‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 114 sur 155 · CHAPITRE VT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VT

qui avait ébranlé la confiance de la nation et de l'armée. Accepter ces propositions blessantes et injustes, c'était faire rétrograder la révolution et fouler aux pieds les engagements les plus solennels du Gouvernement provisoire et de la Régence.

Dans l'une et l'autre hypothèse, la décision pouvait entraîner des conséquences graves. Les ministres avaient, il est vrai, un moyen de sortir d'embarras et de sauver leur popularité personnelle ; c'était d'assumer un rôle passif et de demander humblement aux Chambres une solution définitive. Mais ce moyen peu digne et peu loyal répugnait au courage et à la loyauté des hommes éminents qui composaient le cabinet. Dans les circonstances suprêmes où le pays se trouvait placé, il était du devoir du gouvernement de prendre l'initiative et de diriger les débats, en disant la vérité tout entière aux représentants de la nation.

C'était surtout dans leurs rapports avec les intérêts du Luxembourg que les propositions de la Conférence devenaient une source d'embarras sérieux. Le 18 novembre 1830, le Congrès national avait compris le Luxembourg tout entier dans la déclaration d'indépendance du pays. Le 9 janvier suivant, les délégués du Gouvernement provisoire avaient adressé aux Luxembourgeois une proclamation chaleureuse , renfermant entre autres la déclaration suivante : « Nous sommes » autorisés à vous déclarer, au nom du gouvernement, »que vos frères des autres provinces ne vous abandonvneront jamais et qu'ils ne reculeront devant aucun «sacrifice pour vous conserver dans la famille belge (1).»

(i) Proclamation de MM. Thorn et Nothomb du 9 janvier 1831.

Deux mois plus tard, le Régent s'écriait, dans une proclamation revêtue de la signature de tous les ministres : « Nous avons commencé la révolution malgré les traités »de 1815, nous la finirons malgré les protocoles de » Londres.,.. Luxembourgeois! restez unis et fermes! »Au nom de la Belgique, acceptez l'assurance que vos » frères ne vous abandonneront jamais (1). » Ce n'est pas tout : à ces actes émanés du Congrès national et du gouvernement du Régent, M. Lebeau, alors ministre des affaires étrangères, avait ajouté la parole du prince Léopold, au moment où celui-ci subordonnait son avènement à l'acceptation préalable des dix-huit articles. Dans la mémorable séance du 5 juillet 1831, M. Lebeau s'était écrié : « Nous conserverons le Luxembourg, j'en ai »pour garant notre droit, la valeur des Belges et la parole »du Prince. Oui, la parole du Prince, le moment est avenu de tout dire.... Le Prince en fait son affaire » propre ; c'est pour lui une question d'honneur... Sans »la possession du Luxembourg, je défierais bien quel » prince que ce fût de régner six mois en Belgique. » Confiant dans ces promesses solennelles, le Luxembourg s'était franchement associé à l'élan révolutionnaire des autres provinces. Et maintenant il s'agissait de déchirer les déclarations du Gouvernement provisoire, du Congrès, du Régent et du Roi, pour replacer la majorité des Luxembourgeois sous la domination d'un gouvernement prêt à leur demander compte des trésors et du sang qu'ils avaient dépensés dans l'intérêt exclusif de la Belgique.

(I) Huyttens , T. III , p. 43 , en note.

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