VIII
(3) Introduction au volume de la Chronique de Mouskcs.
■ EM.KS-LKTTRES.
titre de Courante, avec l’épigraphe : Den tydl zat leeren. Elle contenait des articles de politique, les annonces commerciales, littéraires, et les arrivages du port.
C’est encore à des Belges qu’on est redevable de la première idée de l'Art de vérifier les dates, et de la première Collection des grands voyages aux Indes orientales et occidentales. Maur d’Antine conçut et exécuta le plan du premier de ces ouvrages , et Théodore de Bry publia le second (i).
Qu' on se rappelle aussi qu’une des plus vastes publications historiques qui aient jamais été exécutées, le célèbre ouvrage des Acta sanctorum , des Bollaiidistcs, est dû aux jésuites des Pays-Bas. Ce fut une entreprise littéraire qui
(1) Le bénédictin Dom Maur François d'Anline, né à Gourieux , pays de Liège, en 1688 , commença cel ouvrage chronologique. En 1770 il fut porté à vingt-trois volumes in-8® ; eu 1828 il fut augmenté jusqu'à vingt-cinq volumes.
Voyez sur Théodore de Bry, qui attacha son nom aux publications historiques les plus importantes du xvm« siècle , une excellente notice biographique de M. Polain, dans la cinquième livraison de la Revue Belye . page 205.
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u’a clé surpassée par aucune autre en grandeur et en difficultés vaincues, pas même celles qui ont acquis tant de renommée aux bénédictins (<).
Combien de fois les historiens modernes u’ont-ils pas eu recours à l’excellente chronique (die Excellente Cronyckc van Ylaendere.n) d'Antoine De ltoovere et André Die Smet, nés à Bruges au commencement du xv e siècle, et au magnifique ouvrage deSanderus, Flandria illuxtrata ?
On convient qu’il ne pourra jamais être donné d'idées exactes sur les mœurs, les coutumes et l’histoire de notre pays, sans.recourir aux Annales précieuses de Jacques Meyer, dont peu ont surpassé la justesse de vue et l’appréciation exacte des faits (a).
(1) M. Gachard , archiviste du royaume , a publié une notice très-inléressaii.e sur les travaux des Bollandisles , où sont détaillées toutes le» difficultés qu'ils eurent à surmonter, et les immenses recherches qu'ils durent faire.
(2) Il s'appliqua à instruire A Bruges la jeunesse dans les belles- lettres , et mourut curé de Blanckenherghe , le 5 février 1552.
BF.U.É.S-LF.TTRKS.
M.Willems, aujourd’hui membredel’Académic royale de Bruxelles, dans un ouvrage intitulé : Verhandeling over de Ncderduyltche lad en letlerkttnde, Anvers 1819, 2 volumes in-8°, a donné des développements sur les progrès des auteurs belges dans la carrière littéraire. Comme une notice sur les plus remarquables dans cette partie, dépasserait les bornes que nous nous sommes imposées, nous renvoyons à cet excellent livre, et aux notes d’un Mémoire historique par De La Sema Santander, sur la bibliothèque de Bourgogne, où se trouvent des renseignements sur les principaux historiens et poêles belges.
Le même M. Willems, dont nous venons de parler, a prouvé par de savantes et consciencieuses recherches, que le célèbre Roman du Renard, traduit si souvent et en tantde langues, a été écrit originairement en Flandre et composé par un Flamand.
Cette opinion, déjà accueillie, vient d'être confirmée par l’achat qu’a fait à Londres le gouvernement belge, dans une des ventes de
170 IA KIM. lui F. I LUSTRÉ F.
M. Heber, du manuscrit flamand de ce poème («).
La poésie ne resta pas non plus en arrière à celte époque.
Les ménestrels ou poètes-musiciens nés en Belgique, rie l'onlcédé en rien à eeuxde France et de Provence; on peut citer, à l’appui de cette opinion, les chansons notées qui nous restentde Henri III, duc de Brabant, mort en 1260; celles de Gilbert de Berneville, né à Courtray, et qui vivait encore en 1272; de Regnier, de Quaregnon, de Gauthier de Soignies, de Jean de la Fontaine, né à Tournay, et d’une foule d’autres qui ont joui d’une grande réputation. Voyez quelques-uns de ces noms dans la Biographie de M. Fétis.
Quelques pièces anciennes, écrites en langue flamande, ont un grand mérite poétique, et
(1) On connatt la belle édition que rient d'en donner M. Willem», qui l'a enrichie d'une foule de notes savantes et d'une dissertation préliminaire relative à l’origine du poème et aux travaux littéraires des Allemands sur cette matière.
Nous avons publié la traductiou de cet ouvrage , auquel nous avons ajouté l'analyse de tous les Renards français, et le résumé des opinions des écrivains français à ce sujet.
