‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 115 sur 155 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Il s'agissait de sacrifier à la fois les intérêts et la dignité de la cause nationale !

Cependant, pour peu qu'on réfléchisse aux exigences de la situation, on ne tarde pas à se convaincre que l'acceptation du protocole du 14 octobre était une nécessité. La Belgique se trouvait dans une de ces situations extrêmes où le salut de tout un peuple efface les engagements et fait taire les répugnances.

Pour juger sainement les actes du premier ministère du roi, il faut envisager la question extérieure dans l'état où elle se présentait en 1831. Le refus de la Hollande n'était pas à prévoir, puisque tous les sacrifices et toutes les humiliations se trouvaient du côté des Belges. Or , la Hollande acceptant , il ne nous restait en réalité d'autre perspective qu'une honteuse et tardive soumission aux ordres de la Conférence. L'armée prussienne serait venue nous expulser de Venloo, les soldats de la Confédération germanique se seraient emparés de la partie cédée du Luxembourg, les Anglais auraient probablement bloqué nos ports et refoulé l'essor de notre commerce. Quel homme politique eût osé répondre des complications intérieures que cette crise pouvait amener? Evidemment, dans l'hypothèse de l'acceptation du protocole par la Hollande, le gouvernement belge était intéressé à prendre l'initiative. Quelle gloire y avait-il à faire disperser par les soldats de la Prusse une armée déjà repoussée par les troupes hollandaises? Où étaient les avantages politiques d'un état d'hostilité avec l'Europe ?

Dans l'hypothèse du refus de la Hollande, l'acceptation du protocole était encore le parti le plus sage. Puisque, dans la situation politique de l'Europe, la Belgique ne

pouvait espérer des conditions meilleures, il était désirable que les décisions de la Conférence fussent immédiatement exécutées. La reconnaissance du roi des Belges par les grandes puissances, la clôture de l'ère révolutionnaire et la réduction de l'armée au pied de paix étaient des avantages qu'un homme d'Etat ne pouvait dédaigner. N'oublions pas que, dans la note du 15 octobre, les cinq Puissances garantissaient l'exécution des vingt-quatre articles et prenaient, en termes formels, l'engagement d'obtenir l'adhésion de la Hollande.

Restait , à la vérité, l'hypothèse où les cours alliées, y compris celles de France et d'Angleterre, s'abstiendraient de recourir à la force pour réduire la Hollande à l'obéissance. Mais dans ce cas, alors si peu probable, nous conservions le statu quo et nous faisions reconnaître la royauté belge par les Puissances étrangères, tout en conservant l'espoir fondé d'obtenir des concessions ultérieures, en retour des sacrifices occasionnés par l'entretien de l'armée sur le pied de guerre. Encore une fois, ce n'est pas à l'aide des événements postérieurs, c'est en reportant sa pensée à la situation de 1831 , qu'il faut juger l'attitude du cabinet de Bruxelles. Il ne s'agissait plus alors de foire un appel à l'énergie de l'esprit révolutionnaire. La Pologne venait de succomber. L'Europe, sans en excepter l'Angleterre et la France, voulait mettre un terme aux complications et aux périls résultant du différend hollando-belge. Les cabinets des Tuileries et de St-James déclaraient nettement qu'il fallait en finir. A l'inférieur, le prestige des journées de Septembre s'était évanoui dans les désastres de Hasselt et de Louvain, Au dehors, l'Europe nous dictait des conditions

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