‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 127 sur 155 · TOME · texte numérisé non relu

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connaissaient la légitime fierté de leurs compatriotes; ils savaient qu'il suffisait de faire vibrer certaines cordes pour surexciter le patriotisme et s'attirer les sympathies chaleureuses et unanimes de la nation. Avouer qu'on nourrissait toujours l'espoir de ressaisir la Belgique, c'eût été s'exposer aux murmures des contribuables. M. Verstolk et ses collègues eurent le talent de faire peser sur la Conférence la responsabilité d'un retard uniquement imputable à l'attitude de leurs représentants à Londres»

L'article 9 du traité du 18 novembre garantissait aux Belges la navigation de l'Escaut et celle des eaux intermédiaires entre ce fleuve et le Rhin. L'article 12 leur accordait, outre le libre passage par Maestricht et Sittard, la faculté de prolonger une route ou un canal à travers le Limbourg hollandais jusqu'aux frontières de l'Allemagne. L'article 13, qui prescrivait la liquidation du syndicat d'amortissement, admettait les Belges au partage éventuel de l'actif de cette institution, tout en les dispensant de contribuer à ses dettes.

Ces trois points furent exploités avec autant d'adresse que de persévérance.

Pour les ministres, les diplomates et les journalistes de la Hollande, la navigation des eaux intermédiaires entre le Rhin et l'Escaut devint le sujet d'un thème inépuisable. Assurer à une nation étrangère la copropriété des eaux intérieures de la Hollande, c'était démembrer la souveraineté de celle-ci au profit des rebelles ; c'était infliger au peuple fidèle un outrage jusque-là sans exemple dans l'histoire. L'Europe perdait de vue les glorieuses Jraditions d« la Néerlande; elle dépouillait les habitants des

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Provinces-Unies de leurs prérogatives de nation souveraine, si glorieusement conquises par leurs ancêtres; elle abusait lâchement de la force pour imposer aux provinces septentrionales des Pays-Bas Une concession atten* tatoire à l'honneur national. Là mort était préférable à cette flétrissure ! Toute l'Europe retentit des cris d'indignation poussés par le cabinet de La Haye.

Ges plaintes bruyantes, nous le verrons, manquaient de base; mais, exploitées avec habileté, elles produisirent une sensation profonde, non-seulement en Hollande, mais encore en Allemagne et en Angleterre. Dans ce dernier pays, la question des eaux intérieures de la Hollande figurait à toutes les pages des journaux de l'opposition. Oubliant que les vingt-quatre articles accordaient à la Hollande des avantages nombreux et considérables, on accusait le ministère Grey d'avoir perfidement écarté les premières bases de séparation. On imputait à la Conférence le crime d'avoir violé des engagements solennels, à l'instigation du ministère anglais et à la honte de la Grande-Bretagne (1).

En réalité, cette indignation tumultueuse s'appuyait

(1) Ces accusations passionnées ont été recueillies dans un pamphlet curieux: A brief Exposition ofthe British Foreign Policy totoards Holland; m teply to the récent [unCalled for) Justification. By T. 0. D. London, W. Molineux, 1833.

A cette occasion M. Van de Weyer a dit avec beaucoup d'esprit : « Toute l'Europe a retenti des cris d'indignation factice poussés par le cabinet de La Haye contre la clause relative à la navigation des eaux intérieures. C'était une clause inouïe, monstrueuse, et qui remplissait d'une diplomatique horreur les adversaires du ministère Grey. Pendant six mois, et plus, l'opposition a vécu sur ces eaux intérieures ; elle s'y plongeait avec délices, dans l'espoir d'y entraîner le cabinet réformateur et de l'y noyer de ses belles mains. » [La Hollande et la- Conférence, p. 53).

sur un grief imaginaire. Le système de navigation consacré par les vingt-quatre articles était très-inoffensif. L'acte général du Congrès de Vienne du 9 juin 1815 avait proclamé la libre navigation des rivières, du point où elles deviennent navigables jusqu'à leur embouchure. Les Etats riverains du Rhin avaient récemment conclu avec la Hollande une convention relative à la navigation de ce fleuve. Or, par un protocole signé à Mayence le 30 mars 1831, ils s'étaient expressément réservé la faculté de communiquer avec Anvers et la Belgique par les eaux intermédiaires. Que fit la Conférence? En échange d'une dette de plusieurs millions de florins de rente, elle imposa à la Hollande l'obligation d'étendre à la Belgique un avantage déjà concédé à tous les Etats riverains du Rhin. Les stipulations de la Conférence n'étaient donc pas sans exemple, puisque l'exemple se trouvait sous la main. Six mois auparavant, la Prusse, la France, la Bavière, le Grand-Duché de Bade, la Hesse Grand-Ducale et le Duché de Nassau avaient réclamé le même privilège , sans soupçonner en aucune manière que cette demande impliquât l'anéantissement de l'indépendance de la Hollande. La clause qui provoquait tant d'indignation n'était au fond que l'application loyale d'un principe introduit dans le droit des gens par l'acte général du Congrès de Vienne. La seule innovation véritable consistait dans le droit accordé à la Belgique de concourir au pilotage, au balisage et à l'entretien des passes de l'Escaut en aval d'Anvers. Mais, d'une part, la Hollande avait plusieurs fois parlé de la fermeture de l'Escaut; d'autre part, la Conférence avait été avertie que, faute d'entretien des balises, la navigation des passes de

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