‹ La Belgique moderne: une terre déxpériencesChapitre 49 sur 61 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

La Production humaine.

La Belgique est le pays le plus peuplé de la terre. — La production humaine se ralentit. — La campagne pour la procréation consciente. — Les syndicats exposent aux ouvriers qu'il y a trop de monde sur le marché du travail. — La suppression de la concurrence par la suppression des individus. — Une politique d'infanticide. — La désertion des cany)agnes. — Le machinisme « destructeur de bras ». — Les abonnements ouvriers sur les chemins de fer. — La résistance de la Campine contre l'attirance des villes. — La faim chasse les paysans. — L'exode des Flamands en Wallonie et en France.

— Où la terre est morcelée, le salaire est supérieur. — L'industrialisation des domaines agricoles. — Le retour à la terre.

— Il sera déterminé par l'intérêt vital.

La Belgique comptait 3.785.000 habitants en i830. Elle en compte aujourd'hui 7.317.561. Au moment de la constitution du royaume, la population par kilomètre carré était de 128 habitants : elle est maintenant de 248^. Encore un peu et le nombre aura doublé. En ces dix dernières années, la progression a été surtout remarquable : il y a eu un gain de 625.000 habitants.

C'est dans la diminution de la mortalité moins encore que dans Taccroissement des naissances qu'il faut chercher la cause principale de ce progrès rapide.

1. La proportion est do 120 habitants par kilomètre carré dans le Royaume-Uni, de 110 en Italie, de 105 en Allemagne, de 72 en France. Ainsi toutes proportions gardées, la Belgique, trois fois plus peuplée que la France, est le pays le plus peuplé du monde.

Le chiffre des naissances était, en 1830, de 32,30 par 1.000 habitants; il était encore de 32,49 en 1875 ; il est tombé depuis à 25.30.

11 y a depuis 1875 une courbe descendante ininterrompue. Le chiffre des décès a suivi la même pente. Il a été ramené de 25,37 en 1830 et de 22,67 en 1875 à 15,76 en 1908.

L'augmentation de la population a une autre cause : Texcédent continu des immigrations sur les émigrations depuis 1867. En ces dernières années, il y a eu en moyenne par an un excédent de 12.000 immigrants sur le nombre des émigrants. Alors que 22.000 Belges s'expatrient, 35.000 étrangers viennent s'installer en Balgique.

Mais quand on suit dans ses fluctuations le mouvement de la population en Belgique, ce qui frappe surtout, c'est rabaissement du chiffre de la natalité. La production humaine se ralentit de plus en plus. L'excédent des naissances sur les décès est encore important. Il a été de 40 p. 100 environ en ces cinquante dernières années, et il a dépassé 60 p. 100 en cette période décennale ; mais cette augmentation ne correspond plus à celle de la population.

Le taux de reproduction faiblit absolument comme faiblit le taux de capitalisation de l'argent. Il y a cinquante ans, 100 habitants donnaient en moyenne plus de 3 nouveaux habitants à la Belgique : ils n'en donnent plus que 2 1/2. Gomme en France, comme en Angleterre, comme en Allemagne même, il y a une tendance de plus en plus marquée à limiter sinon à éviter complètement la fécondité du mariage. La période de multiplication active est passée. La mort recule, la vie moyenne s'allonge — on a gagné six années en moins d'un demi-siècle — ; mais le conseil biblique est moins écouté qu'autrefois et ces deux phénomènes concomitants sont en train de produire une révolution démographique.

D'abord localisée parmi les classes riches, Tidée de limitation a gagné les classes moyennes^ puis les classes ouvrières. C'est le socialisme surtout qui Ta propagée, et il y a là Tune des manifestations les plus profondes de son influence dans les milieux populaires.

