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CHAPITRE II

Les œuvres sociales catholiques.

Les catholiques démocrates créent des prêtres sociaux. — Améliorer pour conserver. — La religion ne suffit plus pour tenir les ouvriers et paysans. — La nécessité d'œuvres économiques d'intérêt public et privé. — L'opposition conservatrice. — « Il n'y a pas de question sociale. » — « La pauvreté est un bien. »

— « Réformer, c'est déformer. » — La victoire du daensisme.

— La Belgique enserrée dans un réseau de ligues catholiques. — L'oeuvre des retraites. — Les syndicats chrétiens. — Les ouvriers les dirigent eux-mêmes. — Une fonction spéciale : le secrétaire d'œuvres. — La rencontre des syndicats socialistes et chrétiens dans le nouveau bassin houiller de la Gampine. — Une bataille décisive.

L'effort de l'école de Liège ne fut pas perdu. A l'imitation de Saint-Simon, leur prophète, Enfantin, Bazard et Rodrigues réclamaient l'institution de prêtres sociaux, prêtres de la science et prêtres de l'industrie. On peut dire que ces prêtres existent aujourd'hui en Belgique. Le néo-catholicisme les a créés. Ils s'appliquent à incarner la substance de la religion dans une forme nouvelle, appropriée à la conception moderne des sociétés. Ils considèrent que le rôle de l'Eglise moderne a changé, parce que les régimes politiques et l'état des esprits sont eux-mêmes tout autres. Ils admettent la fm des religions historiques, tout en gardant la conviction que la religion ellemême, qui est la manifestation de l'Esprit éternel dans l'humanité, est indestructible. Ils veulent être de leur temps, vivre et faire vivre la religion avec les

Yivants, et leur objectif se résume en trois mots : améliorer pour conserver.

« Ceux qui vivent en contact constant avec nos ouvriers et nos agriculteurs, est-il dit dans un rapport au congrès de Malines, sont unanimes à proclamer que nous ne nous les attacherons par les liens d'une affection sincère et d'une confiance absolue qu'au moyen d'œuvres économiques solides et indépendantes. S'imagine-t-on, par exemple, que c'est par des discours et des pamphlets électoraux qu'on brisera l'influence si profonde des coopératives socialistes? Croit-on que la masse des ouvriers viendra à nos syndicats chrétiens, si tant de catholiques influents ont l'air de les tolérer comme un mal nécessaire au lieu d*y voir simplement l'exercice d'un droit imprescriptible ? * »

Les auteurs de ce document ont tout l'air de confesser que la religion ne suffit plus pour maintenir les ouvriers et même les paysans dans le parti catholique et que des « œuvres économiques solides » peuvent seules contre-balancer l'influence des œuvres et des idées socialistes.

Cependant, l'absolutisme des conservateurs traditionalistes s'effraie de plus en plus de ces tendances modernistes que le Motu proprio de Pie X n'a nullement enrayées, au moins en Belgique. Au point de vue théologique, ils trouvent qu'elles sont trop humaines, trop peu fondées sur la vérité et la charité évangéliques ; que le trop grand souci de l'amélioration des choses terrestres dispose à oublier les choses éternelles, et qu'enfin, dans l'application du christianisme social, l'adjectif dévore le substantif. Au point de vue politique, ils jugent que les démocrates-chrétiens, en faisant trop d'avances à la révolution, conspirent avec l'esprit révolutionnaire ; que

1. Rapport sur le mouvement syndical chrétien belge en 1909, par le R. P. Rutten et M. J. Arendt.

la propagande en faveur des réformes ouvrières ne peut qu'allumer des convoitises malsaines, exciter des passions et aggraver le mal, et qu'enfin on fait trop de place à la question sociale.

Lorsque, en 1878, le docteur Vleminckx, député de Bruxelles, proposa de réglementer le travail des enfants dans les mines, en Tinterdisant aux enfants âgés de moins de quinze ans, M. Woeste, le chef des catholiques, afârma, d'accord sur ce point avec M. Frère-Orban, qu'il n'y avait pas de question sociale.

