CHAPITRE Vil
» Bretagne et d'Irlande, le roi de Prusse et l'empereur de » toutes les Russies de l'autre part, leurs héritiers et » successeurs, leurs Etats et sujets respectifs, à perpétuité.
» Art. 27. Le présent traité sera ratifié et les ratifications en seront échangées à Londres, dans le terme de »deux mois, ou plus tôt si faire se peut. »
Le roi des Belges était ainsi reconnu par les grandes puissances. L'indépendance, le territoire et la neutralité de la Belgique se trouvaient garantis par l'Europe. 11 ne restait plus qu'à opérer l'échange des ratifications.
La Belgique pouvait et devait attendre cet échange avec une confiance entière. Ce n'était pas elle, c'était l'Europe qui avait dicté les conditions qu'on venait de convertir en traité définitif. Comment soupçonner l'ajournement d'une ratification pure et simple, alors que les plénipotentiaires des cinq cours se déclaraient eux-mêmes impuissants à consentir à une seule modification? A Londres et à Bruxelles, on n'y voyait qu'une formalité diplomatique. Dans son rapport aux Chambres du 19 novembre, M. de Meulenaere avait raison de dire : « Le traité ayant »été conclu par des ministres munis de pleins pouvoirs, »qui ont été échangés et trouvés en bonne et due forme, • l'échange des ratifications et la ratification elle-même ne »sont plus que de simples formalités diplomatiques. Le «traité est dès-à-présent définitif et irrrévocable. »
Cependant les deux mois fixés pour l'échange des ratifications s'écoulèrent sans amener le résultat désiré. De commun accord, le terme fut prorogé jusqu'au 31 janvier 1832 (1).
(I) La négociation principale s'était compliquée par la question des forteresses, dont nous parlerons dans un chapitre suivant. Tous les plé-
248 NOVEMBRE 183i —MAI J832.
Lorsque, à cette dernière date, les plénipotentiaires d'Angleterre et de France proposèrent l'échange des ratifications à leurs collègues d'Autriche, de Prusse et de Russie , ceux-ci répondirent qu'ils n'avaient pas encore reçu les ordres définitifs de leurs cours. La prorogation du terme avait donc été infructueuse, et la question prenait ainsi une face nouvelle et imprévue dont l'importance ne pouvait échapper à l'attention des gouvernements de France et d'Angleterre. Depuis plusieurs jours la presse de Paris et de Londres faisait de cet ajournement l'objet d'un débat passionné. Déjà l'absence de ratification à la date du 18 janvier, terme extrême fixé par le traité du 15 novembre, avait vivement alarmé tous les amis des Belges. On disait hautement que les ministres français et anglais, cédant aux sollicitations de l'absolutisme, allaient imposer de nouveaux sacrifices au peuple belge, pour le punir de s'être doté d'un gouvernement indépendant et libéral. A Bruxelles, les feuilles de l'opposition ébranlaient le gouvernement, en publiant de longues tirades sur la perfidie des diplomates et la faiblesse des ministres. Il est évident que, dans cet état de choses, les plénipotentiaires de France et d'Angleterre ne pouvaient consentir à proroger, encore une fois, le délai fixé. Ils procédèrent séance tenante à l'échange des ratifications avec M. Van de Weyer, tout en déclarant que le protocole resterait ouvert pour leurs collègues des autres cours. Ils ne voulaient pas, disaient-ils, qu'un nouvel ajournement vînt jeter des doutes sur leurs intentions et
nipotentiaires, y compris M. Van de Weyer, consentirent à la prorogation (V. le protocole du 11 janvier 1832. — Papen relative to the affairs •fBclgium, A, p. 189).