J'avoue avoir été fort troublé — à cause de ses conséquences futures — par l'activité de la propagande faite dans les syndicats contre « la procréation inconsidérée ». On persuade aux ouvriers que mettre au monde des êtres dès leur berceau condamnés à souffrir est un acte odieux, d'un caractère criminel. On leur dit que la misère est un mal social dont la fécondité humaine est la cause essentielle; que les guerres, les famines, les révolutions, la prostitution et toutes les calamités sociales ne sont que des drames du surpeuplement ; qu'en faisant des enfants on fait « de la chair à machines et de la chair à canons » et qu'on perpétue la race des esclaves. On leur enseigne que l'accroissement de la prospérité et l'élévation du bien-être sont accompagnés d'une restriction procréatrice; que ceux qui réclament de grandes familles sont ceux qui ont besoin d'avoir de la main-d'œuvre à bon marché ; que les vivants nuisent aux vivants et qu'il y a trop de bouches inutiles comme dans les villes en état de siège. On leur expose que l'idéal d'un peuple civilisé ne doit pas être dans une natalité excessive, parce qu'un jour viendrait où il faudrait rétablir l'équilibre par des procédés qui rappelleraient ceux qu'on emploie dans les tirés de lapins.

« Réfléchissez, dit-on encore aux ouvriers, avant de condamner des êtres à la vie, quand la vie est une condamnation aux travaux forcés. Les riches sont moins prolifères que vous et leurs enfants ne sont plus beaux que parce qu'ils sont plus rares. Si vous voulez de bons salaires et un emploi constant, restez en petit nombre. Le seul moyen d'avoir votre part de

la richesse nationale est de rendre votre travail précieux. Il y a trop de monde sur le marché du travail ».

Voilà les discours — nous pourrions dire les sermons — que nous avons entendus en Belgique dans les milieux ouvriers. L'idée néo-malthusianiste propagée est celle de Tégalité des chances de vie et du devoir de la responsabilité. Une mesure est donnée : ne pas créer plus d'êtres qu'on n'en peut dignement élever.

Les syndicats poussent ainsi leur zèle réglementiste jusqu'à intervenir dans la réglementation de la production de la race humaine.

C'est ainsi qu'au cours de son Congrès de 1909, la Fédération des métallurgistes belges, considérant qu'il faut diminuer le nombre des malheureux appelés à être exploités par la Société capitaliste, « que la multiplication des enfants est un obstacle au triomphe de la lutte contre le patronat », qu'il faut enfin « émanciper la femme et que cette émancipation est impossible avec les charges maternelles », a voté un ordre du jour invitant la classe ouvrière à constituer des associations pour encourager la procréation con^ceen^e.

La loi de Joussenel, d'après laquelle la fécondité des espèces est proportionnelle aux chances de destruction qui les menacent, est elle-même invoquée par les socialistes pour établir que la surpopulation est une cause de misère.

Ce qu'il faut voir surtout dans cet état d'esprit, ce n'est pas tant la crainte d'une progression géométrique — qui, d'après les calculs de M. de Foville, donnerait à la terre 24 milliards d'habitants vers l'an 2300 — que l'exacerbation d'un sentiment profondément égoïste. Le socialisme a fait naître une sorte de néo-individualisme qui est un faux individualisme. La doctrine est encore en enfance : il ne faut pas s'étonner de telles aberrations. Il ne faut pas s'étonner surtout de l'empressement avec lequel les populations ouvrières — surtout les non

croyantes ou semi-croyantes^ — acceptent le néomalthusianisme. Il répond à une double préoccupation impérieuse dans une époque de plus grande jouissance : l'abri du risque pour les enfants, Tabri du risque pour les parents. Et il pourrait bien n'y avoir, au fond du mouvement anliprôcréateur. qu'une manifestation du désir de plus en plus âpre d'élévation à une classe supérieure. La question sociale est surtout une question de classe, et Ton trouve à sa base ridée d'ascension. L'idée est légitime. Peut-on dire que le moyen l'est aussi quand il vise à la suppression de la concurrence par la suppression des individus ? Si la Belgique est l'une des nations les plus riches du monde, n'est-ce pas parce qu'elle est Tune des plus peuplées ? Quand le socialisme méconnaît ou néglige Thomme-valeur, n'y a-t-il pas, dans son désir même de régénération, une cause de dégénération? Il proclame avec raison que la loi de vie est la loi suprême, et sa politique démographique est une politique d'infanticide.