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prouvent jusqu’à quel point les lettres étaient cultivées en Belgique, où la plupart des souverains se firent un honneur de protéger les littérateurs. On connaît la munificence et la bonté avec lesquelles les accueillait Marguerite d’Autriche, née à Bruges, et qui plaçait ses bienfaits avec d’autant plus de discernement, qu’ellemême était poète. Avant 1794, il y avait, à la bibliothèque de Bourgogne, trois volumes manuscrits de chansons notées en musique, dont un grand nombre étaient de sa composition.
Dès le milieu du xm e siècle, Jean I er , duc de Brabant, fut célèbre par scs poésies, dont quelques-unes ont été imprimées dans l’ouvrage intitulé : Sammlutig de* Mitmnngem, 1758, 2 volumes in-4°.
Trois siècles auparavant, le Liégeois Baterus, évêque de Vérone, formait toute la littérature ecclésiastique en Italie , avec Atlon , évêque de Verceil.
Le bibliophile Jacob nous apprend (dans la Revue de Paris, Bruxelles, 1836, tome XII, p. 171, que l’entrelacement alternatif des rimes mascu-
U IELCIQCE IU.CSTRÉK
line» et féminine dans les vers français est une innovation prosodique due à Lemaire des Belges. Elle n’était pas encore généralement adoptée de Clément Marot, qui s’y astreignit avec beaucoup de peine dans sa vieillesse.
En protégeant les arts et les sciences, Marguerite d’Autriche cultivait elle -même les lettres, comme nous l'avons vu. Ce fut sous son gouvernement qu’on vit paraître dans la Belgique ces célèbres musiciens qui se répandirent partout dans la suite, et furent les restaurateurs de la musique en Europe.
Peut-être retrouvera-t-on ici avec plaisir quelques-unes des chansons composées par cette princesse, et tirées des manuscrits dont nous avons parlé. M. De La Scrna Santander en a publié huit dans son Mémoire historique sur lu bibliothèque dite de Bourgogne.
Ce n’est pas jeu d’estre si fortunée D’estre si fortunée ,
(Ju’eslonçner fault de ce qu'on ayme bien ;
Et je suis sceurc que pas de luy ne vient.
Mais me procède de nia grant destinée.
Dites vous donc que je suis esgarée
BELLES- LETTRES
Quant je me vois séparée de mon bien !
Ce n'est pas jeu d'estre si fortunée.
Qu’eslongner fault de ce qu'on aymc bien J'ai le rebours de toute ma pensée ;
Kl sy n'ayme qui me conforte en rien ,
De tout cecy je le portera) bien,
Mais que de luy je ne soys oubliée.
Ce n'est pas jeu , etc.
Cueiirs désolez par toutes nations,
Deuil ensemblez et lamentations.
Plus ne querez l'harmonieuse lyre j Lyesse, esbas et consolations Laissez aller, prenez pleurs et passions Et m'aydez tous à croislre mon martyre.
Cueurs désolez.
De Orpheus pour vostre joye eslire Ains vous plongez en désolations ,
Venez à moy par mille légions,
Enfumiez moy douleurs par millions !
Le noble et bon dont on ne peut mal dir< Le soutenant de tous sens contredire Est mort, hélas! quels malédictions.
Cueurs désolez.
Me faudra-t-il toujours ainsi languir.
Me fnuldra-l-il enfin ainsi mourir,
180 LK IILSIQOt ILLC8TRÉÜ.
Nul n'aura t il de mon mal cognoissanco ■
Trop a duré, car c'est dès mon enfance.
Je prie à Dieu qu'il me doiol attemprance .
Mestier en ai : je le prends sur ma foy,
Car mon seul bien est souvent prés de mny.
Mais pour les geni fanlt faire contenance.
Par quoy conclus , seuletle et à part moy,
Qu'il me fauldra user de pacience.
Cas! c’est |>our moy trop grande pénitence,
Certes ouy. et plus quant ne le voy.
Marguerite, par ces vers pleins de tristesse, parait rappeler scs infortunes, parmi lesquelles on doit compter la mort de son frère Philippe le beau, auquel elle était tendrement attachée, la perte de son époux., l’infant don Juan, celle du (ils unique qu’elle avait eu de lui, et entin la mort de Philippe de Savoie, son second mari.
L’idiome flamand, qui anciennement était, à peu de chose près, le même que le germanique ou le tudesque, est d’une antiquité assez
respectable, puisqu’il est prouvé que la langue tudesque fut celle des rois de France de la
IF.LIÆg-LETTHKS.
première race, d’une partie de ceux de ia seconde, et la langue naturelle de Charlemagne (i).
Ceux qui voulaient avoir part aux affaires de l’Étal étaient obligés desavoir les deux langues, la romane et la ludesque. Celte dernière ne disparut en France qu’au commencement de la troisième race, et la romane devint la langue de la cour et celle du peuple.
Plusieurs monuments littéraires nous ont été conservés de l'ancien idiome flamand ou ludesque. Nous donnerons ici un court aperçu des compositions en cette langue , depuis le ix* siècle jusqu’à nos jours.
