Y A-T-IL UNE AHE BELGE
les plus nombreuses. £t, lorsque, petit à petit, la «ivilisatian occidentale parvint enfin à s'infiltrer, il était trop tard pour qu'une unification de langue et de caractère pût s'accomplir entre les habitants de chaque côté de la forêt. Les Belges do nord récurent ainsi en dehors de l'action romaine, comme dans une île peu abordable et peu hospitalière.
Après la victoire du christianisme, pourtant, il y eut une détente. Les Pays-Bas furent à la fois divisés et groupés en quatre diocèses : Utrecht, Cambrai^ Tournai, Liège, et, dans cette division ecclésiastique, il ne fut tenu compte ni de la langue ni de la race. A aucune époque de l'histoire de la Belgique, d'ailleurs, la frontière linguistique ne fut la frontière politique. Flamands et Wallons ayant ainsi les mêmes centres religieux, tes antipathies suscitées par les différences linguistiques ou ethniques s'affaiblirent, et, placés entre la civilisation romaine et la civilisation germanique, les Pays-Bas affirmèrent, dès ce moment, leur volonté d'une existence politique nationale commune. Mais l'agrégation racique ne se fit pas. Elle ne s'est jamais faite. Les siècles ont passé et nous voyons éclater encore les mêmes luttes qui, dans la période féodo-communale, divisèrent si profondément les Austrasiens et les Neustriens.
Les Austrasiens reprochaient aux Neustrieus, parmi lesquels se trouvaient de nombreux gallo-romains, de s'efféminer au contact de la civilisation romaine. Les Neustriens, de leur côté, faisaient un grief aux Austrasiens, chez qui l'élément bsLrbare dominait, de leur fidélité à des coutumes et à des mœurs qu'ils jugeaient grossières. Aujourd'hui, les Flamands reprochent de même aux Wallons leur latinisme puéril, et les traitent avec mépris de « fransquillons »• Les Wallons, eux. reprochent aux Flamands leur brutalité toute germanique et les appellent « tiestus Flamens (têtus Flamands), Flaminds d^potince (Flamands de
potence) ». Ils vont jusqu'à s -écrier : Flaminds, Fiamindsj c'est d'vin vos songue que nos lavrians nos mains K Le mot de Flamind a pris en Wallonie, un caractère injurieux.
Quand on cherche des Belges, en Belgique, on^ trouve ainsi, avant tout, des Wallons et des Flamands*
Dans son Histoire de la constitution de la nationalité belge^ M. Henri Pirenne a inventé « Tàme belge ». Il ne remonte pas plus haut que le traité de Verdun qui régla le partage de Tempire de Charlemagne. Encore, ne trouve-t-il jusque-là ni unité de race, ni unité de langue, ni unité géographique. Il situe donc la date de l'origine de la Belgique à l'époque où trois maisons étrangères se partagèrent le pouvoir dans les Pays-Bas. Deux sont allemandes : celle de Luxembourg et celle de Bavière; la troisième, celle de Bourgogne, d'origine française. La maison de Luxembourg disparaît bientôt sous les efforts combinés de ses rivales, et, plus tard, la maison de Bourgogne l'emporte. Avec celle-ci apparaît, au XV® siècle, «un Etat nouveau dont la Belgique et la Hollande sont les héritières légitimes, Etat nouveau, sorti de la nébuleuse pour devenir la Belgique actuelle». C'est donc à la maison de Bourgogne que la Belgique devrait d'être devenue un État proprement dit. « Au surplus, ajoute M. Pirenne, c'est une erreur complète de parler à propos de notre pays de domination espagnole. Il n'y a pas eu de domination espagnole pas plus qu'il n'y a eu de domination autrichienne. Depuis le xv® siècle jusqu'à nos jours, nous avons formé un État sur lequel régnèrent accidentellement des princes espagnols ou autrichiens. Le pays, certes, passa alors et à plusieurs reprises, par des épreuves cruelles, mais son caractère propre
1 . « Flamands, flamands, c'est dans votre sangque nous laverons nos mains. » (La Revue française de Wallonie.)