HABITANTS PARLANT
Epoques
le français
le flamand
l'allemand
Population
Si, pour plus de clarté encore, nous établissons le mouvement des forces linguistiques belges par 1.000 habitants nous arrivons au résultat que voici :
HABITANTS (sur 1000) PARLANT
Epoques
le français
le flamand
l'allemand
Ainsi, en n'exceptant que les enfants de moins de deux ans, les Belges pouvant se faire comprendre en français sont au nombre de 3.485.728, tandis que ceux qui peuvent se faire comprendre en flamand se chiffrent par 3.673.719. Il y a donc, pour l'élément flamand, une supériorité de 188.000 environ qui s'efface si l'on ne compte que les adultes au-dessus de quinze ans. Le français reprend alors l'avantage. 2.666.706 Belges de plus de quinze ans révolus savent la langue française, tant Wallons que Flamands et qu'Allemands; tandis que 2.594.397 seulement savent la langue de Gand, de Bruges et d'Anvers, tant Flamands qu'Allemands et Wallons. Le français l'emporte ainsi sur le flamand de tout près de 75.000 personnes adultes.
Si, maintenant, Ton établit le partage du royaume entre les trois langues, — français, flamand, allemand, — on constate que le français a le plus gros lot comme étendue, environ 1.531.000 hectares sur les 2.945.700 que compte la Belgique entière; il reste 1.475.000 hectares pour le flamand et l'allemand réunis.
L'élément exclusivement allemand est encore très disséminé. Mais son augmentation est très caractérisée : 34.000 personnes en 1846 ; en 1900, 145.000. Il est à remarquer pourtant que le nombre des Belges de la petite zone allemande, sur les conflns des provinces de Liège et de Luxembourg, qui ne se servent que de leur dialecte germanique exclusivement, décroît sans arrêt : 32.000 en 1890 ; 28.000 en 1900. Si l'allemand est parlé et compris aujourd'hui en Belgique par un nombre d'habitants quatre fois plus considérable qu'au milieu du dernier siècle, ce fait intéressant tient, d'une part, à Timmigra* tion allemande (60.000 sujets de l'Empire sont établis en Belgique), et, d'autre part, à ce fait indéniable, que l'allemand est employé de plus en plus comme langue auxiliaire.
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De l'examen de toutes ces statistiques, deux propositions initiales ressortent nettemeat. C'est d'abord que le caractère essentiel des populations linguistiques belges est la stabilité. C'est ensuite que les diverses provinces ont une tendance à se spécialiser, à l'exception du Brabant, région limitrophe.
, Le caractère essentiel des populations linguistiques belges est la stabilité. — En l'espace, relativement considérable, d'un demi-siècle, en effet, la ligne de démarcation entre les populations françaises et flamandes de Belgique n'a pas varié. Le changement proportionnel s'est opéré au profit du français, quoique la population de l'ensemble des communes flamandes augmente plus rapidement que celle de l'ensemble des communes dites d'expression française; mais le progrès est à peine sensible. Nous l'attribuons surtout A l'emprise de la grosse industrie concentrée dans une région d'expression française, du haut commerce et des grands magasins des cités populeuses où le français est exigé. £n tout cas, le français n'a pas assez gagné pour qu'on puisse augurer des fluctuations visibles un Avancement de l'une au détriment de Tautre. Les deux langues se tiennent obstinément sur une mutuelle défensive.
Les dvcerses provinces, à l'exception du Brabant^ ont une tendance à se spécialiser, -. — Les Flamands traquent le français ; les Wallons traquent le flamand. ^ La partie septentrionale et la partie méridionale se renferment de plus en plus dans leur idiome respectif. Seule, la population brabançonne, placée entre des courants d'influences contraires, est forcément bilingue.
Dans la province d'Anvers, la population d'expression flamande s'accroît rapidement. Elle était de
477.570 en 1880; elle esl aujourd'hui de 630.224. La popalation d'expression française était en 1880 de 7.957 habitants; elle est aujourd'hui de 10.035. On coQTiendra que la fraction française est encore bien modeste si Ton songe aux prodigieux progrès d'Anvers comme port international.
