M. Léon Chômé. La Belgique mUUaire
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sont pas rares qui estiment que les deux peuples sont des liyaux naturels, beaucoup plus que des amis. Ils combattent toute idée d'union, fût-elle commerdaie, parce qu'ils prétendent, de leur côté, que la Hollande seule en profiterait.
Dans les pays essentiellement mercantiles, si la question d'intérêt ne prédomine pas toujours et ne détruit pas l^s courants pour ainsi dire magnétiques qui unissent les peuples d'origine commune, elle parvient néanmoins à les arrêter. C'est ici le cas.
Les flamingants orangistes ne trouvent donc pas, dans la paisible Hollande, ni même parmi la majorité de leurs compatriotes, de sensibilité correspondante» C'est ainsi qu'ils ont été amenés à se rejeter sur l'Allemagne. Le flamingant tend de plus en plus à ne voir ni Hollandais, ni Prussiens ou Badois ou Bavarois, mais seulement la grande famille germanique à laquelle il appartient.
En s'écarlant de Torbite de la France, la Flandre parait bien avoir obéi à la loi naturelle qui veut, comme l'a démontré M. Gustave Le Bon, que « chaque peuple possède une constitution mentale aussi fixe que ses caractères anatomiques » et que « les hommes de chaque race possèdent, quel que soit leur niveau social, un stock indestructible d'idées, de traditions, de sentiments, de modes de penser, qui sont Théritage inconscient de leurs ancêtres et sur lequel les arguments ne sauraient avoir aucune prise »^.
On s'est efforcé, après 1830, de franciser la Flandre. La Flandre s'est révoltée ; elle a été rebelle à toutes les tentatives. Sa constitution mentale est restée « aussi fixe que ses caractères anatomiques ». Son « stock d'idées, de traditions, de sentiments, de modes de penser, » n'a subi aucune altération.
La langue c'est la nation. Il n'y a pas de nation
1. Les lois psychologiques de VEvolution des peuples ^ par Gdstavs Lb Boif. Alcan, éditeur.
sans langue. C'est pourquoi on lutte en Finlande, en Pologne, en Autriche, en Hongrie, en Suisse, en Espagne, partout. Il faut reconnaître que les nationalistes flamands partent d'une idée juste lorsqu'ils voient dans leur langue la force créatrice qui seule peut les imposer.
Mais si la Flandre est fidèle à elle-même et à son passé glorieux quand elle repousse l'invasion de la langue française, est-elle en môme temps fidèle à son instinct d'indépendance et d'existence propre lorsque, par réaction, elle ouvre ses portes toutes grandes aux Allemands, sous le prétexte de laisser pénétrer chez elle la pensée germanique comme une atmosphère purificatrice ? En voulant éviter un péril, le nationalisme flamand ne s'est-il pas jeté dans un autre ? Les Allemands se sont précipités sur cette région où tant de bras « fraternels » leur étaient tendus. Ils s'y sont implantés comme chez eux. Ne leur disait-on pas que chez eux ils étaient? Et voici qu'ils sont en train d'accaparer tout le négoce, tout le trafic d'Anvers. « Anvers port allemand », n'est plus un mythe, une légende. C'est déjà presque un fait accompli.
A l'observation que la ville d'Anvers se laisse dévorer toute vivante, les Flamands répondent par la plume d'un écrivain d'expression française, mais très attaché à son pays et très sûr de sa race, M. Edmond de Bruyn, qu'Anvers est une « surville » qui se suffit et « reste froide aux caresses étrangères » ; qu'au surplus, elle a « le don de s'assimiler tous les éléments sans en garder la trace ». « Des Espagnols, des Portugais, des Français, des Allemands, elle a pu recevoir tout le monde dans son lit : elle n'enfante que des Anversois ».
