CHAPITRE VU
c'était à peu près le système déjà produit le 5 septembre 4831 et rejeté par la Conférence (1).
Le 31 janvier 1832 était le jour fixé pour l'échange des ratifications. En faisant ces propositions la veille de l'expiration du terme, la Hollande, déjà assurée d'obtenir un délai de la part de l'Autriche, de la Prusse et de la Russie, se flattait de pousser au même parti les deux autres pays représentés à la Conférence. On le sait déjà, cette tactique adroite fut infructueuse. Les représentants de la France et de l'Angleterre passèrent outre, en laissant le protocole ouvert pour leurs collègues des autres cours.
Il serait fastidieux d'analyser les notes, les circulaires et les propositions qui furent produites dans le cours des négociations. Conseils, instances, prières, menaces, tout vint échouer contre l'inflexibilité réfléchie de Guillaume I er et de ses ministres. De temps à autre, on se montrait disposé à faire des concessions; mais bientôt après on en revenait au système de persévérance. Poussé dans ses derniers retranchements, Guillaume I er répondait invariablement qu'on avait violé à son détriment les bases de séparation admises par le protocole du 27 janvier 1831 (2).
(1) V. ci-dessus, p. 179 et suiv. — Le projet hollandais du 30 janvier se trouve dans les Papers relative to the affairs ofBelgium, A., p. 206.
(2) Quoique l'examen de l'annexe À du protocole du 27 janvier 1831 sorte de notre cadre , il est indispensable d'indiquer ici la portée réelle de cet acte diplomatique , si fréquemment invoqué dans les notes hollandaises. Les premiers articles de l'annexe A renfermaient des arrangements fondamentaux; les autres étaient des arrangements proposés pour le partage des dettes et les avantages commerciaux qui en seraient la conséquence. Dans les arrangements fondamentaux on trouve : la fixation des li mi 1rs de la Hollande telles qu'elles existaient en 1790; la formation du sol belge de tout le reste des territoires qui avaient reçu
Cependant les semaines et les mois s'écoulaient , et M. Van de Weyer ne cessait de réclamer des plénipotentiaires d'Autriche, de Prusse et de Russie rechange des ratifications du traité du 15 novembre. Cet état d'incertitude devait avoir un terme.
L'Autriche et les deux cours du Nord ne partageaient pas les illusions de Guillaume au sujet de l'instabilité des gouvernements de France et d'Angleterre. Forcés d'opter entre la dissolution du royaume des Pays-Bas et la guerre générale, les cabinets de Berlin , de St.-Pétersbourg et de Vienne préféraient abandonner la Hollande au sort que seize années d'imprudences et d'erreurs lui avaient fatalement préparé. Toute la difficulté consistait pour eux à dissiper les illusions de la cour de La Haye.
A cette fin, l'empereur Nicolas fit une dernière et solennelle démarche.
la dénomination de royaume des Pays-Bas dans les traités de 181&, sauf le grand-duché de Luxembourg; la libre navigation des fleuves et des rivières , selon les termes de l'acte général de Vienne ; l'échange des enclaves ; la neutralité perpétuelle de la Belgique et la prohibition de convertir le port d'Anvers en port militaire. Les autres parties de l'annexe n'étaient que des propositions faites aux deux parties. Il suffit de faire cette distinction pour s'apercevoir du peu de fondement du reproche adressé à la Conférence. Tous les arrangements fondamentaux se retrouvent dans les vingt-quatre articles. Il est vrai qu'une partie du Luxembourg y est remplacée par une partie du Limbourg; mais, dans le cours des négociations, les diplomates hollandais s'étaient constamment déclarés prêts à consentir à un échange territorial. Le cabinet de La Haye était d'autant moins en droit de se plaindre que , dans le cours de ces mêmes négociations , ses propres agents s'étaient plusieurs fois écartés des stipulations de l'annexe A. IN 'avaient-ils pas à diverses reprises élevé des prétentions au partage de l'ancienne principauté de Liège et des dix cantons cédés par la France , quoique la célèbre annexe eût expressément attribué ces territoires à la Belgique? M. Van de Weyer a publié à ce sujet une dissertation en règle , où toutes les objections imaginables sont victorieusement repoussées. (V. Goubau de Rospoul , La Hollande et la Conférence, p. 23 et suiv.).