‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 117 sur 155 · CHAPITRE Vf · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vf

•sont injustes, partiales; fiez-vous à la bonté de votre » cause, au temps et, s'il le faut, à votre bras pour en •obtenir de meilleures. Mais ce langage, qui alors aurait •eu une apparence de raison, parce que les circon-

• stances, les faits lui donnaient une force qu'il n'aurait •pas empruntée de lui-même, ce langage n'est plus possible aujourd'hui. Depuis lors le temps a marché , et •l'Europe a été témoin d'événements qui, en modifiant •la politique générale, n'ont pu rester sans influence sur » la question soulevée par notre révolution. L'appui que •nous trouvions dans l'idée de notre force inspirée aux •Puissances par nos succès de Septembre, l'appui peut- •être plus réel encore que prêtait à notre cause l'héroïque

• Pologne, nous ont tout-à-coup échappé. • — Après avoir ainsi loyalement expliqué l'attitude prise par le ministère, M. de Meulenaere rappela que, dans les vues des Puissances étrangères, le différend hollandobelge était avant tout, sinon uniquement, une question européenne : « La question qui se débat depuis un an, • dit-il, « n'est pas circonscrite à nos intérêts seuls et •à ceux de la Hollande... Notre patriotisme, notre

• amour-propre national, blessés par les décisions des •arbitres qui viennent de prononcer entre la Hollande

• et nous, peuvent se soulever contre cette intervention de l'Europe : elle n'en est pas moins un fait •qu'il ne nous est pas donné de détruire. Ce fait, •d'ailleurs, n'est pas nouveau; il a ses antécédents dans

• l'histoire : d'autres peuples, avant nous, ont eu à en

• subir les exigences. Ce n'est pas la première fois qu'à

• tort ou à raison les convenances politiques, le système •de l'équilibre européen, ont fait imposer à un peuple,

«dans l'intérêt général, de ces sacrifices que l'on ne se • résigne à subir que parce qu'on est convaincu de Tinu- «tilité des efforts que l'on tenterait pour s'y soustraire. «Le sacrifice que l'on exige de la Belgique est de même «nature; toute son excuse, toute sa justification pour «vous qui êtes appelés à le voter se trouve dans la néces- » site , dans les circonstances, dont l'empire est quelque- » fois si puissant dans les affaires humaines que l'homme » d'Etat ne saurait y échapper. » — Après ces prémisses, le ministre posa l'état de la question dans les termes suivants : «Les Puissances s'entendent pour soutenir les » décisions qu'elles ont prises et qu'elles croient calculées » de manière à maintenir en même temps le système de «la paix et celui de l'équilibre européen.... Les Puis- «sances (on voudrait en vain se le dissimuler) marchent » d'accord entre elles, et les décisions de la Conférence «sont, comme le dit la note qui les accompagne, finales «et irrévocables. Ces paroles empruntent une force toute » spéciale des circonstances et des nécessités du moment. » L'incertitude qui plane depuis un an sur les affaires «de l'Europe, par suite de la question belge, toujours » tenue en suspens, ne saurait se prolonger plus long- » temps sans faire naître la crise que l'on a tant à cœur «d'éloigner et dont chaque jour de retard augmente «l'imminence. C'est à vous, Messieurs, qu'il appartient «de décider si ce qu'on nous demande, si les cessions de «territoire au prix desquelles on nous offre la paix, «peuvent se concilier, je ne dirai pas avec l'intérêt du «pays (il est partiellement et violemment lésé), je ne «dirai pas même avec ses affections (on n'en a tenu «aucun compte), mais avec son existence comme nation

Page 1