‹ La Belgique moderne, une terre d'expériencesChapitre 27 sur 42 · LIVRE VI LE MOUVEMENT COOPÉR/^TIF · texte numérisé non relu

LIVRE VI LE MOUVEMENT COOPÉR/^TIF

L'esprit d'association. — Les Belges sont des associés. — La prospérité fait la nationalité. — L'égotisrae dans le concentralisme. — L'association pour l'intérêt. — Chacun ne considère que les services qu'il attend des autres. — Les premières associations. — Les Gildes, sociétés de travail et de défense mutuelle. — Les cordes de Roosebecke. — Les associations sont de petits Etats dans l'Etat. — La Révolution sociale s'accomplit tous les jours. — La coopérative ouvrière et le phalanstère. — Les agences de subsistances. — Les ateliers nationaux. — L'action prolétarienne par l'organisation coopérative.— L'Internationale. — La guerre de 1870 et la Commune disloquent les organisations ouvrières. — Après la bourrasque. — La législation des coopératives.

Le peuple belge est laborieux. On peut dire que c'est le travail qui lui a donné le sentiment de sa nationalilé. Une vitalité collective a fait la collectivité. C'est dans le domaine des affaires surtout que s'affirme son hégémonie. C'est à sa prospérité que la Belgique doit la conscience de son originalité propre et son caractère particulier.

Il est permis de considérer la Belgique, patrie du syndicalisme, comme une vaste fédération de groupements, un syndicat de syndicats. Or, il est à remar-

quer: la cohésion et la vie même d'une association dépendent essentiellement de son fonctionnement. Quand le commerce et l'industrie vont bien, cartells et trusts se forment d'eux-mêmes. Quand tout va mal, ils se disloquent : les co-contractants de la veille n'ont plus que des sentiments de rivalité et de « sauve-qui-peut ». On pourrait faire de ceci un axiome : l'union dans le succès, l'hostilité dans la défaite. Le fait est commun à toutes les entreprises en société. Nous avons souvent entendu dire, à propos de telles ou telles : « Les affaires ne vont pas parce que les associés ne s'entendent pas ». Dans la grande majorité des cas, il faudrait renverser l'ordre des facteurs et dire : « Les associés ne s'entendent pas parce que les affaires ne vont pas ».

Précisément, nous ne pouvons voir autrement les Belges que comme des associés, des associés qui font bon ménage parce que les affaires vont bien, qu'ils se rendent mutuellement des services intéressés et que la coalition de leurs efforts a assuré à leur « firme » nationale une double autorité matérielle et morale. La vie industrielle et commerciale a créé l'émulation; elle a établi en même temps une confiance dans l'avenir. Le temps a parachevé cette œuvre de nationalisation parmi des individus qui n'auraient jamais pu s'entendre peut-être s'il n'y avait eu entre eux ce point de contact : le besoin d'indépendance, c'est-àdire le besoin de travail dans la paix et dans la liberté.

Mais ce qui frappe le plus dans le caractère du peuple belge, c'est l'alliage d'individualisme égotiste et de « concentratisme ». Je ne trouve pas de mot plus expressif pour exprimer l'esprit d'association qui pousse les Belges à se presser les uns contre les autres. Ce n'est pas l'idée communautaire qui les pousse, ce n'est pks le solidarisme non plus, c'est seulement et simplement l'idée féconde de la multi-

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plicalion des forces^ H y a l'instinct du groupement; il y a aussi et surtout la compréhension des résultats qui en peuvent découler. L'esprit d'association n'est pas autre chose chez le Belge qu'une des multiples mani- ^festations — la plus forte — de son esprit pratique.

Soulignons ce fait, très frappant, que le Belge est très peu altruiste. Il laisse chacun « tirer son plan ». Les théories d'apitoiement ne l'émeuvent guère. Le grand amour de l'humanité qu'on trouve chez un grand nombre de Russe?, par exemple, et même d'Anglais, n'est pas son fort. Ce qui le touche et le trouve inébranlable, c'est l'intérêt. La civilisation belge est purement matérialiste. L'art lui-même n'a jamais été en Belgique qu'une merveilleuse exaltation de la matérialité.