Dans la Flandre orientale, 749.050 personnes parlaient le flamand en 1880; il y en a aujourd'hui 843.142. Pour le français, il y a diminution: 8.164 personnes au lieu de 8.541. La population, en grande partie flamande, de la Flandre orientale, dont Gand est chef-lieu, réclame la suppression de Télément français : on s'aperçoit par ces chiffres [que sa campagne se poursuit avec quelque succès.
Dans la Flandre occidentale, la population flamande a été portée, en vingt ans, de 553.609 à 605.575 habitants ; la population française de 24.874 à 26.982. La résistance est très vive ici aussi et, ce qu'il y a de plus curieux, c'est qu'elle s'étend jusque dans la Flandre française même oi^, dans les environs de Lille tout au moins, on constate un recul du français. Les ouvriers de la région occidentale des Flandres sont nombreux qui traversent la frontière, attirés par un meilleur salaire, et cette immigration constante dans les villes et les villages français y paralyse dans une certaine mesure l'œuvre de l'école obligatoire. Un Lillois, M. Devrachter, a observé que, lorsque ces immigrants ne forment que de petits groupes isolés dans une agglomération française, ils s'y fondent et s'y dissolvent. Réunis en nombre, ils font souche; ils s'enracinent, et leur influence est alors si considérable, qu'elle parvient à changer complètement le caractère de certaines communes.
Ainsi, non seulement les Flamands des environs d'Ypres et de Courtrai se refusent à perdre le trùt le plus distinctif de leur nationalité, mais encore ils s'inflltrent dans les départements français
de leur frontière sans rien changer à leurs traditions linguistiques et arrivent ainsi à y maintenir, et même à y faire progresser le flamand. Par là s'explique surtout la présence du département du Nord dans la carte corporiflcatrice du pangermanisme dressée par Justus Perthes.
Dans le Limbourg (Campine) nous trouvons 187.340 habitants parlant le flamand contre 168.573 en 1880. L'élément français, lui, n'est plus représenté que par 8.306 personnes au lieu de 10.513. Là encore, tout ce qui est français est de plus en plus proscrit.
Les populations wallonnes du Hainaut et de la province de Liège ont les mômes tendances à rebours. Elles voudraient écraser le faible élément flamand qui les gène. Et de fait, celui-ci, ne trouvant guère qu'antipathie dans ces régions industrielles où on ne le comprend pas, diminue d'année en année.
Dans le Brabant, la population flamande reste stationnaire ou n'augmente que lentement. Elle était de 501.670 en 1880; elle est en 1900 de 524.030. Par contre, la population française passe de 260.589 à 305.150. C'est dans l'arrondissement de Bruxelles que le progrès du français est le plus marqué, alors que le flamand y reste stationnaire. Le nombre des bilingues a surtout augmenté, c'est-à-dire qu'il y a beaucoup plus de Flamands qui apprennent le français sans délaisser leur idiome local. Bruxelles se fait gloire d'être un petit Paris : malgré les tendances flamingantistes des gouvernements, elle entend garder son caractère de ville française et c'est pour elle une sorte de coquetterie à côté d'impérieuses nécessités économiques et sociales. De là le progrès du français. Il y a aujourd'hui, y compris ceux qui parlent une autre ou plusieurs autres langues, les « utraquistes », 462.450 Bruxellois qui parlent le français, c'est-à-dire 770 à 771 p. 1.000 de la population bruxelloise contre 341.354 p. 1.000 en 1890. Mais
faut-il voir dans ce progrès une francisation dans le sens absolu du mot? Nous ne le pensons pas. Les conquêtes du français ne se font pas au détriment du flamand et combien sont nombreux les Brabançons qui, parlant les deux langues, ne pensent qu'en flamand !