Cette politique est grandement favorisée par le surpeuplement des villes et la désertion des campagnes. Le dernier recensement sur les professions montre qu'en 1880, le travail des champs occupait 31 p. 100 de la population professionnelle; en 1890, il n'avait plus à son service que 22,10 p. 100, et en 1900 seulement 21,10 p. 100. Pendant ce temps Tindustrie

1. Il n'est pas tout à fait exact de dire, comme l'ont fait des statisticiens, que « la natalité diminue en Belgique malgré le progrès des convictions religieuses ». D'abord, il n'y a pas progrès des convictions religieuses ; il y a seulement conservation. Il convient ensuite de distinguer : dans les Flandres catholiques, la progression des naissances est encore très accusée, surtout dans le Limbourg, où l'on constate pour la dernière période décennale une augmentation de 15,03 pour 100. Dans les provinces moins soumises au catholicisme, dans la province de Liège, par exemple, il y a diminution de 10,56 p. 100. Dans le domaine démographique même, les races sont divisées.

montait de 34,30 à 41,60 p. 100, soit un progrès de 7,30 p. 100, les professions libérales s'élevaient de 6,10 à 8 p. 100 et le commerce de 8,80 à 11,70 p. 100. Ces chiffres attestent et précisent Timportance de Texode rural en Belgique. Comme en France et surtout en Allemagne, il s'y produit un déracinement de plus en plus marqué*.

Au premier rang des causes multiples de ce phénomène, on a placé l'introduction du machinisme agricole « destructeur de bras ». Sans doute, depuis qu'il suffit de quatre ou cinq hommes pour certaines besognes qui en réclamaient vingt ou vingt-cinq autrefois, depuis l'invention des semeuses, faucheuses, batteuses et charrues à vapeur, les propriétaires font des économies de bras. Mais ce n'est nullement dans les proportions que Ton suppose. D'abord, le machinisme ne peut être utilisé pour tous les travaux. Ensuite, il a eu le plus souvent pour conséquence une suractivité agricole qui a peu à peu compensé la perte manuelle.

Nous avons sous les yeux une lettre d'un paysan flamand, écrite au mois de juillet 1908, au moment des récoltes. Nous lisons : .

« Plus encore que les années précédentes, l'agriculture souffre cette année du manque de bras. 11 y a pénurie d'ouvriers agricoles, malgré l'augmentation des salaires. Les centres industriels enlèvent aux parties rurales du pays la plupart des travailleurs disponibles. Le cultivateur, que son exploitation soit modeste ou étendue, n'a d'autre ressource que de convertir en prairies ses terres de labour. Si l'on cherchait bien, c'est peut-être là une des causes du

1. En Allemagne, d'après le D^ Walter Claassen, la population rurale formait en 1849 les trois quarts de l'ensemble ; en 1870, la proportion tombait à 65 p. 100 ; à 42,5 en 1882 ; 35,8 en 1895 ; elle est aujourd'hui inférieure à 30 p. 100. En France, le nombre des ruraux diminue, chaque année, de 50.000 environ.

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renchérisBement de la vie. Le prix de revieût des produits de la ferme subit une augtneutatioti Bur place» Pour remédier au manque de personnel ou se soustraire aux exigences des ouvriers, nombre de fermiers se vouent presque exclusivement à l'élevage du oheval en vue de l'exportatiûn, ce qui jusqu'à pré*^ sent est très lucratif. Il en .fésulte qu'on réCôlte moins de céréales, qu'on élève moins de bétail. Conséquence pour les habitants des villes : le pain et la viande coûtent cher. »

On voit que le machinisme n'a nullement supplanté l'ouvrier. Les machines ne marchent pas toutes seules. Il faut des hommes pour les conduire. Il en manque.

