CHAPITRE VII
ce fleuve commençait à devenir difficile et même dangereuse. Il fallait donc prendre ici des précautions spéciales et extraordinaires. Le repos des deux peuples et les intérêts du commerce universel l'exigeaient à l'évidence. On ne doit pas prêter plus d'attention aux récriminations qui surgirent à l'occasion de la route et du canal que les Belges étaient autorisés à établir à travers le canton de Sittard. Non-seulement les vingt-quatre articles attribuaient à la Hollande , sur la rive droite de la Meuse , un territoire considérable qu'elle n'avait jamais possédé, mais encore, par le fait de cette attribution, les habitants du Limbourg belge étaient privés de la libre communication avec l'Allemagne dont ils jouissaient depuis des siècles. En offrant à la Hollande les districts de la rive droite de la Meuse qui ne lui appartenaient pas en 1790, la Conférence aurait commis une injustice révoltante si, en détachant ces districts de la Belgique, elle avait de plus privé celle-ci de tous les moyens de communication et de commerce qu'ils lui offraient avec les provinces riveraines du Rhin. En échange de quatre villes et de cent quarante-six villages enlevés aux Belges, on concédait à ceux-ci le droit de construire une route ou de creuser un canal sur le territoire dont on les dépouillait. Evidemment il n'y avait pas là de quoi légitimer cette indignation, ces reproches et ces plaintes. On peut en dire autant du droit de transit par Maestricht. Ce passage n'infirmait en aucune manière les mesures de défense et de sécurité applicables aux forteresses. Strasbourg, Metz, Mayence, Lille, Coblence, Erfurt, Magdebourg et cent autres places fortes sont traversées par des roules ouvertes au commerce, sans que les puissances auxquelles
ces forteresses appartiennent aient cru leur sécurité compromise. La Conférence n'entendait pas priver la Hollande du droit de fermer Maestricht en temps de guerre; car la guerre constitue un cas d'empêchement majeur qui a toujours été excepté. C'était même en vue de cette éventualité que la libre communication par Sittard avait été stipulée en même temps que le transit par Maestricht.
Les plaintes provoquées par la clause relative au syndicat d'amortissement n'étaient pas mieux fondées. Dans les tableaux fournis par les plénipotentiaires hollandais, figuraient des emprunts contractés par le syndicat. Ces emprunts, qui constituaient le passif de l'institution, avaient été compris dans les 8,400,000 florins de rente imposés à la Belgique. Les diplomates hollandais disaient : « En principe, il est impossible de se représenter une » liquidation comme profitable à l'une des parties et onéreuse à l'autre. Une semblable stipulation est contraire » à l'essence de toute liquidation. » En thèse générale, le raisonnement était fondé; mais, dans les circonstances actuelles , il n'était qu'un sophisme. La Belgique étant déjà grevée de sa part dans le passif, il ne restait plus qu'à partager l'actif (1).
Mais une prétention bien plus extraordinaire fut mise en avant. Renversant brusquement la base de tous les travaux de la Conférence, et cela au bout de seixe mois de négociations, les plénipotentiaires hollandais soutinrent que, jusque-là, ils n'avaient jamais attribué à Y indépendance de la Belgique un autre sens que celui
(I) La Conférence répondit victorieusement à toutes les objections. V. le Mémorandum du 4 janvier 1832. Papers relative to the affair* of Mtlgium, A, p. 173. — Recueil de pièces diplomatique^ T. II, p. 473,