On appelle coction, en médecine, la cuisson des aliments dans l'estomac ; à Anvers nous assisterions à un travail du môme genre pour faciliter l'homoïose. Anvers absorbe des Allemands crus : cuits dans son
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estomac ils deviennent Flamands. Telle est la thèse de M. de Bruyn qui ne fait ainsi aucune distinction entre ce qui fut et ce qui est. Toute rerreuf de sa déduction est là K
Il y a quarante ans, TAllemand était un mot générique de pure ethnographie. Il est maintenant le nom commun d'Ëtats coagulés étroitement et d'une population compacte essentiellement expansionniste. Il y a quarante ans, il n'y avait d'Allemands nulle part ; aujourd'hui, il y en a partout. Autrefois, l'étranger était très isolé, et, sinon lui, du moins ses enfants ou ses petits-enfants, finissaient par subir les influences locales. Aujourd'hui, dans chaque ville, les colonies nombreuses se resserrent et entretiennent pieusement le sentiment patriotique.
Il n'y avait pas, autrefois, les ramifications postales, télégraphiques , les voiesc ferrés qui existent aujourd'hui et qui, loin de briser le moule des nationa* lités, permettent au contraire à un citoyen de vivre à rétranger, n'importe où, sans perdre contact avec son pays. Tous les moyens de communication sont des moyens de pénétration. Les Allemands, comme les Anglais, le savent. Et ce sont pour eux comme autant de fils qui les relient à la grande famille nationale.
Entre autrefois et aujourd'hui quelle distance I Dire aux Allemands d'Anvers qu'ils sont des Anversois, c'est faire admirablement le jeu des armateurs et des gros marchands de Hambourg et de Francfort, qui, dès à présent, sont maîtres du port; et c'est faire
1. M. de Bruyn a fondé à Anvers, avec M. Max Elskamp, le musée du Folklore. Or, M. Max Elskamp écrit, non sans amertume, dans la Belgique artistique et littéraire de janvier 1910 : c On a fait de nous des Germains, et surtout des protestants : le peuple lui-môme a suivi, et ma ville me dégoûte profondément. Et puis, il n*y a plus que des Prussiens ici et de hideux flamingants. C'est ce que certains appellent l'âme belge du Nord, comme s'il y avait une âme belge, d'abord ! »
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le jeu de rAllemagne aussi dans ses instincts impé-^ riaiistes. Car, même lorsqu'ils se font naturaliser^ comme cela se produit fréquemment, de par une très habile tactique, les Allemands restent Allemands partout et avant tout. C'est d'ailleurs là leur grande force, celle qui leur a permis de conquérir eu moins d'un demi-siècle, aussi bien sur mer que sur terre, une place si considérable qu'elle commence à faire p&iir l'étoile de l'Angleterre.
On l'a justement observé : on voit plus d'Anglais et de Français que d'Allemands en Belgique; mais, de façon générale, les Anglais et les Français passent; les Allemands restent. Les Anglais et les Français viennent voir les musées, les expositions, les monuments, les sites : les Allemands, eux, viennent faire <lii commerce, s'établir. Leurs colonies sont plus importantes tout en étant moins visibles. Elles se forment insensiblement, gagnent du terrain, très unies entre elles par des liens ()olitiques et économiques que rendent plus solides des sociétés d'agrément ou de prévoyance : mutualités, clubs sportifs, clubs de musique, etc. L'insinuation est lente et sournoise, d'autant moins apparente que TAllemandy toujours très souple, s'installe comme chez lui dans tous les milieux, avec l'aisance de quelqu'un qui y a toujours vécu. C'est là le fond de sa tactique : ne jamais être dépaysé et garder toujours, dans toutes les circonstances, la même innocente bonhomie. Il vous prendra votre place avec une telle tranquillité que vous éprouverez des scrupules à l'en chasser.
Très travailleur au demeurant, très tenace^ seule la souplesse de l'Allemand égale son énergie. Il a cette grande supériorité sur le Français qu'il sait où il va toujours et qu'il ne quitte la route droite que pour atteindre plus sûrement le but poursuivi.
C'est comme simple volontaire que le jeune Allemand entre le plus souvent dans les maisons de com-