On a vu dans les abonnements outrieri accordés par les compagnies du chemin de fer aux ouvriers agricoles une autre cause de Texode rural. Mais ces abonnements ont aussi leur bon ôôté* Si les ouvriers vont travailler en ville parce que les salaires y sont plus élevés, les abonnements à prix réduits ont cette heureuse conséquence qu'ils permettent aux ouvriers d'habiter la campagne et c'est tout profit pour leur moralité.

Ce qui parait encore avoir favorisé raccroissement des cités, c'est l'ignorance des campagnes, ignorance qui favorise Tidée fausse d'une existence meilleure dans les Villes. Il y a là surtout une apparence^ Ce n'est pas le développement de l'instruction qui, comme le croient beaucoup, ralentira le mouvement vers les villes. Au contraire. Et Oe qui prouve bien que l'exode rural n'est pas un résultat absolu de l'ignorance, c'est que la Campine, la moins instruite des provinces belges, est celle qui résiste le plus à l'entraînement. Les campagnes campinoises sont pour ainsi dire fermées aux idées modernes, tl n'y a pas si longtemps qu'un aéronaute descendu dans un village limbourgeois ftit poursuivi à coups de four^

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obesi comme ^'il était le diable, et les batailles de ZodhoveQ) ^ntre les habitants, à Fépoque des kermesses, rappellept 1^^ combats entre tribus sau* vages. E^lialés daps leurg préjugés, trouvant que rinatructioQ e(st uu luxe inutile, las Ûampiuoid restent cbez eu^, plongés dans uue espèce de torp^u^r contemplative.

Par Iwrs cercles, leurs associations, -- les floor^nkringen^ — ils out formé comme une immense ligua de défense contre l'attirance de la cité, et, par tous les moyens, ils s'efforcent d'isoler leurs enfants des autres travailleurs pour éviter la contamination. Fidèle au culte de la terre et de la famille*, la Cam'pine veut vivre en dehors de l'évolution. Elle ne veut pas se laisser prendre dans l'engrenage du productivisme. Elle a peur des villes tentaoulaires, et plus que des villes mêmes, de leur « mauvais esprit » et de ce loup-garou : le socialisme. C'est une nouvelle guerre des paysans que la Gampine a déclarée : mais cette fois c'est contre le progrès,

Qu'arrivera^t-il lorsque le bassin houiller cam* pinois sera en pleine exploitation, lorsque des corons et terrils se dresseront partout, dans ces mêmes oampagnes mystiques couvertes de bruyère, où le paysan lutte encore si énergiqueiùent contra l'industrialisme (( happe^chair » ? Ces nouvelles agglomérations indus» trielles n'9.pporteront-eUes pas avec elles Tesprit redouté qui leur est propre?

Quoi qu'il advienne, nous voyons par l'exemple de la Campine que ce n'est pas l'ignorance qui entraîne les foules dans les grands courants formés par l'industrie. Nous attribuons, quant à, nous, la déser» tion des campagnes h deux causes essentielles, l'une morale, l'autre matérielle.

1. Alors qu'on compte près de 200 divorces par an dans le Hainaut, il n'y en a jamais qu'un ou deux dans le Limbourg, quand il y en a.

Cause morale, — Le jeune paysan qui a été happé par la ville et qui s'est en quelque sorte Industrialisé ne revient guère dans son village, — quand il y revient, — que lorsqu'il a amassé un petit pécule. Volontiers, souvent avec un certain orgueil, il parlera des beautés de la grande ville, des ses agréments, de ses commodités, du luxe qu'on y côtoie, des facilités de gain de par la variété des métiers. La ville, alors, se dresse, aux yeux des cadets, comme un amas de ressources immenses où il n'y aurait qu'à puiser. L'admiration engendre la tentation. Pourquoi ne pas aller puiser aussi à la source de la richesse? Et Ton part vers la ville dorée.

