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LES CHAMPIGNONS A L'EXPOSITION DE SPA, 21 ET 22 SEPTEMBRE

On sait qu'une exposition de champignons, dont nous avons publié le programme (p. 222), a été donnée à Spa, les 21 et 22 septembre dernier. Cette innovation a obtenu le succès le plus flatteur et le plus encourageant. La saison a d'ailleurs été propice et les circonstances météorologiques ont particulièrement favorisé cette année le développement des champignons. La flore de Spa offre sous ce rapport des ressources considérables; en l'explorant pendant peu de jours, on a pu réunir un très-grand nombre d'espèces représentées par des spécimens abondants et à divers états de développement.

L'exposition avait lieu dans les beaux salons du Casino Levoz : les champignons étaient posés sur de grandes tables couvertes de mousse verte. C'est bien pour de semblables objets que les expositions sont nécessaires. La connaissance des champignons, si intéressante et si utile à divers points de vue, nç s'acquiert pas par le travail du cabinet, ni par les renseignements de la théorie : elle doit se transmettre par la tradition, par la pratique, et quel meilleur moyen qu'une exposition pour réunir tous ceux qui s'y intéressent. Tout le monde sait bien qu'il se développe à la campagne plusieurs espèces de champignons bons » manger ; mais ne les connaissant pas de la manière la plus certaine, on se méfie et l'on a parfaitement raison de les rebuter tous. Il n'y a pas de caractère extérieur et général pour distinguer les bons des mauvais champignons, pas plus qu'on ne peut sur les apparences, distinguer parmi les hommes ceux qui ont le caractère bon ou mauvais. Pour les distinguer il faut les connaître. Ceux qui ont cette expérience peuvent dans une exposition la transmettre à d'autres : on y montre les bons champignons» on appelle l'attention sur les signes, souvent difficiles à caractériser, qui les font reconnaître : on en approche ceux de mauvaise nature qui leur ressemblent, que l'on pourrait confondre avec eux : on prêche d'exemple et quand on a ainsi bien vu et bien observé un champignon, on le connaît et l'on sait désormais à quoi s'en tenir.

Il faqt être prudent en pareille matière, mais il ne faut cependant pas exagérer la méflanco. Sans doute certains champignons sont des

poisons terribles et peuvent, si Ton n*j prend garde, être confonda avec d'antres qui sont des mets substantiels et excellents. Mais n^estil pas vrai aussi qu'on peut confondre la petite Ciguë avec le PersiL des Ombelliferes vireuses (Sium, Cicuta) ou des Véroniques (Beccibunga) suspectes avec le Cresson de fontaine. Il suffit d*un pa d'attention pour éloigner tout danger : il j a des signes certaiu auxquels on peut se ûer pour distinguer les fines herbes des berbei vénéneuses. Il en est tout à fait de même pour les champignons : qnasd on les connaît il n'y a plus aucun danger de méprise.

On estime beaucoup en Belgique le champignon de prairie et géni' ralement on le prise plus haut que le champignon de couche : il fournit un mets exquis et succulent. Admettant que c'est le meillev des champignons, ce n'est pas un motif pour écarter tous les autres qui ont bien aussi leur mérite. Nous connaissons des personnes qoi placent la Morille au-dessus de tous les champignons ; d'antnsr préfèrent le Cèpe ou Fonge. C'est affaire de goût et d'habitude : il suffit que ces champignons soient agréables à manger et de rappeler que généralement on ne se nourrit pas tous les jours de bécassines et dechambertin.

Dans la question des bons champignons il y a mieux que les plaisin du gourmet et des raffinés de la table : il y a une question qui intéresse l'alimentation du peuple et la fortune publique. Il fait cher vivre comme on dit et on laisse pourrir dans les bois une nourriture azotée, aussi nutritive que la viande et que la nature nous donne sans culture et sans travail : c'est ainsi, puisque le tissu des champignons est de nature animale. Ces singuliers êtres qui n'appartiennent en réalité ni au règne végétal, ni au règne animal, ne contiennent point de fécole et sont formés de matière azotée, c'est-à-dire de la substance la plus nutritive. Celui qui les connaît peut trouver pour rien une nourriture saine et abondante. Presque partout on fait un grand usage de champignons, dans les Vosges, dans le Midi, en Piémont, en Hongrie, en Russie et vraiment, nous ne savons pourquoi ils sont tenus en suspicion en Belgique.

