‹ La Belgique moderne: une terre déxpériencesChapitre 4 sur 61 · I A-T-IL UNB AME BELGE · texte numérisé non relu

I A-T-IL UNB AME BELGE

Il y a, entre les deux souches, des aspirations inconciliables, des oppositions absolument ennemies. Elles se traduisent par des actes d'hostilité déplorables. D'autres sont moins brutaux, mais aussi significatifs. Dans un cortège organisé à Anvers au mois d'août 1909, pour fêter l'anniversaire de la bataille des Éperons d'or, les Flamands promenèrent une grande pancarte avec cette inscription en grosses lettres : Tout ce qui est Wallon est faux^.

L'animosité des Flamands pour les Wallons devient ainsi agressive. Elle a fait surgir à Anvers, à Gand, à Bruges, dans toutes les Flandres, un mouvement dit « flamingant » qui veut « affirmer la force de la race flamande, unir en une même foi et en un même amour tout ceux qui parlent la langue flamande,

Vers onze heures, quatre hommes entrèrent paisiblement dans la salle. Leur arrivée fut saluée par les cris « Vol' chaF les Flaminds ! » Aussitôt ils furent entourés : une ci rouflade » se produisit, et, en moins de temps qu'il n*en faut pour le dire, nos quatre flamands étaient expulsés. La scène ne paraissait avoir revêtu aucun caractère de gravité. Cependant, après avoir franchi une vingtaine de mètres, un briquetier, le nommé Ofifetein, s'affaissa sur la voie publique, perdant en abondance du sang par une blessure à la tête et par une autre au côté gauche. Des passants le relevèrent et le transportèrent dans un cabaret voisin, où il ne tarda pas à rendre le dernier soupir. »

Voici un journal de Bruxelles : a L'impasse de la Sirène, à Bruxelles, est occupée par des ménages wallons et flamands. Souvent des discussions surviennent, mais la police y met fin généralementx avant qu'on en soit venu aux coups. Dimanche soir, un ouvrier tailleur wallon se prit de querelle avec un ouvrier imprimeur flamand. Un corps à corps s'en suivit bientôt ; les couteaux furent tirés. Le Flamand plongea son arme dans répaule de son antagoniste, qui perdit du sang en abondance. Des voisins séparèrent les batailleurs et la police fut requise. Le blessé fut transporté à l'hôpital Saint-Pierre. »

1. c Wat walsch is, valsch-is » : mot de passe qui servit dans la célèbre tuerie connue dans l'histoire sous le nom de « Matines brugeoises » ; les Français compagnons de Jacques de Chàtillon, envoyé de Philippe le Bel, qui se trouvaient à Bruges, y furent impitoyablement massacrés.

travailler au rolèvement du peuple flamand 'par une vie propre^ flamande dans toutes ses manifestations »> .

Eiectrisés par cette idée, les flamingants ont créé un parti puissant et organisé une agitation qui a avivé la querelle des raees. Les flamingants apportent dans cette lutte une ténacité remarquable. Une foi ardente les soulève : « Flandre d'abord » l tel est lé cri de ralliement.

« Le Belge, c''est le Flamand, a écrit un professeur de r Université de Louvain. Le Flamand doit coloniser la Wallonie. » Et voici qu'à leur tour^ — un excès engendre toujours un autre excès, — des Wallons se lèvent pour combattre les revendications flamandes. Un mouvement « wallingant » se dessine.

Tout le conflit réside dans la langue. Il y a quelques années encore, le français était considéré, en Belgique, comme une langue nationale. Le fanatisme flamingant tend, de plus en plus, à le faire placer au rang des autres langues étrangères.

Le dualisme remonte au temps de la conquête romaine. Les Belges qui habitaient au sud de la voie Agrippa, ayant alors avec les Romains des rapports intimes et fréquents, ne tardèrent pas à adopter en partie la manière de vivre des vainqueurs et à parler la langue latine, non sans y mêler de nombreuses locutions germaniques ou celliques. Sous Tinfluence de ce mélange, le latin s'altéra peu à peu et donna naissance au wallon.

Les Belges du nord étaient plus isolés. Préservés des invasions par la rudesse d'un climat dont la rigueur s'adoucira par la suite, quand les moines auront accompli leur œuvre de défrichement, ils vivaient fiers et farouches dans leurs marais, pleins de mépris pour les populations asservies d'au delà la « Forêt charbonnière ». Cette forêt fut pour les Ménapiens comme un immense retranchement derrière lequel ils défiaient les armées les plus braves et

Page 1