des végétaux étrangers qu'ils rapportent de leurs retraites victorieuses sur les peuples asiatiques.

De l'Asie, pays originaire de la vigne, et où on la rencontre le plus à l'état sauvage, cet arbrisseau a dû être introduit dans la vallée du Nil par les anciens Egyptiens. De l'Egypte elle a dù être importée en Grèce et en Italie, puis dans le centre et le nord de l’Europe ; mais les renseignements nous manquent sur la date de l'introduction en Europe de la culture de la vigne; nous savons seulement qu’au Ve siècle de l'ère chrétienne, les barbares du nord furent attirés dans les Gaules par la liqueur du raisin et il y avait déjà deux cents ans que dans les Cévennes, sur les coteaux du Rhône, etc., on en connaissaît la culture ; bientôt les plantes furent communiquées et cette culture se propagea dans les provinces, avec une rapidité inconcevable, jusqu'aux portes de Paris.

L'empereur Julien a donné des éloges aux vins que produisaientles |

cultivateurs des environs de la vieille Lutèce.

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