Les gens de la campagne pourraient aisément les connaître, les cueillir et venir les vendre à la ville. Nous nous empressons d'ajouter que des mesures d'hygiène et de police devraient être prises poor éviter tout accident. Il en est ainsi à Vienne où l'autorité a, sur lavis

des savants , publié la liste des champignons dont la vente et le colportage sont autorisés.

Tous ces champignons ne doivent pas absolument être employés à l^état frais : on peut aussi les sécher ou en faire des conserves. Bref, ils constituent une réserve alimentaire digne de considération .

Les champignons comestibles abondent aux environs de Spa. En quelques promenades nous j avons recueilli de nombreux spécimens des espèces suivantes :

Â^aricus campestris ou Champignon de prairie, que tout le monde connaît et apprécie.

Agarictis deliciosuSy espèce assez rare et, comme son nom l'indique, réputée excellente.

Agaricus laccaius, petite espèce commune dans nos bois en automne, assez svelte et d'une belle couleur violette. On le dit mangeable, mais sans le recommander beaucoup aux gourmets. On rappelle aussi A. amethysteui.

Agaricus laccatus var. ItUeus, simple variété du précédent qui se distingue par sa couleur fauve.

Agaricus procerus ou Agaric élevé ; ce beau champignon est parfois abondant et les connaisseurs le recommandent beaucoup.

Agaricus prunuloïdes, champignon à odeur de farine : il jouit d'une excellente réputation.

Cantharellus Cibarius\: la chanterelle est bien connue. Nous en avons donné la figure dans la Belgique horticole, 1855, p. 316. Il faut toutefois se méfier d'une espèce qui lui ressemble beaucoup, qui est vénéneuse et qui pousse sous les sapins.

Boleius edulis: le Bolet comestible ou Cèpe de Bordeaux a été l'espèce sur laquelle l'attention s'est portée le plus vivement. Ce champignon est vraiment excellent ; on peut en ramasser des sacs en quelques heures. On le distingue facilement de tous les autres bolets qui pullulent aussi dans les bois. Nous lui consacrerons prochainement dans la Belgique horticole une planche et un article.

Clavaria fastigiata et Clavaria flava : les clavaires sont assez counaes : bien qu'un peu coriaces, on les mange en assaisonnement et on les confit au vinaigre avec les mixedpickles. Hydnum repandum (Voy. Belg. Hort, 1855, p. 348) : l'Hjdne,

reconnaissable aux petites pointes dont sa face inférieure est toaU hérissée, croit à foison dans les bois de Spa.

Zpcoperdon giganteum ou Vesse de loup gigantesque. Nous avons es la bonne fortune de trouver un spécimen jeune et frais de ce champignon extraordinaire : il poussait sur un mur chez un de nos amis : il avait déjà atteint le volume de la tête d'un enfant : on sait qui devient dix fois plus gros. On dit qu'il est mangeable, tant qu'il est jeune et que ses tissus sont encore fermes.

Rmsula ùUegra : ce champignon, fort commun cotte année, est réputé comestible dans les ouvrages.

Scleroderma vulgare : c'est quelque chose d'intermédiaire entre les Vesses de loup et les Truffes : on s'en sert, paraît-il, pour falsifier les véritables truffes. L'écorce est grise, mais Tintérieur est noir et assa ferme.

Il ne manquait guère à cette collection que le Mousseron d automne et les Helvelles pour qu elle fût complète pour la saison.

