Jacques Bardoux. Les partis anglais
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géologues, venait d'être découvert et sa mise en exploitation décidée. Toute une région, essentiellement agricole jusqu'ici, se trouvera bouleversée. La transformation sera d'autant plus profonde que la mine de charbon appelle nécessairement les hauts fourneaux, les aciéries, et ceux-ci à leur tour les fabriquée de fer et les ateliers de construction. On peut être certain que, d'ici quelques années, le bassin industriel de Liège se prolongera jusqu'aux portes d'Anvers. Or, partout où l'industrie s'implante, -règne le socialisme. Les campagnes campinoises, si ardemment attachées au culte catholique — jusqu'à la superstition — seraient-elles appelées à devenir la proie des « barbares? » Ce n'est pas seulement l'aspect de la nature, c'est l'aspect politique et moral du pays qui pourrait se trouver déformé.
Il n'y avait qu'un moyen d'enrayer un mouvement qui menaçait de tout emporter : faire dévier le flot montant des revendications ouvrières vers un parti qui s'adresserait au prosaïsme utilitaire des masses par des réformes pratiques, tout en cherchant à maintenir la foi ancestrale. L'esprit pratique du Belge s'affirma ici comme en toutes choses.
A côté des conservateurs soucieux exclusivement des intérêts de l'industrie, nous voyons dès ce moment un élément nouveau participer aux atïaires, composé de catholiques fervents, mais conscients des besoins de la société moderne, assez avisés au moins pour ne pas les nier de parti pris. Il se forma ainsi un groupe de catholiques « progressistes » préoccupés de l'existence précaire des ouvriers et surtout du mouvement révolutionnaire qui couve dans les mines et les établissements métallurgiques et donne un peu l'impression d'un volcan dont la présence se révèle de temps à autre par de sourds grondements.
Dès ce moment aussi, nous voyons se créer en Lelgiq.ue une entente tacite entre la démocratie socia-
liste et chrétienne contre le capitalat, entente qui se manifeste chaque fois qu'une question économique ou sociale vient en discussion.
D'un côté, tous les Bastiatistes. Ceux-ci trouvent que le législateur qui entreprend de procéder à la distribution des richesses en dehors de leur répartition rationnelle conformément aux lois de la valeur et de la concurrence, prépare la destruction de ces richesses en préparant le communisme. Ils considèrent que la loi prolectrice, brisant nécessairement l'un des leviers les plus puissants de la production, fait tomber le travail au-dessous de la moyenne, et qu'il n'y a plus alors d'égalité si ce n'est dans la médiocrité et dans la misère, toutes les énergies étant ruinées. Et comme M. Wemer Sombart, professeur à l'Université de Breslau, disciple de Karl Marx, a pu prétendre qu' « une bonne législation ouvrière est pour les grands entrepreneurs une arme de premier ordre pour ruiner les petits et se débarrasser de leur concurrence », et que M. Vandervelde préconise le passage, par des mesures législatives, « des formes dégénérées de la production individuelle aux formes supérieures de la production en commun », ils montrent le pciil : la prolétarisation et par là même la pulvérisation de tous les petits et moyens commerçants, industriels et agriculteurs, de sorte que le socialisme serait lui-même la négation de la démocratie.
D'un autre côté, tous les réformistes, opportunistes, possibilistes, — socialistes ou non — qui cherchent à concilier le solidarisme et l'individualisme par un travail législatif d'appropriation. Dans le nombre, quelques libéraux avancés ; mais surtout des catholiques, — les néo-catholiques.
Dans des réunions populaires, nous avons vu des orateurs proclamer le droit des ouvriers, des faibles et (les petits, réclamer une journée plus courte de travail et de meilleurs salaires, prêcher au nom de la
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justice la révolte contre l'aumône et la charité, et, pour montrer la réaction sous son aspect le plus arbitraire, évoquer les « mauvais jours de la domination libérale ». Nous les avons vus soutenir que la Révolution française n'avait pas assez fait, la blâmer d'avoir pu donner plus de valeur à l'affirmation du maître qu'à celle de ses ouvriers dans les conflits du travail, lui reprocher d'avoir porté préjudice aux classes laborieuses en supprimant les vieilles institutions qui leur servaient d'appui et de secours et conclure qu'il fallait faire mieux et plus que la Révolution. Nous avons vu ces mêmes orateurs déclarer qu'il fallait obtenir pour les classes opprimées « non pas seulement tout ce que la justice veut, mais tout ce que la justice permet », afin que « le dernier des ouvriers devienne propriétaire, et le dernier des cultivateurs maître du champ qu'il laboure* ».
C'est dans des réunions catholiques que de pareils discours sont prononcés par des orateurs catholiques, — ceux qui maintenant s'aperçoivent que les réclamations populaires doivent être écoulées d'une oreille attentive, sous un régime de suffrage universel. Et les appels démocratiques se multiplient : « Tous les hommes d'action, s'écrient les uns, ont à s'unir dans un effort viril et à s'inspirer des exemples que nous ont donnés les catholiques allemands. On sait où en sont arrivés les catholiques français pour avoir déserté le terrain des œuvres et s'être trop longtemps perdus dans de stériles controverses ». Et les autres : « Il est dit que les opprimés se lèveront un jour. Ce jour-là, il n'y aura plus de petits dieux, il n'y aura plus que des hommes parmi les hommes. Et ceux qui élèvent des barrières sur notre route seront balayés. Nous voulons instaurer le droit à la vie ».
Un sénateur, M^Keesen, supplie le Parlement de