Cause matérielle, — Le développement des manu-, factures et du commerce est en synchronisme avec celui de la population et la stimule, et Tabondance même de la population fait le travail à bon marché, de sorte que population et pauvreté se développent ensemble. Mais le salaire industriel, nous l'avons dit, est plus élevé que le salaire agricole, et il y a là un mirage permanent. Dans les mines, les ouvriers gagnent un minimum de 3 francs par jour; dans les campagnes flamandes, le maximum est de 2 francs. Le tâcheron de métairie gagne à peine en été 80 centimes avec la nourriture. Le faucheur de blés est généralement payé 1 fr. 25. En hiver, les salaires tombent à 75 et même 60 centimes. Il y a toujours, il est vrai, la nourriture. Mais comment fonder, comment faire vivre une famille?

La faim chasse le loup du bois. La faim chasse le paysan des campagnes, dans notre époque de grand appétit. Tous les ans, 60,000 ouvriers agricoles quittent les Flandres et le Brabant pour aller travailler en France ou dans les industries wallonnes où les attire l'odeur du meilleur salaire. C'est par troupeaux que les ouvriers et ouvrières belges de la fron-

tière se rendent en France tous les matins et rentrent le soir. Pour le Borinage seulement, on en compte plus de deux mille qui, amenés par les lignes de Quévy et de Quiévrain, se dispersent dans les usines de la vallée de la Sambre, Louvroil, Hautmont, Sousle-Bois, Blanc-Misseron, Onnaing, Quiévrechain, etc. Certains ateliers métallurgiques, ceux de Blanc-Mis* seron notamment, en occupent des centaines. Les femmes sont surtout employées dans les verreries, émailleries, etc. Cette concurrence aux ouvriers finançais dans les usines et ateliers du Nord a pris une telle importance qu'une loi a été élaborée par la Chambre française pour taxer les ouvriers étrangers qui travaillent en France, comme déjà ils sont taxés en Prusse.

Le salaire industriel augmente, selon les conditions de la vie, d'une façon quasi automatique. Le salariat industriel est organisé. Et quand le salaire ne suffit plus à l'ouvrier pour vivre, il a un moyen pour forcer les patrons à son relèvement : la grève. Les ouvriers des champs sont dispersés. Il n'y a pour eux qu'une grève possible : l'exode. On a fabriqué tout un arsenal de lois pour la protection des ouvriers industriels organisés. Les mineurs, par la puissance de leurs syndicats, se fonctionnarisent de plus en plus. Ils ont su et pu exiger. Pour l'ouvrier agricole, pas de retraites, pas de protection contre les accidents du travail, — rien ou presque rien. Il en fut d'ailleurs ainsi de tout temps. Une vieille chronique du Moyen Age rapporte que les paysans des environs de Gand, de Bruges et d'Tpres se plaignaient déjà « d'être exclus des privilèges accordés aux métiers. »

Les ingénieuses méthodes d'enseignement agricole et de culture intensive, qui ont fait du fermier belge l'un des meilleurs agriculteurs du monde, ont cependant paralysé, dans une certaine mesure, le mouvement d'émigration en faisant la campagne plus riche.