Dans leurs luttes historiques, c'est moins la liberté de vivre que la liberté du négoce que les Belges ont défendue avec tant d'âpreté. Instinctivement, ils se sont toujours rapprochés parce qu'il tant être nombreux pour creuser des tranchées et ouvrir des clairières. Ils ont créé la confrérie individualiste, où chacun ne considère que les services qu'i peut attendre des autres.

Dès les premiers siècles, nous voyons des bandes se former dans les Pays-Bas pour obtenir par la iorce le redressement de leurs griefs. Elles se désignaient par le nom germanique de gildes que portent encore les vieilles corporations flamandes. Les gildes consti-j tuaient déjà des sociétés de travail, car nous en voyons se former pour mettre en culture les terrains marécageux.

Dans l'histoire de la Belgique, la gilde marque la résistance de l'élément mercantile et industriel — de

1. Nous avons trouvé dans les statuts de plusieurs coopératives cette clause typique : o les associés ne sont tenus des encrage? nients de la société que divisémeot, aucune solidarité n'existant entre eux ».

tous ceux qui voulaient s'organiser pour régler en commun leurs propres intérêts — contre le pouvoir seigneurial. Les plus petites gens, ceux de la campagne même, se liguaient aussi, et par le seul fait de leur réunion en confréries, devenaient à leur tour une classe, une force.

C'est en détruisant l'ilotisme politique dans lequel la féodalité eût voulu tenir les petites gens, que les gildes obtinrent l'émancipation du peuple, et la pratique d'efforts énergiques développa considérablement, en l'exerçant, la virilité de la race. L'ardeur belliqueuse même prenait souvent la forme coopérative. Il n'était pas rare que deux frères d'armes, marchant au combat, se promissent de se défendre mutuellement dans la mêlée et de ne se laisser séparer que par la mort. A la bataille de Roosebecke, les masses flamandes, qui se ruaient aveuglément sur l'armée française, étaient d'autant plus alourdies et plus facilement décimées que des rangs entiers de combattants étaient attachés les uns aux autres par de solides cordes. Ces liens marquaient la défiance ombrageuse qui est au fond de tout flamand. Chacun voulait être sûr que ses camarades ne pourraient fuir. Ils attestent aussi l'instinct du groupement, de l'association offensive et défensive. Les cordes de Roosebecke sont un symbole. A travers l'histoire, les Belges sont restés pareillement attachés les uns aux autres, et ce qui fut une cause de désastre sur le champ de bataille fut une cause de victoire dans les luttes économiques.

Par leur cohésion, les confréries flamandes acquirent une puissance qu'on ne trouve nulle part aussi accusée. Elles se dressèrent devant les princes bourguignons avec autant d'audace que devant les comtes flamands et Philippe de Comines rapporte, avec une stupéfaction admirative. qu'une seule ville put tenir en échec la maison de Bourgogne : Gand.

Desgildes naquirent la hanse, c'est-à-dire la grande association, et de la grande association, le haut commerce et le trafic mondial. Elles démontrèrent — avant Darwin — que « l'association de faibles a raison des forts ». La gilde et la hanse eurent une autre conséquence heureuse : elles apprirent aux individus à se diriger et à se gouverner eux-mêmes, sans aucun besoin de la protection tutélaire du prince, hormis celle qui garantit la sécurité des personnes et des propriétés.

Si l'action de l'Etat est encore aujourd'hui moins sollicitée en Belgique que celle des particuliers, c'est aux associations d'intérêts qu'elle le doit. L'Etat ne crée pas la vie sociale : il la guide et la protège. Les Belges n'ont pas encore tout à fait perdu la notion de cette conception du rôle véritable de l'Etat.