Je dois dire ici qu'il existe à Bruxelles un quartier ouvrier, particulièrement misérable, où la population (8 à 10.000 âmes) trouve le moyen de parler une langue qui n'est ni flamande ni wallonne, et qui est les deux à la fois. Ce quartier est désigné sous le nom de Marolles. Le maroUien est une espèce d'argot, très pittoresque, où l'on retrouve des expressions à double origine caractéristique. Le maroUien est ainsi, peut-être, la seule entité commune. La parturition de la Belgique comme nationalité s'est bornée à cet idiome hybride dont la saveur de terroir est encore rehaussée par un accent spécial. Le maroUien résume toute l'œuvre prégnante de l'accouplement linguistique et plusieurs siècles d*histoire commune. Mais, comme si cet accouplement était contre nature, le maroUien n'est considéré par les Bruxellois euxmêmes que comme un vil jargon laissé à la racaille, quelque chose comme le rotwelsch des Allemands et le cant des Anglais.
De^ écrivains qui ont étudié le mouvement des langues en Belgique n'ont vu que la marche progressive du français, en cela d'accord avec les statistiques. Mais ils l'auraient été de même en constatant la marche progressive du flamand. Et ne va-t-on pas troploin quand on prédit, comme l'a fait M. Onésime Reclus, que la marée toujours montante du français, langue mondiale, submergera la partie flamande de la Belgique qui ne parle encore qu'un « dialecte provincial effiloché en patois locaux »? Nous l'avons montré : c'est le contraire qui se produit.
Au lendemain des événements de Barcelone, qui
70 LA BELGIQUE HODSBNE
amenèrent, au mois d'octobre 1909, l'exécution de Ferrer, l'éTéque de Barcelone déclara à un journaliste : « Vous me demandez si la révolutioii n^a été que passagère ou si elle recommencera. Vous pouvez Mre sûr qu'elle recommencera si l'on n'en supprime pas les causes. Le danger réside surtout dans le caractère de notre peuple/ fougueux, ardent, exalté, logique, qui va toujours, sans rien craindre, jusqu'au bout de l'idée qu'il croit bonne. »
Le danger réyoiutionnaire^ à Barcelone, est dana le caractère du peuple. Qu'on modifie le caractère du peuple et voilà : le danger disparaîtra. . Un ancien président du conseil des ministres espagnol, M. Silvela, nous l'avait déjà dit à nous-méme en prenant le pouvoir pour la première fois : « Nous allons commencer par corriger les mœurs. ^ Est-il besoin de dire qu'il ne corrigea rien du tout? M. Onésime Reclus nous apparaît uti illusionniste à la manière de révêque de Barcelone et de M. Silveia quand il suppose qu'un courant irrésistible, une invincible attraction modifieront le caractère flamand. Toute Thistoire de la Belgique proteste contre de telles prévisions. Jamais, depuis les temps reculés des Nerviens et des Mënapiens, jamais la frontière politique ne correspondit à la frontière linguistique. Et jamais pourtant l'unification de la langue ne put se réaliser sur a^cun point du territoire. Ce n'est pas aujourd'hui qu'elle se réalisera, dans une époque où les Flamands, par réaction contre les tentatives de francisation, seront découvert une nationalité en faveur de laquelle ils organisent une sorte de guerre sainte.
Ne tenant pas compte du Brabant, devenu essen-< tiellement bilingue à cause de Bruxelles qui, comme capitale, sert de trait d'union aux deux races, nous avons montré que, dans les Flandres et dans le Limbourg, le français est pourchassé comme une langue pernicieuse. Dans les provinces wallonnes, pour
LA SITUATION BBSPECriVB DBS LANGUES 71
contre-balancer ce mouvement, tout ceqai est flamand est de plus en plus détesté.
Cette tactique réciproque se traduit par une orientation particulariste très accusée. Et c*est précisément ce qu'a compris un chroniqueur belge, M. V. Leto, lorsquUl écrit : « Il semble que l'école primaire ail pour objet de former deux populations ne se comprenant pas. On édifie de plus en plus solidement « une muraille chinoise » entre ces deux Belgiques qui n'en devraient former qu'une seule. »
Les flamingants surtout, dans leur instinct d'affirmer leur existence et de ne devoir rien à personne, en sont arrivés à une sorte d'isolement. Ils ne comprennent plus les Wallons et les Wallons ne les comprennent plus. Dans leur horreur de ce qu'ils appellent le « faux cosmopolitisme », ils combattent systématiquement tout ce qui leur paraît devoir porter atteinte à l'esprit national et uniforme par lequel ils veulent affirmer le génie de leur race. Ils se claquemurent ainsi de leur plein gré.
