CHAPITRE IV
La puissance économique.
La Wallonie industrielle, la Flandre agricole. — Le développement du commerce. — Progression prodigieuse. — La production houillère. — La métallurgie et la construction mécanique. — L'industrialisme delà Belgique est-il excessif? — Des craintes paraissent justifiées. — La concurrence de l'Allemagne. — Conséquences redoutables du dumping allemand. — L'organisation défensive. — Les moyens de transport. — L'impulsion économique donnée par les chemins de fer secondaires. — Les effets déplorables de l'intervention de l'Etat. — L'Etat mauvais commerçant. — L'adjudication des charbons. — Les producteurs demandent à être protégés. — Anomalies caractéristiques. — Les socialistes reconnaissent eux-mêmes les inconvénients du monopole des chemins de fer. — L'essor économique de la Belgique. — Il atteste une admirable vitalité.
Avec une rapidité foudroyante, les mines ayant créé le machinisme, le machinisme a créé, à son tour, et développé la grande industrie en Belgique. Il y a cinquante ans encore, le pays était essentiellement agricole; il est aujourd'hui surtout industriel.
L'industrie s'est emparée de la région accidentée, — le Hainaut, les pays de Liège et de Namur, — elle a fouillé le sol pour en retirer la houille et les minéraux, et, dans le voisinage des puits d'extraction, se sont tout naturellement édifiées les usines aux fours incandescents qui jettent sur la contrée des lueurs d'incendie. Plus hauts que les vieilles tours féodales encore debout, les hauts fourneaux, les fonderies, et
les laminoirs ont dressé leurs cheminées fières comme des minarets.
La Wallonie industrielle, la Flandre agricole : les deux régions, déjà séparées par la distinction des races, le sont encore dans le productivisme. L'industrie s'est merveilleusement adaptée au caractère de ces populations wallonnes que Fhistoire a connues remuantes, toujours en ébuUition. Le caractère flamand est, lui, plutôt agricole, et les travaux des champs, dans les grandes plaines, apparaissent comme une appropriation na,tureUeà la conformation d'esprit d'une population lente, grave et réflécliie.
D'une façon générale, la Belgique est surtout remarquable dans son effort et son essor industrialiste.
Alors que la lutte entre les peuples tendait à se concentrer presque exclusivement sur le terrain économique, ses grandes qualités marchandes, qui avaient déjà fait sa richesse autrefois, se sont brusquement réveillées, et, du moment que l'énergie au travail, l'esprit d'initiative et la virilité du caractère constituent aujourd'hui les éléments de la valeur d'un peuple, la Belgique devait très vite s'attester Tune des grandes puissances industrielles et commerciales du monde, malgré Tétroitesse de ses frontières.
Après l'Allemagne, l' Angleterre et Ift France, la Belgique occupe la troisième place dans le trafic euror. péen. Son territoire ne dépassa pas 29.455 kilométrai carrés, soit la diiS"huitième partie de rAUamagne et de la France, et la dixième partie de l'Angleterre ; elle ne dispose pas de marine pour répandre sas produits dans le monde, — et cependant son commerce extérieur atteint aujourd'hui 6 milliards, défalcation faite du transit qui se chiffre par 2 milliards, La nation belge se place ainsi avant l' Autriche-Hongrie, la Russie, l'Italie, le Brésil, la Chine, le Japon môme.
L'accroissement du mouvement commercial s'est
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produit pâf boûds ininterrompus vraiment extraordi'naires. En 1831, là Belgique n'exportait pas pour 5 millionâ de fer; elle en exporte aujourd'hui pour près de 400 millions. En 1631, elle vendait pour 4 millions de machines ; elle en vend pour 150 millions aujourd'hui. En 1831, elle vendait à peine pour 1 million de verreries ; elle eu vend à présent pour 75 millions.
En 1831, la Belgique avait un commerce d'importation et d'exportation de 186 millions de francs avec 4.089.563 habitants, soit 45 francs par tète d'habitant. En 1851, le commerce atteignait 418 millions avec 4.473.261 habitants^ soit 93 francs par tète. En 1871, ces chiffres étaient respectivement de 8. 165 millions, 5.113.680 habitants et 423 francs; en 1891, 3.580 millious, 6 675.000 habitants, 605 francs. Le commerce spécial de la Belgique, par tète d'habitant, est maintenant de 514 francs, tandis que celui de l'Angleterre même ne dépasse pas 565 francs; celui de rAllemagne) 240; celui de la France, 230; celui de la tlussie^ 40. Sous le seul règne de Léopold II, de 1865 à 1909, la progression du chiffre des transactions a été de 2 milliards 368 millions, soit une augmentation moyenne de 105 millions environ par atiuée,
Ce qui caractérise le développement industriel du pays, c'est l'accroissement de la force motrice employée : en faisant même abstraction de l'industrie des transports, le nombre des chevaux^vapeur a plus que décuplé, depuis cinquante ans, s'élevant de 40.000 à 480.000 (16.000 moteurs). Un cheval-vapeur représentant la force de 10 hommes, la force productrice de l'industrie ne représentait donc que 400.000 hommes, il y a un demi-siècle, ^ le tiers de la population actueliede l'industrie, «^ alors qu'elle représente aujourd'hui 4.600.000 travailleurs.
Tout empirique que puisse paraître un tel procédé
de statistique, il n'en donne pas moins une idée de la progression prodigieusiB réalisée..
Le charbon est l'une des grandes industries vitales du pays. Pour en préciser l'importance colossale, il suffira de dire : d'une part, que le capital engagé dans les charbonnages dépasse un milliard, donne un revenu moyen de 35 millions et que les dividendes distribués, de 1845 à 1909, dépassent le milliard de plus de 200 millions; d'autre part, que près de 150.000 ouvriers, répartis dans les diverses concessions, se partagent tous les ans 200 millions de salaires .
La production totale de houille est d'environ 24 millions de tonnes par an, répartie sur J24 mines en pleine activité. Elle n'était que de 17 millions en 1880. La valeur globale de cette extraction a été de 380 millions en 1908, année de crise, soit un prix moyen de 16 fr. 14 à la tonne. En 1907, la valeur avait atteint 400 millions, le prix à la tonne ayant été de 16 fr. 86. C'est à peine pourtant si cette énorme production parvient à suivre les progrès de la consommation intérieure, tellement l'industrie métallurgique s'est développée.
C'est sur la houille que repose la richesse industrielle de la Belgique, et une moindre production serait un désastre dont souffrirait la nation dans ses forces vives. Si quelques vieilles mines commencent à s'épuiser sans espoir de renouvellement, — on a calculé que les forêts les plus touffues ne produiraient, au bout d'un siècle, qu'une pellicule de carbone de huit millimètres d'épaisseur, — la prochaine mise en exploitation du vaste dépôt houiller de la Campine, où 8 milliards de tonnes au moins sont à extraire, permettra heureusement à la Belgique de conserver longtemps encore son rang parmi les principaux producteurs de charbon.
Le puissant ferment de vie qui adonn^ au pays une