‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 125 sur 155 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

de la force, il prit pour système d'opposer une résistance à la fois passive et opiniâtre à tout acte tendant à dépouiller sa couronne des belles provinces que les traités de 1815 avaient unies à la Hollande.

Après l'adoption des vingt-quatre articles par la Belgique, ce système de résistance à tout prix devint manifeste. L'esprit du roi le rendait éminemment propre à ce rôle. Sans être doué d'une intelligence hors ligne , Guillaume I er possédait au plus haut degré l'art d« trouver et d'échelonner des moyens dilatoires. Son caractère inflexible se raidissait contre les obstacles. Les conseils, les raisons et les menaces étaient également impuissants à le faire revenir sur ses pas. Elevé dans les traditions monarchiques, allié par lui-même et par les siens aux premières familles souveraines de l'Europe, il ne comprenait pas que l'Autriche, la Prusse et la Russie pussent s'unir i l'Angleterre et à la France pour raffermir le trône révolutionnaire de Bruxelles. Etranger à l'esprit de son siècle, il ne voyait que des erreurs passagères dans le système politique que les vœux de l'opinion publique, la faiblesse des gouvernements absolus, la lassitude des esprits et la crainte de la guerre avaient fait prévaloir à Londres. Admirablement servi par sa diplomatie, il opposait l'adresse à la force, la ruse au droit, le sophisme à la raison, la chicane aux chiffres. Un homme qui, pendant vingt-cinq années, a vécu dans l'intimité du roi, le comte Van der Duyn de Maasdam, au sortir d'une audience où les vingt-quatre articles avaient fait le sujet de l'entretien, écrivit sur ses tablettes :« Délayer, finasser, et puis comme un mur! » Impossible de faire revenir sur rien et de déplacer une

» idée dans cette tête de fer. » A part l'inconvenance du langage, le portrait est fidèle (1).

Jugé par ses résultats, le système de persévérance a été l'objet de critiques aussi acerbes que dédaigneuses. Il était loin cependant d'être absurde et ridicule, au moment où Guillaume le mit en pratique. Les seuls gouvernements sympathiques «tix Belges étaient la France et l'Angleterre. Or, dans les calrals et les prévisions du monarque néerlandais T trois événements étaient, sinon inévitables, au moins dans l'ordre des probabilités ordinaires : l'avènement d'un ministère tory à Londres, le succès d'une révolution républicaine à Paris, et par suite une nouvelle coalition européenne contre la France. Ces espérances étaient des illusions ; mais les faits postérieurs, et surtout la facilité avec laquelje le trône de Juillet a disparu de la scène, suffisent pour prouver que ces illusions pouvaient, en 1831, germer dans la tête d'un homme d'Etat. En Angleterre, le triomphe des wighs était loin d'être définitif; en France, l'opposition orageuse des Chambres, les troubles de l'Ouest et les conspirations incessantes des républicains autorisaient les doutes sur la stabilité de la royauté nouvelle.

La guerre, il est vrai, pouvait amener le soulèvement de l'Allemagne et de l'Italie, le réveil des peuples, le triomphe de la France et l'incorporation de la Belgique à une seconde république. Mais ce danger n'était pas de nature à faire fléchir la ténacité de Guillaume. Aux appréhensions de ses serviteurs les plus dévoués, il répondait invariablement : « Je vous accorde le danger de voir la

(i) Notices et souvenirs biographiques, de, p. 2;iî.

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