‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 108 sur 155 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

tâche, il fallait hardiment revenir sur le passé, braver toutes les haines et briser des centaines de carrières, avec la certitude de retrouver les passions révolutionnaires à la tribune et dans la presse. M. de Brouckere puisa dans son patriotisme le courage d'assumer une responsabilité devant laquelle plus d'un officier général avait prudemment reculé.

Le jour même de son entrée en fonctions, le nouveau ministre de la guerre avait chargé une commission militaire de procéder aux enquêtes requises pour constater la conduite des officiers de tous grades , avant et pendant la funeste campagne qui venait de se terminer (1). Les membres de cette commission s'étaient mis activement à l'œuvre, et déjà plusieurs officiers, qui avaient lâchement abandonné leurs soldats en face de l'ennemi, s'étaient vu renvoyer devant les conseils de guerre (2). Mais les esprits étaient trop irrités pour attendre patiemment le résultat des investigations prudentes et régulières d'une enquête gouvernementale. Croyant qu'il suffisait de pénétrer aux archives de la guerre et d'entendre les officiers subalternes pour découvrir les traîtres, le public réclamait de toutes parts une enquête parlementaire.

Le 13 septembre, la Chambre des représentants reçut une pétition revêtue des signatures de l'élite de la population d'Audenarde. « Les malheurs qui viennent d'acacabler la patrie, » disaient les pétitionnaires, «furent «précédés de circonstances si graves, si extraordinaires, » qu'il est de l'honneur national d'en faire l'objet d'un » examen solennel, afin de faire connaître à l'Europe en-

(1) Moniteur du 19 août 1831.

(2) V. entre autres le Moniteur du 29 novembre 1831.

» tière qu'on doit y rattacher les seules causes de nos •désastres. Nous le savons, le nom belge ne saurait »être flétri par quelques revers; mais encore, lorsque »ces revers n« sont dus qu'à l'incurie des hommes » chargés de ses destinées, la nation ne saurait en être » solidaire, et il «st juste qu'elle fosse retomber la honte »sur les seuls coupables. » Les pétitionnaires finissaient en priant te Chambre de procéder elle-même à une enquête sévère sur les causes de nos désastres.

Cette demande était trop conforme aux vues de te majorité pour ne pas être favorablement accueillie. M. Dumortier déposa sur le bureau la proposition suivante : « Une enquête sera faite sur les causes et les au- »teurs de nos revers pendant te dernière campagne (1).»

Admis à développer sa propositron, M.. Dumortier se fit l'organe éloquent des aeeusations auxquelles les ministres du Régent étaient en butte depuis la défaite de l'armée. « Dans cette désastreuse campagne , » disait l'orateur, « rien n'avait été prévu. Où était cette armée »de 66,000 hommes dont nous berçait le ministère et »pour laquelle on lui avait alloué des subsides ? où était j> cette organisation civique, qui devait rendre nos soldats » citoyens propres à tenir la seconde ligne et même la y> première au besoin? où était cette organisation supérieure, sans laquelle il n'y a pas d'armée? où étaient »les armes, les munitions? où étaient ces corps de resserve, ces plans de campagne que l'on devait avoir

(1) Cette proposition portait les signatures de M. Dumortier et de douze de ses collègues : C. Rodenbach , de Hacrne, Brabant, de Mecr de Moorsel, Watlet , Alexandre Rodenbach , de la Faille , Vuylsteke , Morcl-Danheel, Rochet , Eug. De Smet, Vergauwen {Moniteur du 25 septembre 1831).

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