CHAPITRE VI
malheureuse campagne, il plaça dans la bouche du chef de l'Etat des paroles propres à faire ressortir l'urgence d'une nouvelle organisation de l'armée. « Si le courage » individuel, » dit le roi aux deux Chambres réunies, « si »la bravoure qu'on n'a jamais contestée au soldat belge, » avaient pu suppléer au défaut d'organisation et d'en- »semble qui s'est fait sentir dans notre jeune armée, nul »doute, et vous en croirez mon témoignage, nul doute »que nous n'eussions victorieusement repoussé une » attaque déloyale et contraire à tous les principes du •droit des gens. La nation n'en sentira que plus vive- »ment l'impérieuse nécessité des réformes déjà com- •mencées et qui se poursuivent avec une activité dont les » résultats ne se feront pas attendre. Dans peu de jours, »Ia Belgique aura une armée qui, s'il le fallait de nouveau, ralliée autour de son rai, saurait défendre aveG » honneur, avec suecès, l'indépendance de la patrie. — »Des projets de loi vous seront présentés pour donner au » gouvernement sa part d'influence dans la composition *des cadres de l'armée, rendre la confiance au soldat »et assurer une juste récompense à ceux qui se seront » signalés au jour du danger. »
La réorganisation de l'armée était, en effet, le premier besoin de la situation. Voter les ressources nécessaires, accorder au gouvernement la faculté d'épurer largement les cadres, seconder l'activité du ministre de la guerre, s'abstenir de récriminations inutiles , songer à l'avenir avant de scruter le passé, telle était la mission que les besoins du pays assignaient à ses représentants.
Malheureusement la signification réelle des événements d'août n'était pas assez comprise. L'immense majorité
de la nation assignait à nos revers une cause unique, la trahison des chefs. On croyait qu'il suffisait d'éloigner les traîtres pour rendre désormais la victoire inévitable. Démasquer et punir les coupables : tel était le cri général.
Le ministère ne tarda pas à rencontrer celte tendance au sein des Chambres.
Depuis le 16 août, M. Ch.de Brouckere était chargé du portefeuille de la guerre. Nommé ministre de l'intérieur au moment de l'invasion de l'armée hollandaise, le roi l'avait envoyé à Liège aussitôt qu'on eut reçu la nouvelle de la défaite de Daine. L'activité , l'énergie, l'intelligence et le zèle qu'il déploya dans ces tristes circonstances valurent à M. de Brouekere les éloges unanimes de la presse. Malgré le découragement des uns et la méfiance des autres, quelques jours lui avaient suffi pour réunir et réorganiser les débris de l'armée de la Meuse. Le chef de l'Etat crut récompenser ce service en plaçant le ministre.de l'intérieur à la tète du département de la guerre.
Ce n'était pas sans avoir opposé de vives résistances que M. de Brouckere s'était chargé de la tâche immense de l'organisation de l'armée et de l'épuration de ses cadres. Les événements des dernières semaines n'avaient que trop dévoilé l'incohérence et la faiblesse des éléments militaires réunis par les ministres du Régent et du Gouvernement provisoire. Loin de faciliter la mission de l'administrateur, le travail accompli avant l'invasion était, sous plus d'un rapport, une source d'embarras et de résistances. Sous peine de rester au-dessous de sa