Edmond Picard. Discours au Sénat
2. Dans cet ordre d*idées, nous devons signaler la campagne menée en Belgique en faveur de l'heure allemande (Europe centrale). Réglées jusque-là sur Theure astronomique de l'observatoire d*Uccle (Bruxelles), les horloges belges prirent en 1893 l'heure de Greenwich. Il n'y eut qu'à les retarder de 17' 27". On cherche aujourd'hui à placer la Belgique dans l'orbite astrono* mique de TAUemagne, sous le prétexte d'un gain de clarté et d'une facilité de relations. Un tel bouleversement — il faudrait avancer les horloges de 60 minutes — serait arbitraire et sans utilité pratique. Mieux vaudrait adopter Theure de Paris qui ne retarde que de 9 minutes sur Greenwich. Mieux vaudrait encore que la France adopt&t elle-même le méridien de Greenwich universellement adopté par la cartographie et la marine pour former le bloc occidental qui comprend déjà, outre l'Angleterre et la Belgique, l'Espagne et la Hollande. « L'Europe, expose M. Van Elewyck dans un remarquable rapport, serait ainsi divisée en trois fuseaux horaires rationnels, avec une différence d'une heure juste, d'un fuseau à l'autre, en allant de l'est à l'ouest. »
62 LA BELGIQUE HODEBSE
d'une cob quête des AUemands par Anvers ou si, au contraire, ce n'est pas Anvers qui est conquis parles Allemands. Pour notre part, nous ne croyons pas du tout que M les alluvions de l'Escaut, comme la vallée historique du Nil, absorbent Tendosmose des races. >^
Nous Tavons montré : si les Allemands ne se croient pas encore tout à fait en Allemagne lorsqu'ils sont en Belgique, ils se gardent de perdre contact avec leur pays d'origine. Ils se savent les pionniers de la plus grande Allemagne. Ne voit-on pas l'idée impérialiste et nationaliste gagner les socialistes allemands eux-mêmes, et l'espèce de « caporalisme intellectuel » à la mode, qui n'est pas autre chose qu'une transformation du miiitansme, s'emparer aujourd'hui des pins farouches marxistes?
Les Allemands ont de grandes qualités d'assimilation et d'acclimatation. Ils n'en restent pas moins Allemands quand ils s'expatrient. M. Onésime Reclus ne tient pas compte de cette continuité racique quand il ne voit à Anyers que « quelques rares Allemands inoffensifs ». II suffît de parcourir les quartiers neufs de la ville pour sentir que la grosse bourgeoisie germanique n'est pas étrangère à leur édification. La lourde « patte » de l'architecte teuton se retrouye à Anvers dans toutes les demeures nouvelles, luxueusement massives, dont l'élégance est détruite par les proportions împondérées.
Le flamingantisme est bien une forme de pangermanisme. Dirigé contre, l'esprit français, il a favorisé l'élément germanique, que ses promoteurs l'aient voulu ou non. Il a ainsi facilité l'accès des Allemands à Anvers. Etablis à Anvers, les Allemands, loin de se laisser « flamandiser », ont déjà marqué la vieille cité de l'empreinte de iQur botte.