MATHÉMATIQUE» , PHYSIQUE ET ASTRONOMIE
Muriel audacieux , que ne tentes-tu pas ,
Guidé par la sage Uranie?
La terre est tout entière empreinte de tes pas ,
Les cieux le sont de ton génie.
Ces globe» qu'un seul astre entraîne autour de lui , Tu sus comment les suivre en d s routes prescrites; Tu connus leur pouvoir, leurs masses, leurs orbites : Tes regards ont percé jusque dans l'infini.
( Roman , la Navigation aérienne. )
Dès le commencement du xv' siècle, le cardinal Nicolas de Cusa, né en 1401 , dans la province de Luxembourg, l'homme le plus érudit de son temps, renouvela pour un moment (Pluche, Spectacle de la nature, tome iv) l’hypothèse du
IJO
L» «KLGIQl'E ILLIS r»ÉE.
mouvement de la terre, oublié depuis Pythagore. Copernic et Galilée furent plus heureux après lui, et eurent l’honneur de l’invention.
Le père Castel disait, qu’en possédant bien les ouvrages de Grégoire de Saint-Vincent , célèbre mathématicien et astronome , né à Bruges en 1584, on savait presque tout Newton, et que le savant anglais s’était enrichi des dépouilles du géomètre flamand. * Son traité sur la quadrature du cercle, dit Montucla, est une mine de découvertes importantes et "urieuses. On y trouve une multitude de théorèmes nouveaux sur les propriétés du cercle et de chacune des sections coniques, sur la symbolisation de la parabole avec la spirale, qu’il reconnut et enseigna vingt-cinq ans avant que Cavalieri publiât la géométrie des indivisibles, et enfin plusieurs propriétés de l’hyperbole. »
Grégoire se fit un si grand nom parmi les savants, que l’empereur Ferdinand II voulut l’avoir à l'rague, et que le roi d’Espagne Philippe IV lui confia son fils, pour lui enseigner les mathématiques.
XMIIEXATIQIES , PmSIQlE ET ASTEOSUHIE. 121
Les auteurs parlent avec beaucoup d’éloges de Jean-Charles De La Faille, géomètre né à Anvers en 1597, qui, entre autres ouvrages, en écrivit un sur les propriétés du cercle et de l'ellipse et sur le centre de gravité.
On doit remarquer que ce traité a précédé celui de Guldin, que l’on regarde communément comme l’auteur de la théorie de la gravitation.
La Chine dut à Ferdinand Verbiest, né à Pitthem, près de Thielt, des notions plus justes sur les mathématiques. L’empereur l'appela à à la cour en 16U9, lui donna la présidence du tribunal des mathématiques, y ajouta le litre de grand mandarin , et lui conféra des lettres de noblésse. L’histoire parle encore des travaux considérablesdcLiévin Hulsius, de Gand, célèbre par les progrès qu’il lit faire à la géographie, aux mathématiques et à la science des médailles.
Parmi les grands mathématiciens qui ont illustré les annales de la Belgique, on doit compter Simon Stevin , de Bruges.
A. Libes, dans la quatrième période de son Iftstoire philosophique de la Physique, range Stevin
I Üi L* IM.UIQLE IUL STlil.
parmi ceux qui oui donné à cette science le plus vigoureux essor.
Quoiqu'il n'en soit fait mention dans aucune biographie, c’est lui qui inventa le calcul décimal (i), comme le prouve son traité De la D'urne , enseigua n t facilemen tà ex pédier par nombres entiers, etc. Dans un discours de Simon Slevin, qui sert d’introduction à ce traité, après avoir fait voir combien de difficultés résultent, pour l'astronome, l’arpenteur, le marchand, etc., des opérations arithmétiques par nombres fractionnaires, il ajoute :
« Mais d’autant que les voies pour y parvenir sont plus laborieuses, d'autant plus grande est cette découverte disnie, ostant toutes ces difficultés, mais comment? Elle enseigne (afin de dire beaucoup en un mot) d’expédier facilement, sans nombres rompuz, tous comptes
(I) La première mention de celle découverte , restituée à son auteur, se trouve dans te Spectateur belge (tome 1 , page 79 ) de M. l'abbé De Foere, qui la devait aux recherches de M. Scourion, bibliothécaire et secrétaire de la régence de Bruges . et qui acousacré un article détaillé à Slevin.
■ ATIlfcMATIQtES, PH1SIQIK ET ASTRONOMIE. 123
qui se rencontrent aux affaires des hommes :
de sorte que les quatre principes d’arithmétique que l’on appelle ajouster, soubstraire, multiplier et diviser, par nombres entiers, pourront se satisfaire à tel effet, etc. »
L’ouvrage développe ensuite le mode à suivre pour le calcul décimal. Cette invention est certainement une de celles qui pourront le moins être contestées, car nous doutons que quelqu'un puisse fournir des documents antérieurs à Stevin , sur cette espèce de calcul.
