Y A-T-IL UNE AME BELGE
contacts permanents^, une distinction s'établit, très nette. Des deur côtés, il y a un perpétuel souci d'éviter les rapprochements. Voici un bal populaire. Le passant étranger jettera un coup d'œil sur les couples enlacés et dira : « La jeunesse belge s'a-r muse! » Eh bien, entrez dans ce bal et observez. Vous comprendrez vite, en écoutant les conversa-» tions, que Flamands et Wallons font bande à part* Aussi les mariages sont-ils rares entre eux. Prenez une cuisinière à Bruxelles, — c'est dans ces obser-< rations exogènes qu'apparaissent les traits caractéristiques d'une population, — elle aura vite fait de découvrir dans le quartier des fournisseurs de sa province, et votre épicier, voire boucher, votre verdu^ rièiv (marchande de légumes) seront Flamands si c'est une Flamande qui tous sert. Si c'est une Liégeoise ou une Carolorégtenne, vos fournisseurs seront Wallons.
Il n'y a pas, en Belgique, de Leitha pour séparer lesdeux races; mais, sur la carie, on pourrait, de Lille à Maastricht, tracer une ligne de division avec uue absolue sûreté. Dans les villes limitrophes comme Renaix, la partie flamande et la partie wallonne for* ment deux clans distincts. D'un côté de certaines rues, on parle fiamand ; on parle v^allon de l autre. Et cela depuis des temps immémoriaux, sans qu'on ait jamais constaté l'empiétement d'une race ou d'une langue sur Tautre. Les villages wallons, autour de Renaix, s'appellent Russignies, Arnougies, Ëscanafflés; les villages flamands, Maerke, Kerckem.
Près de Tongres, à Hutten ou Russon — Rutten en flamand, Russon en. wallon — nous avons rencontré comme à Renaix une population mixte ; mais sur un espace si restreint qu'on peut s'étonner plus qu'ailleurs de ne trouver aucune trace de coalescence. Les deux idiomes conservent immuablement leur conquête territoriale, et à la division linguistique s'ajoute l'hétérogénéité des mœurs.
Mais il suffit de quelques promenades aux environs de Bruxelles pour se rendre compte des dissemblances : à la Hulpe, Waterloo, Genval, vous êtes chez des Wallons, à Hoeylaert, Overysche, Groenendael, le type flamand s'accuse de façon très marquée.
Au cours d'un congrès socialiste, en 1909, cette déclaration caractéristique a été faite par l'un des chefs du parti : << Les ouvriers flamands n'ont pas la même mentalité que les ouvriers virallons. Il importe donc qu'il y ait deux comités connaissant les mentalités respectives des Flamands et des Wallons. » Les partis politiques ont compris que leur propagande ne saurait être uniforme du moment qu'il n'y a pas unité de race.
A la puissante université catholique de Louvain, les étudiants flamands et wallons ne fraient pas ensemble. Ils sont groupés en deux camps ouvertement hostiles. Les étudiants flamands sont lés plus exaltés. Pour se distinguer des Wallons, ils portent une espèce de casquette à soufflet. Jusqu'en 1909, Flamands et Wallons avaient leurs Fédérations respectives. Le conseil rectoral dut prononcer leur dissolution à la suite d'incidents graves. Mais cette mesure n'a nullement mis fin à une animosité qui ne fait que s'accroître et se traduit par d'incessantes manifestations et de terribles pugilats.
Dans toutes les villes, les faits divers des journaux abondent en rixes entre Flamands et Wallons. Elles se produisent généralement dans les estaminets. On a bu. On discute. Très lourdement. Viennent les paroles méprisantes, les injures, les coups. Suivant qu'ils sont Wallons ou Flamands, les assistants prennent fait et cause pour leurs « frères ». Une dispute isolée devient ainsi parfois le signal d'une mélée^.
1. Au moment où nous écrivons ces lignes, le hasard place sous nos yeux un journal de Liège. A la rubrique des tribunaux nous lisons : « On dansait ferme à la salle Bellefroid, à Herstal.