En France, et dans les pays latins, de façon générale, l'Etat est devenu le Dieu, le personnage mystérieux qui peut tout sur tout : c'est le sorcier des populations sauvages, c'est le Vichnou des Hindous, le distributeurdela panacée universelle; c'est Neptune qui commande aux tempêtes et Pluton qui fait jouer le bouton des volcans. A toute occasion et contre chacun, père de famille, fonctionnaire, propriétaire ou ouvrier, surgissent les droits de l'Etat, de cet Etat maître suprême et infaillible disant le dernier mot surtout. Et l'on se plaint. A qui la faute? Pourquoi avoir donné une telle puissance à l'Etat et en avoir fait l'arbitre absolu? Pourquoi invoquer les dieux apotropéens quand soi-même on a voulu la calamité?

La Belgique commence bien à se laisser contaminer à son tour par celte superstition de l'Etat-Providence; mais elle doit à ses traditions, — et à son égotisme, — de se dire toujours : « Aide-toi, le ciel t'aidera. » Elle commence par s'aider. Et là est tout le secret de ses initiatives étonnantes qui font l'admira-

tion de tous. L'association libre des forces vivantes, — vivant par elles-mêmes, — rend inutile l'action gouvernementale. Les besoins et les circonstances créent à tout moment des associations qui ne demandent à celle-ci que sa neutralité et qui constituent comme autant de petits Etats dans l'Etat.

La révolution sociale n'est qu'un mot, ou du moins ce n'est pas le grand cataclysme auquel s'attendent des esprits timorés. La révolution sociale existe à l'état permanent : elle s'accomplit tous les jours, sous nos yeux, par un travail continuel d'adaptation et d'acclimatation, au fur et à mesure que la société se transforme et se crée des besoins nouveaux.

Les socialistes belges considèrent le coopératisme comme l'un des meilleurs instruments de cette Révolution sociale continue k laquelle tendent leurs efforts. Ils y voient déjà, pour la plupart, la réalisation embryonnaire du socialisme, le point de départ de la coopérative géante que formera l'Etat sous le régime collectiviste, lorsqu'il aura pour membres tous les citoyens et qu'il se sera emparé de tout l'outillage productif.

Le coopératisme devait forcément réussir dans un pays où l'on a l'esprit de corps, où l'on sait quels avantages immenses, matériels ou moraux procure « le tact des coudes ». L'esprit communiste n'est pas autre chose qu'un esprit de coopératisme. Cependant, les sociétés coopératives furent longtemps à s'établir en Belgique. Les Belges ne comprirent qu'à la longue les avantages de cette forme du sociétarisme. L'idée en venait de l'étranger. On a toujours de la méfiance, en Belgique, pour ce qui vient de l'étranger.

Robert Owen, en Angleterre; Charles Fourier, en France, sont les pères du coopératisme. La Maison du Peuple d'aujourd'hui est la réalisation pratique du phalanstère et de la boutique communautaire de New Lamark à la fjis.

La fameuse société des Equitables Pionniers de Rochdale, fondée en 1843 par de pauvres ouvriers tisserands, disciples de Robert Owen, et le non moins célèbre Familistèrede Guise, marquent les pointsprécis où les grandes idées des deux prophètes ont quitté le domaine de l'utopie pour entrer dans le domaine pratique. Avec les Equitables Pionniers de Rochdale, nous voyons se préciser un effort d'émancipation ouvrière par l'ouvrier lui-même. Avec le Familistère de Guise, c'est le relèvement des conditions sociales de l'ouvrier sous la direction des patrons qui voient en lui, à côté de l'instrument de rapport, l'homme, et, dans l'homme, la famille.

Si la coopérative ouvrière socialiste a fait d'immenses progrès, alors que la coopérative phalanstérienne est restée en enfance, c'est qu'il ne s'est malheureusement pas trouvé beaucoup de Godins. Le patron a négligé d'organiser l'ouvrier, — il a fait plus : il a lutté contre l'organisation ouvrière ; l'ouvrier s'est organisé seul.