Pour M. Woeste et son école, la pauvreté est indispensable à la vie sociale comme la richesse. L'homme riche et généreux, l'homme pauvre et laborieux sont comme les deux bras de la société. L'amputer de l'un ou de l'autre, c'est la blesser à mort dans son activité. Sans richesse, où trouver Tessor et le maintien de tant d'œuvres humanitaires, créées pour soulager l'indigence et la souffrance humaines? Sans richesse, enfin, comment entretenir en ce monde la douce et belle vertu de charité, la plus humaine des vertus, celle qui, plus que les autres, unit les hommes entre eux? La pauvreté est donc un bien pour la société, et s'il y a un manque d'équilibre, chez le riche et chez le pauvre, entre le devoir et le droit, c'est une erreur de s'imaginer que la solution du problème peut s'édicter par des lois : elle est seulement dans les consciences ^ Les réformes sociales sont des instruments de ruine pour les idées catholiques. Réformer c'est déformer.

La vieille aristocratie flamande, qui a conservé des habitudes quasi-féodales de domination, et qui exerce

1. Cette défense de la [pauvreté rappelle un peu i^les prédications des moines du xiv« siècle ; mais quand le concile de 1332 proclamait que l'idéal de la vie chrétienne est la pauvreté, il faisait logiquement condamner toutes les formes de la propriété, individuelle ou collective, et, de façon générale, tous les progrès matériels.

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encore sur ses fermiers et métayers un autoritarisme de petits seigneurs, appuie fortement ce mouvement de réaction. Mais toute résistance est vaine. Chrétienne ou non, la démocratie est en marche. Elle monte à l'assaut et s'empare de tous les progrès. Elle est faite même de tous ces progrès puisqu'elle incarne les besoins nouveaux sans lesquels le monde n'avancerait pas.

La doctrine de M. Woeste est toute dans ces mots : Il faut être catholique « avant tout ». Mais les ouvriers catholiques estiment qu'ils ne sacrifieront nullement l'intérêt de la cause catholique en demandant une meilleure compréhension de la loi sainte du travail et ils disent : « Dès qu'on nous démontrerait qu'une de nos revendications est contraire à la doctrine catholique, nous serions prêts à l'abandonner. » On n'a pu encore leur démontrer cet antagonisme, et les esprits simplistes se font de plus en plu$ rares qui voient dans les pratiques d'une même foi un motif suffisant d'action politique combinée et demandent à l'Eglise la clef de toutes les difficultés inhérentes à la direction de l'Etat.

Le daensisme a donc survécu à l'abbé Daens, mais il s'est assagi, — les socialistes disent « domestiqué ». Il a pris surtout — et c'est ici que se retrouve l'esprit belge — une forme pratique par les ligues, les associations, les syndicats d'intérêt public ou d'agrément. De nombreuses sociétés de bienfaisance ou de piété n'eurent qu'à déployer ou multiplier leurs rameaux pour se transformer en œuvres sociales. On vit peu à peu le clergé sortir de sa tour d'ivoire et diriger les nouveaux groupements, toujours prêt, du moins, à encourager les initiatives qui, de toutes parts, surgissaient, et à s'occuper du peuple avec le peuple. Les éléments ne manquèrent pas. Ils s'étendirent à l'infini et l'esprit sociétariste du pays belge fit ici merveille. Quand on lit les comptes rendus des

congrès catholiques, on a Timpression d'un réseau dont les mailles enveloppent toute la Belgique, se resserrant de plus en plus par un travail tenace et persistant. L'enfance par les écoles, la jeunesse par les ateliers et les patronages, Tâge mûr par les mutualités et les caisses de crédit, toutes les carrières, toutes les professions, tous les âges sont englobés dans cette merveilleuse organisation. Et elle se ramir fie en brindilles infimes. Il n'est pas de hameau, pas de village qui n'ait ses œuvres et ses ligues. Des congrès se tiennent tous les ans au chef-lieu de canton : on y rend compte des progrès accomplis et Ton émet des vœux soit d'amélioration, soit de fondations nouvelles. Ainsi le catholicisme belge donne l'impression d'une vaste fourmilière, toujours animée d'une vie intense et productive, tout au contraire du catholicisme français qui fait plutôt l'effet d'un corps imposant et superbe refroidi dans l'immobilité de la mort.