A côté se trouvait une collection de 70 espèces environ de Champlgnons vénéneux ou sans usages récoltés aux environs de Spa. Elld comprenait notamment: Agaricus alutaceus , epixa tkus , fusipe^f mappa,muscariu8, payi^herinus, rtUUans, riibesce7is,spermaticus, terreus, torminosus, velleret^, etc.; Cortinarius anmnalus, dnnamomeus, cdlinus, hematockaeîis, etc.; Gomphidius gltUinosus; Boletus annulor fins, luridus,8caber,8trabUoïdes,viscidus, etc. ; Lycoperdon gemmaium, caélatum, etc.

Des collections semblables avaient été envoyées par M. A Simonis, par M"** de Bioley, et par le baron Léonce de Moffarts.

Une fort belle corbeille de champignons de couche avait été envoyée par M. Sandre de Bruxelles : ils étaient d'excellente qualité.

Nous avions réuni aussi des champignons bizarres ou curieux, par exemple le Polyporus fomeidarius, le P, suîfureus, le Daedakê gueroina et autres qui poussent sur le vieux bois sous forme d'excroissances morbides et monstrueuses ; le Geoglossum vulgare, le Plecostoma fomicatum, et du bois teint en vert malachite par le Pms& aeruginosa. Enfin un bouquet de Vaccinium VUis-Idaea chargé d'un singulier entophyte qu'on appelle WExohasidium Vaccinii et qu'on peut récolter en abondance près de la fontaine de la Sauvenière.

Noas avions encore exposé :

Une collection de champignons imités, pour les Musées et les écoles.

De nombreux tableaux représentant les champignons les plus intéressants à connaître de la flore de Belgique.

Quelques ouvrages usuels sur les champignons, accompagnés de nombreuses planches coloriées.

Quatre tableaux représenta ut, dans tous leurs détails microscopiques, certaines maladies de plantes agricoles causées par des champignons, savoir : la maladie des pommes de terre, Tergot du seigle, la maladie de la Vigne et la rouille des céréales.

Un ouvrage manuscrit de M. le D' Lambotte de Verviers, sur les champignons des environs de Verviers, a révélé un savant versé dans la connaissance de ces productions de la nature.

On voit par ce simple catalogue raisonné combien Fessai tenté à

Spa a réussi de manière à encourager ses promoteurs à persévérer.

Un jurj distingué a bien voulu apprécier cette section de Texposi-

tion : il se composait de Messieurs les Docteurs Candèze, Chapuis,

Dewalque, Joris senne et Lambotte.

Nous espérons que Texposition de Spa attirera l'attention sur les champignons et que son exemple sera suivi. Chaque année, d'ailleurs, une exposition semblable sera organisée et tous ceux qui s'intéressent à la mycologie se réuniront alors dans la jolie ville de Spa. L'année prochaine on y ajoutera les insectes utiles et nuisibles.

M. H. Kirsch, directeur du Casino à Spa, est le promoteur de ces réunions à la fois scientiâques et populaires, instructives et

agréables.

Ed. Morren.

NOTICE SUR L'EMBREVADE : CAJANUS INDICUS Spr.

PAR M. G. Delchevalerie.

Cet arbrisseau atteint, dans Tlnde orientale, son pays d*origine, jusqu'à cinq mètres de hauteur. Introduit récemment en Egypte, il a atteint à la deuxième année, quatre à cinq mètres de hauteur. La tige ramifiée dès la base est droite, lisse, verte ou rougeâtre svÙYSst la variété, marquée de lignes blanches longitudinales, à ramifications nombreuses formant des toufi^es très- volumineuses . En élaguant le pied de Tarbrisseau, on peut lui donner la forme d*un petit arbre dont les ramifications se recourbent vers la terre par le poids dee gousses. Les feuilles sont trifoliées, à folioles ovales lancéolées, verftomenteux au-dessus et vert-blanchâtres à reflets soyeux au-dessous.

Pendant presque toute Tannée, il porte des fleurs très-nombreuses en grappes axillaires pédonculées, à calice jaune. Etendard jaune avec Textérieur rouge dans la variété Ucolor DC, et jaune dans U variété fiavus DC. Gousses maculées dans la variété bicolore, oblongues-lancéolées comprimées pour 4, 5, 6 graines presque globuleuses, séparées extérieurement par des espèces d'étranglements en slUom obliques auxquels correspondent intérieurement des cloisons menh braneuses. Dans la variété ^(it^iM les gousses sont d'un jaune clair et sans macules.