Faut-il voir, en Belgique, un précurseur dans Edouard Ducpétiaux? Peut-être. Publiciste humanitaire, — c'était la grande époque sentimentale, — Ducpétiaux s'émut de la grande misère provoquée en Belgique, en 1845, par la cherté du pain et des pommes de terre, et il eut l'idée de créer, à Bruxelles, une agence de subsistances où les produits n'étaient vendus qu'aux ouvriers, sans bénéficç.

L'agence fonctionna si bien que l'idée en fut reprise, après 1848, par un savant allemand, le professeur Huber, et un légiste belge, Victor Faider, qui proclamèrent la nécessité de « soustraire les travailleurs au joug du capital » par des œuvres de subsistance et des associations économiques, dites alors distributives. Il y eut quelques tentatives, peu zélées.

Les républicains idéalistes de 1848 ayant, sur ces entrefaites, créé à Paris les ateliers nationaux, la

Belgique suivit la France dans cette voie; mais les ateliers fondés à Bruxelles et à Gand n'eurent ni plus de succès ni plus de durée que les ateliers français. Les associations de production qui devaient, au dire de Louis Blanc et de ses collaborateurs, transformer la face du monde, ne modifièrent rien du tout. Leur heure n'était pas venue. Un seul de ces ateliers survécut en Belgique, — encore n'avait-il aucun caractère national — : « l'Alliance typographique », fondée à Bruxelles, en 1849. Cette société avait pour objet : « l'exploitation en commun d'une imprimerie en caractères et la création d'une caisse d'assistance fraternelle ». Le capital social, formé par un versement de 200 francs par membre, s'élevait à 40.000 francs. La société pouvait employer des ouvriers rétribués, mais ces derniers n'avaient aucune part aux bénéfices qui devaient être partagés entre les membres seuls, après prélèvements pour la caisse de réserve, le capital social et les frais de gérance. C'était donc là une association d'ouvriers-patrons ou capitalistes, plutôt qu'une association de travailleurs.

Cependant, les tâtonnements se multiplient. On commence à saisir la portée pratique de la coopération. Les ateliers ou coopératives de production ayant échoué, on crée, vers 1854, des coopératives de consommation : boulangeries, épiceries, etc. Mais, faute d'organisation, celles-ci encore ne parviennent qu'à végéter. L'idée est dans l'air : elle n'a pas encore pénétré dans la masse.

En 1860, des ouvriers démocrates et libres penseurs, les Solidaires, réunis, chose curieuse, pour organiser et favoriser les enterrements civils, imaginent de créer à la fois une caisse de prévoyance et de pension, et un magasin d'approvisionnement. A ce propos, éclatent, dans les milieux ouvriers, les premirres discussions sur l'utilité d'une organisation économique

de la classe prolétarienne. De fougueux révolutionnaires, comme JeanPellering, blâment le projet d'une pareille organisation. Pour Pellering, l'action prolétarienne n'est, ne peut être que destructive. La destruction d'abord, la société meilleure après. « Sapez, sapez l'édifice pourri, clame-t-il, l'heure de la délivrance est proche. » Mais d'autres démocrates. — les évolutionnistes, — se mettent du côté des solidaires pour encourager l'effort d'organisation de la classe des non-possédants. Parmi ceux-ci se dresse Désiré Brismée, orateur très écouté. « Je suis partisan, déclare-t-il, de ce qu'on appelle les palliatifs, c'est-àdire de l'organisation de l'association, parce que sans organisation nous ne sommes rien. » A son tour, César de Paepe, qui vient d'apparaître dans la mêlée, se prononce pour l'association, comme moyen de rénovation sociale.

Dès ce moment, la coopération, sous toutes ses formes, devint, en Belgique, la formule concrète de l'affranchissement du prolétariat, et lorsque, en 1864, se constitua, à Londres, l'Association internationale des travailleurs, ou plus simplement, l'/nferna/ionaZe, et qu'il fut proclamé : « l'émancipation des travail-, leurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes », — la Belgique était prête, par le moyen corporatif, à se rapprocher de l'idéal rêvé- Un nouvel effort, plus décisif, fut alors accompli. Bruxelles, Gand, Anvers, Liège, Verviers, toutes les grandes villes eurent bientôt leurs coopératives ouvrières pour l'achat et la vente des objets de consommation.