M. De Lalonde, auteur du xv« e siècle, a formellement reconnu cette découverte importante , qui a produit une véritable révolution dans la science des nombres, dans son livre intitulé : Parallèle de l' arithmétique vulgaire, et d’une autre modemernent inventée, par M. De Lalonde, ingénieur général de France, etc.
On trouve dans la préface :
< Nous avons l’obligation de cette arithmétique en dixme au grand Stevin, ingénieur de feu M‘\ le prince d’Orange, qui l’a inventée, aussi ingénieusement qu'ulilement , pour
124 LA IKI-bltyUL ILLUSTREE.
tous ceux qui trouvent de la difficulté aux fractions de la vulgaire, etc. (i). »
M. Ch. Morren nous a fait connaître, dans un article de l’annuaire de l'Académie royale de Bruxelles pour 1839, que c’est à Jean-l'ierre Miukelers, ancien professeur de philosophie au college du Faucon, à Louvain, que revient la gloire d’avoir découvert le premier le gaz de la houille, ses propriétés inflammables, sa fabrication et sa dépuration. Cette découverte, constatée par écrit, remonte à 1 78-4. Malheureusement elle passa inaperçue en Belgique ; mais
(1) Le calcul décimal a clé la ba»e du système métrique, douL la précision el la simplicité sont admirables. Le célèbre Lacroix a dit : « Un caractère essentiel . qui assure à ce système la supériorité sur tout ce qui a été fait en ce genre , c'est que toutes les mesures sont liées entre elles et ont un rapport immédiat avec le» dimensions mêmes du sphéroïde terrestre. Le mètre est la dix-millionième partie de la distance du pôle à l'équateur, prise sur le méridien qui passe à Paris. L'arc de ce méridien qui traverse la France ayant été mesuré avec une exactitude inconnue jusqu’ici , et calculé avec la plus grande précision par les méthodes du citoyen Delarobre , on en a conclu la distance qui se trouve entre le pèle et l'équateur, d'après laquelle on a formé le mètre. «
M4THÉHVTIQIE9, FHYSIQI K ET \9TK0X0MIE. 125
M. Morren a pris soin d’appuyer cette nouvelle gloire, due à un Belge, par des témoignages irrécusables.
Le savant Miukelers découvrit aussi le gaz aujourd'hui employé à l’ascension des ballons. Le premier il fit monter des aérostats au moyen de l’hydrogène carburé, et cela cinquante-deux ans avant le ballon rempli par le même gaz, avec lequel M. Green fit le voyage aérien de Londres à Weilburg, dans le duché de Nassau (i).
M. B. Renard de Tournay (Correspondance mathématique, tome iv, page 93, an 1823) pense que la découverte de la pesanteur de l’air peut être revendiquée avec fondement par Simon Stevin. Nos au leurs de mathématiques et de physique ont eu le malheur de n’ètre pas assez explorés, ce qui a bien souvent été cause qu’on ne leur a pas rendu toute la justice qui leur était due.
En lisant le Traité d'optique que nous a laissé François Aiguillon, mathématicien deBruxelles,
(1) De l’ Industrie en Belgique, par M. N. Briavoine ; t. I , p. 404-405. (Édition de la Société Typographique Belge, Ad. Wahlen et compagnie. )
120 Là «m.l.ilr ILLISTEÉà.
mort en 1647, on voit qu’il a dû être très-ulile au célèbre Newton.
On sait que de nos jours M. Omalius de Halloy a fait (aire un grand pas aux sciences géologiques par ses travaux , et que ces sciences sont cultivées avec honneur par MM. Van Mons, Cuislain, Van Coetsero, Wesmael, Ou mortier, etc.
La réputation de M. Quelelet (i) est européenne; et c’est surtout par la partie scientifique que se distingue l’Académie de Bruxelles , qui entretient des relations avec la plupart des corps savauts de l'Europe.
(1) Dans différents écrits de ce savant mathématicien, on trouve des renseignement» précieux sur l’histoire de cette science en Belgique.
MESECXIE, CHIRURGIE ET AHATOMIE.
Vésale, de l'étude empruntant les secours , Interroge la mort pour conserver nos jours.
La mort , obéissant sous cette main savante , Dévoilait à ses yeux la nature vivante ;
Ces muscles, cet amas d'innombrables vaisseaux, Du dédale des nerfs les mobiles faisceaux ,
Organes où circule une invisible flamme,
Rapides messagers des volontés de l'àme.