Voici, par exemple, Soignies, une petite ville wallonne d'environ 9.000 habitants. Savez-vous combien d'associations catholiques on y compte? Quinze. Il y a :

1° Un Cercle Léon XIII auquel se sont annexées une Bourse du travail et une Société d'anciens militaires.

20 Un Syndicat de consommateurs.

3° Une Jeune Garde Catholique, créée surtout en vue des élections.

4° Une Mutuelle Saint- Vincent.

5° Une école de couture et une école ménagère du dimanche pour les jeunes filles.

6° Une Mutuelle de retraites.

7« Une école et une association d'anciens élèves des frères.

80 Une œuvre de patronage!

90 Une association d'étudiants en vacances.

40* Des écoles de sœurs.

110 Un syndicat de la petite bourgeoisie.

12° Une œuvre de colportage des bons journaux. 130 Un syndicat agricole qui fait des achats en commun. 140 Une société de Saint-Vincent de Paul.

150 Une société des Dames de la Miséricorde.

Par cette organisation dans une seule petite ville, on peut avoir une idée du nombre et de la puissance des ramifications catholiques dans tout le pays.

J'insiste sur le côté utilitaire de la plupart de ces sodalités catholiques. Dans les campagnes, un grand nombre de mutualités agricoles ont été créées sous la présidence des curés ou des vicaires. Chacune d'elles est divisée en plusieurs sections concernant : le bétail, la volaille, le lait, les diverses cultures, Tassurance contre l'incendie, le herd-book, etc.

Les caisses agricoles Raiffeisein, dont nous avons paflé, sont essentiellement catholiques. « Ne peuvent faire partie de Tassociation que les personnes qui reconnaissent la religion, la famille et la propriété comme bases de la société et y conforment leur conduite. » L'argent ne manque pas. On en trouve toujours. La caisse centrale des Raiffeisein fait plus de 20 millions d'affaires par an avec un fonds de roulement qui n'excède pas 200.000 francs, et sans avoir plus de 50.000 francs de frais.

Il semble qu'une œuvre de stimulation mutuelle ait été créée parmi tant d'autres œuvres. On sent la nécessité de l'action. « La science des expédients, a dit le duc d'Ursel, est épuisée. » A la porte des églises, le dimanche, des jeunes gens vont quêter pour l'œuvre du denier scolaire. Dans les périodes électorales, les jeunes gardes catholiques s'emploient à la propagande et organisent des tournées à domicile. Les œuvres ouvrières ont des « troncs d'infortune », destinés à venir en aide aux sociétaires malheureux. Les secours sont tenus secrets.

A toutes ces œuvres «temporelles », comme on dirait en langage pieux, il en est d'autres qui appartienent au domaine spirituel ou concilient les deux pensées poursuivies : telle l'Œuvre des retraites fermées pour hommes.

Il est, dans les écrits de Veuillot, une page tou-

chante. Songeant à son père, le pauvre tonnelier, qui était resté toute sa vie courbé sur sa besogne journalière et machinale, dans le souci constant d'assurer à sa nichée le pain quotidien, Técrivain catholique s'attendrit et regrette qu'aucun rayon d'idéal ne soit venu illuminer cette existence obscure. Les retraites fermées auraient fait le bonheur de Veuillot. Elles ont pour objet de retremper les âmes des retraitants, fatiguées, alourdies par les difficultés de la vie matérielle. « Prenons ces hommes quelques jours dans la paix d'un séjour fermé et riant, loin des préoccupations matérielles et faisons-leur entendre la parole de Dieu. » Ainsi s'exprime un des rapporteurs de l'œuvre. Les retraites durent d'habitude trois jours, du samedi du mardi soir. A la campagne, on choisit l'hiver pour les organiser, les cultivateurs ayant plus de loisirs dans cette saison. Dans le pays de Liège, elles ont lieu au carnaval et à la kermesse, les usines chômant à ces époques. Elles réunissent des patrons, des contremaîtres et des ouvriers.

