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LES ARBRES FRUITIERS ET LES GELÉES TARDIVES

{Jaum. de la Soc. agr, du Braà. 1873, p. 199).

Annuellement des doléances amères suivent les gelées tardives des mois de mars, avril et mai, qui viennent compromettre la floraison des arbres fruitiers et anéantir les légitimes espérances de leurs propriétaires.

Cependant, dans notre pays, exposé aux variations si brusques de la température, il n'en saurait être autrement. On sait que presque tous les arbres fruitiers qu'on y cultive, sont de provenance exotique, et que ceux-ci, tout en étant parfaitement acclimatés, tendent à monter en sève à l'époque où la nature s'éveille dans les contrées dont ils sont originaires, c'est-à-dire beaucoup trop tôt pour les sphères que nous habitons. Le mal est dans la nature, il est inévitable, et les efforts de l'homme ne peuvent avoir d'autre but que de conjurer les effets nuisibles de cet ennemi de Tarboriculteur.

Les jardiniers et les maraîchers qui connaissent le fléau, qui savent, par expérience, combien il est désastreux à leurs produits, se sont depuis longtemps ingéniés à le combattre : pour garantir leurs cultures des atteintes du froid, ils emploient mille moyens plus ou moins ingénieux et efScaces : ils abritent leurs espaliers par des planchettes qui les surplombent, par des brindilles de sapin flxées entre les branches, par des paillassons, par des châssis en verre, etc., etc., ils détournent ainsi une situation fâcheuse.

Mais ces remèdes, utilisables sur une petite échelle, dans les jardins entourés de murailles, ne sauraient être mis en pratique dans les S^&nds vergers, qui souvent possèdent une immense étendue et occupent en superflcie plusieurs hectares de terrain. Ici, le travail de

lliomme serait impossible, illusoire : on comprend qa*on ne saurait

trouver ni un personnel suffisant, ni les matériaux indispensables;

pour ces enclos spacieux, peuplés d'un nombre infini de sujets, il est nécessaire, pour obtenir une réussite, d'avoir à sa portée un remède

dont Taction soit immédiate, instantanée, générale et permanente.

Eh bien, à l'extrémité du canton de Diest, et dans la partie méridionale du Limbourg qui le confine, on fait usage, à cette fin, d'un moyen ingénieux, d'une simplicité patriarcale à la portée de toutes les bourses. Là, vers la fin du mois de février ou le commencement du mois de mars, un peu plus tôt, un peu plus tard, selon le degré d'avancement plus ou moins prononcé du gonfiement des bourgeons, on rans^sse avec soin, pour en former des tas nombreux divisés sur la surface du verger, toutes les feuilles mortes qui s'y trouvent ; on y ajoute le bois mort, le produit de la tonte des haies, des gazons, de la tourbe s'il y en a, toutes les choses inutiles, et on y met le feu. Ces tas se consument lentement et répandent pendant des jours une fumée intense, grâce à l'humidité qu'ils renferment. On comprend que cette fumée, qui se condense entre les branches des arbres, fait l'office d'abri, qu'elle empêche le rayonnement terrestre, que les arbres sont garantis contre les atteintes de la gelée par le nuage qui les enveloppe, et que la floraison s'accomplit dans les conditions voulues, uniquement avec un léger retard.

n est possible pourtant que la brume qui enveloppe alors la fieur offre un certain obstacle à la formation du fruit ; mais il faut croire que cet obstacle, sll existe réellement, n'est pas très-redoutable, puisque dans les vergers où le remède est mis en pratique, on récolte généralement des fruits, et que ceux qui en font usage s'en trouvent bien.

Il est à remarquer que l'emploi du remède, comme il a été dit plus haut, devant occasionner une minime dépense, présente encore cet avantage de débarrasser ces vergers de la plus grande partie de la vermine dont ils sont toujours peuplés, et de pourvoir partiellement à leur fumure, lorsqu'on y éparpille les cendres produites par les tas. n serait désirable que les propriétaires des vergers en fissent l'essai; ils ne peuvent en retirer que profit sans danger de perte.

LES NUAGES ARTIFICIELS ET LES GELÉES DES 25-27 AVRIL, NOTE DE M. Pierre Valin.

(Journal de VAgHeuUure 1873, page 229).

L'Ârbresle (Rhône), 5 Mai 1873.

La moitié des vignobles du département ont été atteints par les gelées des 25-27 avril. La gelée du 27 a été surtout funeste; c*était une véritable gelée à glace ; dans les cantons montagneux du Lyon* nais, des mares d*eau présentaient, le matin, une croûte de glace d'un centimètre d'épaisseur ; les sommets des montagnes étaient couverts de frimas.

Une des communes les plus éprouvées de ces cantons c'est celle de Savignj. Il ne reste presque pas un bourgeon vert dans les vignes de cette commune. Cependant un propriétaire, M. Charmet, est parvenu à sauver la moitié de sa récolte au moyen des nuages artificiels. Il a allumé 140 godets autour de son vignoble, dans la nuit du 26 au 27, entre 2 heures et 7 heures du matin. Le thermomètre marquait alors 5 degrés au-dessous de zéro ; néanmoins beaucoup de bourgeons ont été épargnés. On ne peut attribuer ce fait qu'aux nuages artificiels; d'autant plus qu'un propriétaire d'une commune voisine, Saint-Germain-sur-l'Arbresle, a obtenu un résultat semblable en allumant aussi un bon nombre de godets à la lisière de ses vignes.

Ce n'est point de l'huile de goudron dont ces deux propriétaires ont fait usage pour produire les nuages artificiels, mais de la Naphtaline carburée achetée à raison de 20 fr. les 100 kilogr. chez un usinier, rue de Saint-Cyr, 60 à Ljon-Vaise. L'opération leur a coûté environ 10 fr. à l'hectare.

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