( T hom as , Pétréide . )
Mabillon (Acla Bened., tome vu) nous apprend que dans la vie de saint Gérard , abbé et fondateur de Brogne, au comté de Namur, il se trouve, sous l’année 937, qu’Arnold, surnommé
128 Lt BF.1.GIQI K ILU STBKK.
le Grand , comte de Flandre , étant mortellement attaqué de la gravelle , le chirurgien , pour l’encourager à souffrir l’opération de la taille, la fit auparavant à dix-huit personnes, et cela si heureusement, qu’il n’en mourut qu’une seule.
Sainte Ilildegarde, religieuse dans les Pays- Bas, au xii® siècle, eut une si parfaite connaissance de la médecine , qu’à cette époque d’ignorance (i) elle écrivit quatre livres sur l’utilité dont étaient pour la guérison les métaux , les légumes, les arbres, les poissons, les oiseaux et tous les animaux de la terre.
Cette espèce de traité des matières médicales, quoique fortement imprégné des idées du temps, ne montre pas moins une grande étude et des aperçus ingénieux.
Dans un diplôme de l’ancienne abbaye du Parcdcs-Dames, près de Louvain , déposé aujourd’hui aux archives générales du royaume à Bruxelles , diplôme qui est de 1261 , on rencontre le nom
. (1) Deux conciles , celui de Bcziers , tenu vers 1310 , et celui
de Trêves, tenu dans le même temps, défendirent l'exercice de la médecine et de la chirurgie.
UDIQÜE. CIIRIRGIE ET ATAT0M1F.. 139
«l’un certain Sygcrus phisicus ducissœ. La mention d'un médecin de la duchesse de Brabant, à uue époque si ancienne, est digne de remarque, et assez curieuse. Ce diplôme est rapporté dans le Messager des sciences et des arts , 4 e livraison de 1836, page 487.
Dans ce même siècle, ce fut un Belge qui s’éleva un des premiers au-dessus du vulgaire des médecins. Jean de Saint-Âmand montre par ses
écrits , tant imprimés que manuscrits , qu’il fut
un des premiers savants de son époque, ainsi qu’on peut s'en convaincre dans l’intéressante Histoire de la médecine belge avant le xix e siècle , par M. Broeckx, où nous avons puisé plusieurs renseignements curieux. Ce livre est le résultat d’immenses recherchas. C’est un nouveau monument de réhabilitation élevé , pour les étrangers, à la gloire trop souvent méconnue de la Belgique.
Au Compte de la ville de Bruges de 1340 à 1341 , folio 27 verso, on trouve :
Meesler Jnn die surgicn van d’steene te suidai vau Al relit. iij Ib4.
150 LA RKLCIQIIE ILLUSTRÉE.
Quand môme nous n'aurions pas la citation des Acta Bened . , cette mention seule suffirait pour prouver que 130 ans avant l'expérience faite à Paris sous Louis XI, on taillait à Bruges de la pierre.
La pratique de celle opération parait s’être maintenue ici, d’apres la mention suivante du dompte de 1121 à 1422, folio 07 verso :
Item gheyheven bi bevclle van burchnieesters eenc armen kinde dat gesneden was van den steene , in almoetsen. VS. Doe iij lb.
Jacques Despars, médecin de Charles Vil roi de France, et du duc de Bourgogne, donna le premier, au xiv e siècle, la description de la fièvre pétéchiale ; il jouissait de tant de considération à la faculté de Paris, que ce corps le délégua au concile de Constance en 1414.
En France, depuis 1481, on peut indiquer presque sans interruption les noms de tous les médecins ou chirurgiens des rois de ce pays. Ils portaient le titre d’ y/rchiatre. Cependant, avant le xvi e siècle, on ne trouve personne qui sous l’un de ces litres suivit les armées, tandis qu’en
■ ËBECME, CHiniRCIK ET 4NAT1JMIE .
Belgique, dès le commencement du xiv c siècle, il est fait mention de médecins, sous le nom de Arsatre ( 1 ) , qu i , par l’ordre des magistrats, êta ien t attachés aux armées, et fournissaient à leurs compatriotes les secours de leur art. En 1304, on trouve un meester Jan ltapsaet, qui reçut de ce chef 54 tt> pour deux années d’arrérages de pension , et en outre une somme pour l’acquisition d’instruments nécessaires à l’exercice de sa profession. Le même avait déjà été employé en 1303, avec plusieurs autres médecins ou chirurgiens, devant Lessine :
1t. doe Lippine den Arsalre, van Arsatrien (médicaments et autres objets). xl s.
Jt. Mesl. Janne den Arsatre , van zinen diensU: van Lessine. v lb iij s.