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Le paysan est aujourd'hui retenu, daas une certaine mesure, par une autre cause ; le morcellement den grandes propriété» et la subdivision du sol, et il est à remarquer, précisément, que Taisance d'une région agricole est d'autant plus grande que la propriété y est plus morcelée. La raison en est surtout que les grands propriétaires tirent le plus d'argent possible des vastes domaines et, oomme ils habitent la viUoi ne dépensent pas oet argent dans la région produotrioe même. La richesse de la terre ne fait ainsi nullement la richesse du pays. Le domaine devient simplement un titre de rente. Dans les régions morcelées où le propriétaire vit sur la terre et de sa terre, il s'établit, au contraire, une relation direete et très étroite entre sa fortune et la fortune générale. L'argent reste dans les localités, et chaque récolte nouvelle vient renforcer la prospérité déjà acquise dont tout le monde bénéficie, par la force des choses. Et cette constatation s'impose ; où la terre est morcelée ou relativement morcelée, le fermage est moins élevé et le salaire supérieur, On pourrait donc dire que l'importance des salaires est en raison inverse de l'importance territoriale des domaines.

La Belgique est encore trop un pays de fermage. Par ce système, le fermier est à la discrétion du propriétaire et l'ouvrier agricole à la disposition du fermier, La sincérité des rapports économiques, 1©^* droits du travail producteur sont continuellement violés. Le fermage a fait son temps, Il ne répond plus aux conceptions et aux conditions modernes d'exploitation. Un jour viendra, par la force des choses, où une entreprise foncière sera considérée comme une entreprise métallurgique ou minière et nous verrons alors se former de grandes sociétés anonymes d'exw ploitation agricole- Alors, le fermage aura vécu.

Pour conserver l'esprit de culture 14 où il existe encore, le raffermir là où il s'affaiblit, le faire renaître

enfin là où il s^est éteint, nous davons signaler Ve(fort intéressant qu'accomplit la Ligue nationale du eoin de terre et du foyer insaisissables, par la propagation des champs ouvriers. Cette ligue loue des terres, les divise en lopins de cinq ares environ, et sous-^loue ces lopins ou les donne en jouissance aux ouvriers. Elle fait plus : elle donne des subsides de premier établissement (200 francs par heetare). Le gouvernement encourage l'œuvre en la subvention* nant et en invitant Iqs agronomes de TÉtat à donner gratuitement des conseils de culture aux petits agri. oulteurs.

Mais il n'y a, dans cet effort méritant, qu'un léger palliatif. C'est la nécessité seule qui finira par dér gorger les agglomérations trop compactes, et refoulera les masses vers la campagne. Et d'abord, le premier des besoins de l'homme : la santé. La fiévreuse préoccupation du productivisme à outrance el du meilleur gain consument les villes dans leurs forces vives. On a calculé qu'en moyenne un homme de trente ans peut espérer prolonger sa vie jusqu'à l'âge de soixante-cinq ans et demi à la campagne, alors que dans les villes il ne doit pas compter dépasser soixante et un ans et demi. Outre la longévité qui lui est propre, le campagnard est deux à trois fois moins exposé à la maladie que le travailleur des grandes villes. Le retour à la terre se produira fatalement quand on comprendra l'immensité, du péril. On le comprend déjà : déjà s'accuse un commencement de réaction.

On le comprendra plus encore quand l'exagération môme de l'industrialisme aura développé le paupérisme et qu'on s'apercevra que l'ouvrier des villes est la victime expiatoire de toutes les catastrophes économiques et de tous les fléaux de la société : surmenage physique et cérébral, tuberculose, épidémies, habitations malsaines, professions insalubres, insuffisance

et sophistication des aliments, promiscuités dangereuses, débauche, etc., etc.

Enfin, il y aura surtout un profond revirement quand le sol lui-même se sera industrialisé comme le sous-sol et qu'on appropriera la forme capitaliste actuelle aux exploitations agricoles. Alors que les mines s'épuisent et meurent, les produits de la terre sont des richesses éternelles, et les capitalistes seront heureux de trouver un refuge dans Tagriculture, le machinisme aidant, quand la grande fièvre métallurgique et minière sera calmée.

C'est rintérèt vital qui, démesurément, gonfle aujourd'hui les cités. Le retour à la terre sera de même provoqué par l'intérêt vital.

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