L'Embrevade a été introduite et est cultivée au Brésil, aux Antilles» à Madagascar et dans beaucoup de pays. Aux Antilles, elle atteiiit de fortes proportions, et au Brésil ses graines se mangent en salade assaisonnées à Thuile ou au vinaigre, avec des œufs.

A nie Maurice, les graines de cette légumineuse arborescente, cuites dans Teau sans aucun assaisonnement qu'un peu de sel, constituent la nourriture principale des indigènes, d'où elle nous fut envoyée en Egypte par M. de Bragard, beau-père de M. F. de Lesseps, qui, pendant longtemps habita ce pays.

Son introduction en Egypte, a eu lieu au champ d'expériences de l'école d'agriculture, dans les domaines du Khédive, de S. A. le prince héritier et de S. E. Nubar-Pacha, ainsi que dans plusieurs autres pro-

priétés particulières où nous en donnâmes des graines dans le but de vulgariser la culture de cet arbrisseau. Dans tous les domaines où TËmbrevade a été plantée, elle 7 a parfaitement prospéré et donné de beaux rendements la première année. Dans les sables de Tlsthme de Suez, au domaine du Khédive de Bir-Abou-Ballah, des plantations considérables d'Embrevades ont été faites par M. L. Marchetti, directeur de ce domaine, dans les sables du désert fertilisés par Teau du Nil ; dans ces conditions défavorables et exposée aux vents chauds du désert, TEmbrevade a prospéré avec une grande vigueur et donné un rendement plus considérable encore que celle qui a été plantée sur les rives du Nil.

Nous avons tenu à faire figurer cette précieuse Légumineuse à Vexposition universelle de Vienne, afin de la faire connaître et d*engager les agriculteurs des pays comme Tltalie et la France méridionale, TAlgérie, TEspagne le Portugal, et de tous les pays aimés du soleil, à en essayer la culture dans leur pays (1).

L'Embrevade prospère particulièrement bien en Egypte dans les terrains sablonneux. L'arbrisseau semé au printemps atteint trois mètres de hauteur à Tautomne et la récolte commence en novembre et se succède sans interruption jusqu'au milieu de Tété; pour les années suivantes Tépoque de la récolte est la même ; chaque année, Tarbrisseau fleurit et fructifle de novembre en juin, et de juillet à septembre il fait une nouvelle pousse vigoureuse. Le rendement en graines a été de deux mille kilogrammes dans les terrains des environs du Caire, pour un hectare. Dans Tisthme de Suez, il a été d'environ 3,000 kilog. par hectare, c'est-à-dire que cette Légumineuse a produit trois ou quatre fois ce que produisent les fèves et les lentilles. L'Embrevade commence seulement à être connue en Egypte. Ce légume figure déjà, non-seulement sur la table des pauvres, mais encore sur la table des riches ; cuite dans l'eau et assaisonnée à l'huile et au vinaigre, elle constitue d'excellentes salades; par la coction les graines acquièrent un volume deux fois plus considérable qu'à Tordi- . naire, de sorte qu'avec une poignée de graines on peut faire un plat de ce légume lorsqu'il est cuit.

(1) Une médaille de mérite a été accordée à l'auteur, pour l'acclimatation Recette plante alimentaire en Egypte.

L'honorable professeur OasUnel Be;, a bien voulu, faire l'aosl^ae chimique de cette précieuse légumi de cette analyse que l'Erabrevade présente la compo

Eau l:

Matière grasse '.

Légumine (caséine végétale) , . 1!

Amidon &

Matière extractive . . . , .

Tannin

Fibre végétale (cellulose) . . .

Subtlancet minérales.

Potasse ',

Soude

Chaux j

Magnésie '

Acide phosphorique ....

id. sulfurique ....

Chlore

Silice

horticole 1873.

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