CHAPITRE VII
propager des incertitudes propres à compromettre la paix générale (1).
Le 5 avril, lord Palmerston et le prince de Talleyrand firent une nouvelle démarche auprès de leurs collègues d'Autriche, de Prusse et de Russie. Ceux-ci répondirent qu'ils attendaient toujours les ordres de leurs cours (2) !
On devine sans peine les embarras, les récriminations et les outrages que ces retards amenaient, non-seulement pour les membres du cabinet belge, mais aussi pour tous les membres des deux Chambres qui avaient voté l'adoption du protocole du 14 octobre. En donnant leur assentiment aux vingt-quatre articles, ils avaient agi dans la ferme persuasion que le roi Léopold serait immédiatement reconnu. Or, après plusieurs mois de négociations et de démarches pressantes, cette reconnaissance se faisait toujours désirer. Ces ajournements successifs, qu'ils n'avaient pas prévus, qu'ils ne pouvaient pas prévoir, étaient imputés à crime à tous les partisans du traité. Au sein des Chambres comme dans les colonnes des journaux, on leur reprochait amèrement la confiance qu'ils avaient accordée aux promesses de la diplomatie européenne.
La Belgique pouvait se plaindre à juste titre; mais il ne faut pas cependant s'exagérer les torts de l' Autriche, de la Prusse et de la Russie. Ces Puissances désiraient franchement que le traité des vingt-quatre articles reçût son entière exécution ; mais , fidèles aux traditions monarchiques, elles désiraient que l'initiative partît de
(!) Protocole du 31 janvier 1832. Ibid. , p. 190. — M. Van de Weycr consentit à ce que le protocole restât ouvert. (2) Protocole du 5 avril 1832. Ibid., p. 191.
La Haye. Pendant que leurs plénipotentiaires retardaient réchange des ratifications au sein de la Conférence de Londres, d'autres négociateurs se livraient à des démarches actives auprès de Guillaume I er pour obtenir l'assentiment préalable de ce prince. Tout en admettant que désormais le maintien du royaume des Pays-Bas était impossible, les trois cours désiraient s'éviter le reproche d'avoir elles-mêmes dépouillé leur allié des trois quarts de ses Etats (f ).
Malheureusement, avec le caractère inflexible de Guillaume I er , ce calcul était chimérique. Pendant que les diplomates des cours du nord prodiguaient les conseils et les instances, le monarque hollandais, déjouant toutes les prévisions de la Conférence et des Belges, inventa son célèbre système de persévérance % dont les suites furent si funestes à la Hollande»
Guillaume avait commis de déplorables erreurs; mais, ayant toujours agi avec des intentions droites et pures, la voix de sa conscience ne lui indiquait aucun motif de sacrifier les droits de sa maison aux exigences de ceux qu'il appelait des rebelles égarés. Nourri des doctrines politiques d'un autre âge, il ne comprenait ni les causes ni les conséquences des mouvements révolutionnaires de 1830. Abandonné par les monarques de la Sainte-Alliance, contraint de renoncer à l'emploi
(1) Les membres de la Conférence de Londres avaient constamment manifesté de grands égards pour les susceptibilités du gouvernement hollandais. Aussitôt qa'ils furent informés de Tasse utiment du gouvernement belge, ils offrirent aux plénipotentiaires hollandais l'initiative de la signature des vingt-quatre articles. « La Conférence de Londres,» disaient-ils» • attacherait le plus haut prix à voir Messieurs les plénipotentiaires «des Pays-Bas accepter l'initiative de la signature qu'elle s'empresse »de leur offrir. » (Papers relative totht affain of Selgium, A, p. 161)»