Cependant, des efforts sont tentés pour combattre un tel particularisme dans ce qu'il a d'excessif. En 1905, lors de l'Exposition universelle de Liège, un congrès pour la défense de la langue française en Belgique fut organisé. De ce <;ongrès niaquit « la Fédération internationale pour l'extension et la culture de la langue française. » Fort étenduCj cette fédération comprend des sociétés et groupements nombreux, et précisément l'une des principales est l'Association flamande pour la vulgarisation de la langue française qui se subdivise elle-même en comités et en sections, suivant l'habitude des fortes organisations belges. Les comités de Gand et d'Anvers sont les plus actifs, ayant à lutter contre l'hostilité des flamingants et l'implantation brutale de la civilisation germanique. A côté des cours gratuits institués pour les hommes, il en a été ouvert pour les femmes. • .
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A la môme pensée défensive, il faut rattacher la création de TEcole française de Bruxelles, qui s'est donné pour mission de faire connaître et aimer toujours plus la France et son esprit, d'unir sur le terrain de rinstructîon et de la science les familles françaises établies en si grand nombre à Bruxelles, de procurer enfin à leurs enfants un enseignement complet de la littérature française et leur permettre d'acquérir sur place les certificats et diplômes exigés en Belgique et en France. Le succès même de toutes ces institutions prouve leur nécessité.
Il y a bien pourtant, nous dira-t-on, une opinion moyenne en Belgique. En effet, M. Edmond Picard et ses disciples du barreau de Bruxelles, s'inspirant des recherches historiques de M, Henri Pirenne, ont essayé de faire de la Belgique une patrie commune qu'ils ont étendue jusqu'en Bourgogne. Une âme belge a. été ainsi fabriquée de toutes pièces, c'est bien le cas de le dire, et un poète montois, Antoine Clesse, a brodé là-dessus des vers charmants :
Flamands, Wallons,
Ne sont que des prénoms,
Belge est notre nom de famille.
. Le puissant Camille Lemonnier, de son verbe viril, Ta superbement proclamé à son tour : a Elle existe, cette àme belge, faite de deux tronçons, jadis coupés ^t depuis réunis, de deux races qui, malgré la dualité des modes d'expression, ont un même battement de cœur, de deux territoires dont l'un, la plaine, est comme une traîne d'or cousue au bas de la robe des monts. »
Remarquez : M. Camille Lemonnier nous montre une Belgique une; mais déjà, de par l'aspect, une Belgique Janus.
On s'explique la pensée conciliatrice du tiers-parti linguistique qui s'est formé. Devant le fait accompli,
— le mariage de raison de deux races de caractère dislinclif, — des penseurs, parmi les plus illustres, ne veulent pas d'un divorce de mœurs, d'aspirations, de langue et de génie. Leur patriotisme intellectuel souffre de cette irritante crise des langues dont le pays pâtit dans toute son organisation et dans toutes ses institutions. La politique, renseignement, Tindustrie, le commerce, la science même sont atteints du mal. Pourquoi ne pas chercher à établir la vie collective dans Tunité organique? Pourquoi les intérêts particuliers de telle ou telle race prévaudraientils contre Tintérêt général du pays qui commande Tunion? Les intellectuels blâment donc les exagérations localistes d'où qu'elles viennent. « Plus de Flamands, plus de Wallons, rien que des Belges! »
L'effort est noble et courageux. A-t-il au moins donné des résultats féconds? Dans le peuple, non. Nous le verrons au cours de cette étude : les opinions moyennes ou mixtes, les opinions de transaction sont celles que les masses suivent le moins. Les idées extrêmes sont les seules qui profondément pénètrent.
On pourrait trouver un petit noyau d'écrivains et d'artistes réellement éelges^ dont la pensée est formée du mélange des deux races et où la lumière latine parvient à se marier à la force germanique. Mais jusqu'ici leur influence a été nulle quant à la direction des esprits vers l'unité rêvée.