Pour le Flamand surtout, qui passe facilement de l'épaisse matérialité au mysticisme le plus exalté, ces retraites sont précieuses en ce qu'elles donnent à ses rêveries, vagues et passionnées, une forme concrète et une issue.

Certes, ceux qui ont passé trois jours dans ce calme profond, interrompu seulement par le prédicateur qui les entretient des dogmes de la religion, doivent en sortir avec une foi singulièrement avivée et un ardent désir d'apostolat.

Mais ces réunions, toutes spirituelles qu'elles soient, ont aussi un résultat social et politique. Politique, parce que les électeurs qui s'y trouvent rassemblés apprennent forcément à se compter, à se connaître, à se tenir les coudes. Social, parce que les sermons, traitant d'amélioration morale et d'espérance au delà du tombeau, préparent en même temps Torganisalion

défensive. Cest ce qui ressort du bref accordé par Pie X à l'œuvre des retraites ; « Rappeler aux hommes les vérités éternelles, leur persuader qu'ils sont nés pour des biens plus sublimes et plus magnifiques que les bonheurs fragiles de ce monde, c'est les affermir dans la vraie conscience du devoir, c'est empêcher surtout que les déshérités ne se laissent prendre aux rêveries socialistes, qui limitent aux horizons de la vie présente la félicité humaine. »

Cependant, toutes ces œuvres chrétiennes n'embrassaient encore que des institutions de bienfaisance ou de solidarité, des associations de propagande politique ou confessionnelle. Un dominicain, le P. Rutten, frappé de voir des ouvriers catholiques affiliés à des syndicats socialistes et comprenant la faute commise par le clergé d'avoir laissé aux socialistes seuls le soin de défendre les intérêts ouvriers, compléta l'organisation catholique en créant des syndicats chrétiens.

L'initiative du P. Rutten fut couronnée d'un prompt succès. Voici le tableau des résultats obtenus pendant les quatre premières années :

1904 10.000 syndiqués

Aujourd'hui, le nombre des affiliés dépasse 40.000, groupés en 485 syndicats, et les dirigeants des syndicats socialistes, qui n'englobent guère que 80.000 ouvriers sur 800.000 syndicables en Belgique, conviennent que l'effectif catholique « n'est pas une quantité négligeable ».

La grande habileté du P. Rutten a été de respecter / l'indépendance de l'ouvrier en ne cherchant pas trop à « l'encléricaliser ». Reprenant et paraphrasant le mot de Karl Marx, lorsqu'il a dit que l'émancipation des travailleurs doit être faite par les travailleurs eux-

mêmes : « Il importe avant tout, proclame-t-il, de former des ouvriers capables de diriger un syndicat. Il ne faut pas que Ton puisse dire que les curés et les patrons y sont les maîtres. Il faut laisser la direction aux ouvriers. C'est le seul moyen d'atteindre les masses. Notre rôle doit se borner à donner des conseils. »

La tactique a pleinement réussi : les ouvriers catholiques sont d^autant plus zélés qu^une plus grande initiative leur est laissée.

Si, en France, les œuvres catholiques n'ont pas donné tout ce qu'on en espérait, c'est précisément parce qu'elles portent une étiquette confessionnelle, bien que, dans la pensée de leurs fondateurs, elles soient le plus souvent des œuvres de dévouement pur. Le peuple se détourne avec méfiance d'institutions qui ne lui paraissent pas faire le bien pour le bien. On appréhende un empiétement sur le domaine de César, du pouvoir civil, de l'Etat. On voit trop poindre l'action politique. On redoute une pression sur les consciences. On prête au clergé l'arrièrepensée d'amener, coûte que coûte, par tous les moyens, les contemporains indifférents ou impies aux idées religieuses, aux pratiques cultuelles. Le mot de catholique n'est pas une recommandation de désintéressement. Au contraire.

En Belgique, Tœuvre sociale et charitable, ouverte à tous, n'inspire pas de telles suspicions, et sur le syndicat chrétien le clergé ne paraît vouloir exercer qu'un ascendant moral, d'ordre tout spirituel.

Vis-à-vis des organisations socialistes et aussi puissamment groupées se sont ainsi dressées les organisations catholiques, encadrées de leur clergé, — sans pression apparente de celui-ci. — comme un régiment l'est de ses officiers.