A Bruxelles, où l'on revint même aux ateliers coopératifs, le mouvement prit une rapide extension. La Bûche, la princi[iale des institutions coopératives, avait pour objet la vente de marchandises « de bonne qualité et de poids sincère »; elle se proposait aussi de répandre l'instruction. Un an après sa fondation,

l'association comptait 260 membres et vendait pour 5.000 francs de marchandises par mois. Après la Ruche, la Fourmi est créée sur le même modèle. Mais trop ignorants encore pour diriger eux-mêmes les nouvelles organisations, les ouvriers avaient recours à des gérants, souvent insoucieux ou malhonnêtes, qui ruinèrent les œuvres qu'ils étaient chargés de diriger. Après quelques effondrements de ce genre, la clientèle ouvrière se crut volée partout, elle acheta de moins en moins aux magasins coopératifs et cette nouvelle tentative, si brillamment commencée, avorta comme les autres.

Cependant, quelques-unes de ces premières coopératives subsistèrent dans le bassin de Liège, et d'une Union des Métiers fondée à Jolimont, dans le Centre- Hainaut, sortira plus tard l'un des grands établissements du socialisme commercialisé : le Progrès.

Dès 1869, nous voyons poindre, en dépit de tant d'échecs, l'idée de la création d'une fédération de coopératives pour les achats en commun. Déjà, en 1866, à Genève, l'Internationale avait agité la question et Proudhon avait présenté un long mémoire sur un système de socialisme muluelliste, le système de l'égal-échange, et la nécessité de son application par la création d'une société coopérative universelle. En Belgique, un congrès coopératif réuni pour fédérer les groupements dresse tout un plan d'organisation.

Mais surviennent les terribles événements de 1870- 1871 : la guerre franco-allemande, la Commune. Les organisations ouvrières en sont toutes bouleversées. Loin de trouver dans le triomphe des insurgés de Paris une occasion de coalition monstre contre la bourgeoisie capitaliste, elles se ressentent ellesmêmes violemment du désordre politique général. Des dissensions éclatent au sein de V Internationale, la centralisation y est âprement combattue, et les ouvriers se découragent, ne comprenant rien aux

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discussions de tactique dans lesquelles les dirigeants désorientés s'attardent maintenant. Les groupements se désagrègent et la désorganisation est bientôt complète. Avec V Internationale, la tragédie de Paris disloqua ainsi la plupart des institutions ouvrières.

Dès que la bourrasque déchaînée par la guerre se fut enfin calmée en France, et en Belgique par répercussion, une période de réparation commença et l'idée coofiérative reparut sous de nouvelles ou d'anciennes formes. Le Parlement belge s'occupa alors de doter les sociétés de production et de consommation d'une législation appropriée. Jusque-là, ces sociétés s'étaient formées en dehors de la loi. La loi les ignorait : elles ignoraient la loi. La question de leur législation se posa : mais la loi les considéreraitelle comme des sociétés commerciales ou des sociétés civiles? Le législateur en fit des sociétés spéciales, et, dans la codification votée en 1873, il envisagea les coopératives comme des sociétés de personnes et non de capitaux, ayant pour signes distinctifs la variabilité dans le nombre des associés et dans le capital, ainsi que l'incessibilité des parts d'intérêt à un tiers, incessibilité nécessaire pour que la société coopérative ne devienne pas une société de spéculation.

Comme la plupart des lois en Belgique, celle-ci se distingue par son esprit de liberté. Les dispositions n'en sont pas draconiennes. Le législateur a seulement voulu, dans la mesure du possible, garantir les intérêts des ayants droit et des créanciers.

Au cours de la discussion de la loi de 1873, M.Bara. ministre de la justice, parla avec quelque scepticisme de la société coopérative. « Elle n'a pas pris de développement, observa-t-il, parce que les mœurs s'y opposent. » M. Bara oubliait que la Belgique fut, de tout temps et par excellence, le pays du corporatisme et de l'association des intérêts.

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