‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 113 sur 155 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

s'empressa de les porter lui-même à Bruxelles. Il y arriva le 18 octobre.

Chez tous les membres du cabinet, les conditions imposées par la Conférence rencontrèrent les mêmes sentiments de répulsion , les mêmes désirs de résistance. Les ministres étaient unanimes à déclarer que les intérêts belges avaient été odieusement sacrifiés. Mais quel était le parti qu'il convenait de prendre? Fallait-il opposer un refus dédaigneux à des propositions que les grandes Puissances déclaraient finales et irrévocables? Fallait-il garder une attitude passive, en attendant des circonstances plus heureuses? Etait-il préférable de recourir aux armes, au risque de s'attirer les inconvénients d'une intervention militaire de la Prusse et de la Confédération germanique ? Etait-il indispensable de courber la tête sous la pression de la diplomatie européenne ? Toutes ces questions épineuses attirèrent tour à tour l'attention des ministres. Ceux-ci se trouvaient dans une perplexité d'autant plus pénible que toutes les solutions imaginables offraient des inconvénients, et même des dangers.

Avant de prendre une décision définitive, plusieurs ministres voulurent connaître les opinions des ambassadeurs de France et d'Angleterre. Us attachaient surtout une grande importance à l'avis du général Belliard. Ce noble vétéran des armées impériales avait su conquérir les sympathies de toutes les classes de la nation. Son dévouement à la Belgique était incontestable; en plus d'une occasion, et surtout pendant la campagne d'août, il en avait fourni des preuves éclatantes. Celait autant du cœur que des lèvres qu'il nommait la Belgique

sa seconde patrie. Un membre du cabinet se chargea de lui demander quelle serait l'attitude du gouvernement français, dans l'hypothèse où la Belgique rejetterait les propositions de la Conférence.

La réponse du général fut en tout point conforme aux déclarations des diplomates de Londres. Le protocole du 14 octobre était, à ses yeux, un acte final et irrévocable. La Conférence, disait-il, avait épuisé sa juridiction pour tous les points susceptibles d'une exécution immédiate; tout espoir d'obtenir des modifications aux arrangements territoriaux était chimérique. Le général ajouta que la France n'userait pas de sa puissance pour forcer les Belges à souscrire au protocole du 14 octobre; mais il déclara, tout aussi positivement, qu'elle ne s'opposerait pas aux mesures de rigueur qui seraient adoptées par les autres Puissances. «La France, » disait-il, «ne »peut plus que vous donner des conseils et former des »vœux pour votre bonheur. »

Consulté à son tour, l'ambassadeur d'Angleterre, sir Robert Adair, émit un avis identique. De même que son collègue de France, il engagea les ministres à céder à la force des circonstances ; mais, plus circonspect que le général Belliard, il ne promit pas même la neutralité de la marine anglaise.

Tout attestait donc que la Belgique se trouvait en présence d'une décision irrévocable des grandes Puissances.

Les minisires reprirent leurs délibérations dans les mêmes perplexités. L'avenir du pays était en quelque sorte subordonné à la décision qu'ils étaient appelés à prendre. Rejeter les propositions de la Conférence , c'était rompre avec l'Europe, lç lendemain d'une défaite

Page 1