Sans parler du serment de Louis, roi de Germanie, frère de Charles le Chauve, en 8d2, et d’autres morceaux que rapportent Schiller, dans son Thésaurus antiquilalum Teutonicarum ; Hickesius, dans son Thésaurus linguarum seplen- Irwnaltum , » et autres, et dont l'ensemble con-
(1) F" oyez De Bast , Recherches historiques et littéraires sur les lanyues celtique , gauloise et tudesque , Garni , 1815, ainsi fjuc les nombreuses autorités qu*il cite.
IKi LA IF.LCIQIE ILJ.tSTRFF.
serve l'empreinte très-marquée de notre ancien langage, nous commencerons par faire mention d’une chanson guerrière, ou chant de victoire au sujet de la défaite des Normands, en 883, qui était encore en usage au ix* siècle.
Nous en donnerons quelques vers, avec le flamand en regard, pour qu’on apprécie mieux
Kcnen koning we*t ik ht heet heer kodewyk Die geerne God client Wyl God het hem loont. Kind , was hy vaderloos Dit was hent secr boos nadcelig.
les rapports.
F.inen kuning weii ich Hc-isfset herr Hludwig Die gerne Goit dienet Weil er ihms lolinet.
Kind , wart er vaterlo»
De» warl ihme *ehr bos.
Ensuite le harde belge ( 1 ) raconte comment Dieu , résolu d’éprouver le roi Louis III, permit l'invasion des Normands. A la fin voulant ar-
(1) Van Wjn, dans «es Soirées historiques , tom. I, p. 224, émet l'opinion très-fondée , que l'auteur de ce chant de guerre était de la province de Hainaut , où la langue tentone ou tudesque se parlait encore au su' siècle , ainsi que dans les lieux circonvoisins , puisque saint Norbert prêcha en cette langue h Valenciennes , à cette époque.
KKI.I.FS-LKTTRF.S.
rèter leurs dévastations , il excite le roi à prendre les armes, et celui-ci adresse une allocution à ses soldats :
Lodewyk , mynen koning.
Help myne lieden !
Dan sprak luyd Lodewyk dcn çoeden :
Trnost u , gezellen !
Myne noodverwanten Hier zond my God
M. Hoffmann de Fallersleben a publié à Gand, en 1837, une excellente traduction flamande, et une autre en français, de ce morceau entier, d’après un texte nouveau découvert dans un manuscrit de l'abbaye d’Elno, autrement dite de Saint-Amand, aujourd’hui à la bibliothèque de Valenciennes.
Il est fâcheux que nous ne puissions comparer ce chant avec celui de Roland, qui a été l’objet de plusieurs dissertations, et qui est perdu. On sait que le marquis de l'aulmy en ayant trouvé, disait-il, quelques débris dans les anciens romanciers , il en a composé des
Hluwig, kuning min ,
Il il p minait liutin !
Thanno tprachl luto Hluwig «1er guoto :
Trostet li i n , gesellion !
Mriine nolstallon !
Hcra sa nia mih God , etc.
I H 4 H «H MOI K ILUSTUPt.
couplets qu'il a voulu donner pour des restes de ce morceau, fameux dans les annales du moyen âge. Mais cette pièce, qui ne porte aucun caractère d’authenticité, n’est tout au plus bonne que pour amuser le peuple, avance avec raison M. De Roquefort, qui la donne tout entière dans sou ouvrage : De l’étal de la poésie française dans les XII' et XIII' siècles.
On prendrait plutôt pour fragments originaux ceux que le comte de Tressan dit avoir été recueillis de la bouche de montagnards des l*yrénées par le marquis de Viviers-Lansac , et qu’il rendait par ces vers :
O Roland ! honneur de la France,
Que par toi mon liras soit vainqueur !
Dirige le fer de ma lance A percer le front ou lecteur Du fier ennemi qui s'avance.
Que le sang coulant à grands (lois l>e ses flancs ou de sa visière ,
Bouillonne encor sur la poussière.
En baignant les pieds des chevaux !
O Roland ! honneur de la France, elc.
bku.ks-lf.ttak;.
L'idiome de notre chant guerrier de 883 alla toujours se rapprochant du flamand actuel, dans les monuments qui nous en restent; de sorte qu’à la fin du xu c siècle, c’était déjà presque le flamand moderne. Voici le commencement d’un acte de foi de cette époque : le kelave in Gol Vadcr almachtigen, in (en Seeppare thés hemeles en ther arthen. le kelave in sinen cnbomen Z une , etc. (t).
Au xui® siècle nous rencontrons comme poète flamand le duc de Brabant Jean I er , dont une jolie chanson a été insérée par M. Van Praet dans l’ Esprit des journaux, de janvier 1781, page 211, et qu’on retrouve dans l’ouvrage de M. Willems (a).
Les romans de Karel en Elegast, Fergunt en Galiene, Yscwyn en Seghelyn van Jérusalem , Walewein , etc. , appartiennent à la même époque, ou au commencement du siècle suivant.
(1) Kckart , Incerti monachi ff'eiuenburgentis catechesis theolisea , page 86 , et Ypey, page 287.
(2) t'erhandeling over de Nederduytsche tael en letterkunde , tome Iw, page 120.