Leur faiblesse vient précisément de ce qu'ils ne prennent parti pour aucune langue. Ils veulent l'union dans le dualisme : c'est chose difficile. Pour être d'accord avec eux-mêmes, ils devraient préconiser l'emploi du marollien, langue mixte de la basse classe bruxelloise, comme langue officielle et nationale. Peut-être suffirait-il, pour la relever, de lui créer des règles académiques?
Contre Tunité chimère des « pirennistes », d'autres penseurs luttent avec éloquence aussi et le même
désir d'apaisement et de concorde. Ceux-ci ne voient de solution possible que dans une fédération qui unirait et opposerait à la fois les deux éléments irréductibles de la nationalité belge.
Les Wallons sont nombreux surtout qui, en présence des revendications flamingantes, réclament aujourd'hui Tautonomie administrative de leurs provinces, conscients de l'impossibilité de constituer une Belgique unie avec un gouvernement unique. Un viceprésident du Sénat, M. Emile Dupont, a déjà déclaré à la tribune que le flamingantisme amènerait la Belgique à adopter • cette forme d'organisation politique : « Vous forcerez les Wallons — s'est-il écrié — à demander un jour la séparation administrative ! »
Le régime actuel a procuré aux deux races des satisfactions économiques complètes; mais les fédéralistes ne trouvent pas très glorieux pour un pays de n'être qu'une monarchie industrielle « organisée par des capitalistes qui ont mal lu Saint-Simon », dans un moment où la philosophie sociale envisage la simultanéité du développement moral à côté du développement social comme une nécessité de l'évolution historique. Les peuples ont une personnalité qui exige, pour la libre éclosion de leur génie propre, des institutions et des lois ajustées à leurs besoins et à leur mentalité. Une administration identique peutelle être l'expression commune de régionalités dont l'inconciliable dualisme s'affirme dans la langue et les mœurs ? Ce n'est pas l'avis de certains Wallons qui estiment que les intérêts historiques de leur race sont sacrifiés à des intérêts matériels provisoires, et la même idée d'autonomie, pour plus d'action morale, est exprimée par des Flamands : « Ce fiit une triste erreur, écrit M. LéonVanderkindere, de centraliser la Belgique. »
Cett^ conception de deux administrations autonomes n'est pas nouvelle. Au xiv* siècle, le roi
Jean III, qui vivait dans la dissipation, .s'endetta au point que ses créanciers à l'étranger firent arrêter les marchands brabançons de passage chez eux. Afin de sauvegarder l'honneur du prince et Tinlérôt de leur commerce, les villes consentirent à payer pour lui une somme de 40.000 livres de gros, environ quatre millions de francs. En reconnaissance, Je&n III concéda aux Brabançons deux chartes, Tune flamande, l'autre wallonne. Elles ne diffèrent entre elles sur aucun point important. Elles accordent aux bourgeois flamands et wallons le droit de surveiller l'administration des finances et obligent les percepteurs à rendre publiquement leurs comptes. Mais voici leur intérêt : elles marquent nettement la séparation légale des deux races. Il y avait alors un régionalisme organisé. Puisque la situation est la même aujourd'hui, pourquoi ne pas mettre pareillement en équilibre les deux tronçons de race germanique et gauloise qui ont constitué la Belgique en leur permettant de suivre non plus une action commune, mais une action parallèle?
Il ne faut pas s'illusionner. Il y a là une utopie. Mais il y a une utopie aussi à demander l'union de deux races qui ne parlent pas la même laugue. De sorte que la Belgique est condamnée à vivre, entre deux utopies, sous un régime boiteux, jusqu'à ce que des événements, qu'il ne faut pas souhaiter, viennent le modifier en mieux ou en pire. Ce régime est heureusement rendu très supportable par cette qualité fondamentale des deux races en laquelle on peut voir une affinité secrète : le bon sens, qui est la forme moderne de la sagesse antique. Et, malgré tant de divergences, un type belge se précise si l'on ne tient compte que du même culte die travail professé, en une admirable communion, à la même sainte table de la liberté!
Il n'y a pas d'àme belge ; mais il y a une conscience belge.