De part et d'autre, on use des mêmes moyens, on va jusqu'à employer les mêmes vocables ou à peu près. Les catholiques ont leurs « Bourses du travail».

comme ils ont leurs <( syndicats ». Leurs « Maisons du peuple » s*appellent « Maisons des ouvriers ». Précédés par les socialistes dans ce groupement des forces ouvrières, ils n'ont pu que les imiter. « Les socialistes, a confessé M. Woeste, ont obligé les catholiques à les suivre. Sans la propagande du parti ouvrier, le syndicalisme chrétien ne serait pas né. »

Gomme les confédérations et les syndicats socialistes, les œuvres syndicales catholiques rétribuent les membres actifs et permanents du comité ou bureau, ils les rétribuent même largement. Ils n'acceptent pas les dévouements purement gratuits. Plusieurs raisons dictent cette conduite. Outre Tidée de justice que toute peine mérite salaire, il y a encore la pensée, extrêmement exacte et pratique, que, pour bien faire une chose, il faut s'y donner entièrement et, par conséquent, ne pas être distrait par des soucis et des soins étrangers. L'indépendance du secrétaire d'œuvre est ainsi assurée: elle lui permet de vivre sur le même pied que les hommes les plus marquants du pays, qu'il est appelé à côtoyer. « C'est une erreur, a pu dire le directeur du Secrétariat général des œuvres sociales belges, de croire que les œuvres doivent être confiées à des amateurs. Non, là, comme ailleurs, il faut des professionnels ». Il est évident que le pauvre diable qui a besoin de gagner sa vie, le riche qu'absorbent les plaisirs ou les devoirs mondains, ne pourraient s'y consacrer entièrement.

Quant à la préoccupation de payer largement^ elle répond à l'idée toute anglaise de la dignité extérieure, et à la vanité, très belge, de paraître riche. Il est certain qu'un homme, en habits râpés, sera toujours moins considéré dans l'un ou l'autre pays, quelles que soient son abnégation et sa valeur morale. L'Anglais trouvera que ce n'est pas un gentleman, le Belge se dira tout bonnement que c'est un pauvre, et la pauvreté en Belgique est une tare plus humiliante

qu'ailleurs. Il importe donc, pour attirer Testime et la confiance des populations, que les représentants d'une œuvre sociale soient, non seulement aisés, mais cossus.

C'est dans les provinces flamandes surtout que les syndicats chrétiens ont trouvé des adhérents. Dans le pays de Liège et dans le Borinage, centres industriels, leur action a été nulle. Là, le socialisme règne en maître et les ouvriers y sont de telle sorte embrigadés que tous les efforts des catholiques ont été stériles* La lutte paraît de ce côté abandonnée. Mais, si les socialistes ont les villes <( noires » des mines et des hauts fourneaux, les catholiques ont pour champ d'action toute l'immense région agricole et maritime.

Il est intéressant de le constater : l'industrie appartient au socialisme, l'agriculture et la pèche au catholicisme. Là, où la classe ouvrière s'agglomère en masse compacte, elle reste hostile ou indifférente à l'influence chrétienne.

C'est dans la Gampine que se livrera la bataille décisive. Nous avons dit quelle révolution profonde est en train de se produire : tout un peuple démineurs ne tardera pas à se ruer sur cette contrée sauvage, où l'on ne peut faire cent pas sans trouver, dans de petites niches fixées sur un pieu, presque au ras du sol, ou accrochées aux arbres, des Vierges toutes menues, vêtues comme des poupées, dans un encadrement naïf de fleurs desséchées.

Les socialistes comptent sur l'élément étranger, imbu de leurs doctrines, pour faire la conquête des indigènes campinois. Les démocrates chrétiens sont persuadés, au contraire, que tout l'effort des libres penseurs viendra se briser contre le socialisme catholique déjà puissamment organisé dans la contrée. Quel parti l'emportera sur l'autre? L'avenir nous l'apprendra. Quoi qu'il advienne, le choc de ces deux forces nous promet une lutte émouvante dans son ardeur apostolique.

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