‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 131 sur 155 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Le 23 février 1832, le comte Alexis Orloff, adjudantgénéral de l'Empereur, arriva à La "Haye et remit à M. Verstolk de Soelen une note destinée à faire connaître la marche qui serait désormais suivie par la Russie. Le comte Orloff offrait l'appui efficace de son souverain pour faire ajouter aux vingt-quatre articles des amendements relatifs à la natf gation des eaux intérieures, au balisage et au pilotage de l'Escaut, à la servitude de route et de canal par le canton de Sittard, à la liquidation du syndicat d'amortissement, à la capitalisation de la rente imposée à la Belgique; mais le diplomate russe exigeait comme condition sine qua non l'indépendance politique de la Belgique, la reconnaissance du prince Léopold et la signature du traité des vingt-quatre articles en même temps que celle des amendements indiqués dans sa note.

Le lendemain, le comte Orloff fut reçu par le roi. Quoique l'entretien fut confidentiel, il ne tarda pas à être connu dans tous ses détails. Guillaume en parla à ses conseillers, Orloff fit des confidences aux ambassadeurs de Prusse et d'Autriche, et bientôt les hommes influents de la cour et du corps diplomatique connurent toutes les phrases échangées entre le roi et l'adjudant-général.

Le comte Van der Duyn , alors gouverneur de La Haye, a consigné le récit de cette entrevue dans une lettre intime adressée au baron de Grovestins. « Après » que le roi, » dit M. Van der Duyn, a se fut plaint, comme »à son ordinaire, de ce qu'on ne se servait pas pour »lui de la même mesure que pour les autres, etc., etc., »lc comte Orloff lui dit qu'il n'était nullement venu • ici pour nier la justice de ces plaintes, mais qu'il était

» chargé par l'empereur, son maître, de représenter au »roi que c'était l'inévitable suite des circonstances, et » qu'il fallait se soumettre à l'inévitable loi de la nécessité; *que l'empereur était toujours animé des mêmes senti- »ments d'amitié et d'affection pour le roi et sa famille, »ce dont il croyait n'avoir cessé de donner des preuves; »mais qu'avant tout 11 se devait à la Russie et ne pouvait, sous ce rapport, laisser un libre cours aux sentiments de son cœur; que l'empereur en conséquence » l'avait chargé (lui, Orloff) d'engager le roi à accepter » préalablement les vingt-quatre articles; que, si le roi »s'y prêtait, il (comte Orloff) se rendrait à Londres et y » ferait, au nom de son maître, tous ses efforts pour » porter la Conférence à y apporter telles modifications »que le roi pourrait désirer et que lui, comte Orloff, » aurait jugées admissibles, sous le triple rapport du » territoire, de la navigation intérieure et de la capital!- »sation des sommes à payer par la Belgique aux termes »des vingt-quatre articles; qu'il était chargé de prier le »roi de lui faire part de son ultimatum; qu'il tâcherait » d'obtenir les meilleures conditions possibles, et que, »si Yultimatum n'était pas accepté, le roi ne serait pas »tenu par l'assentiment qu'il aurait donné (1); qu'au

(1) Cette phrase est obscure et pourrait induire en erreur sur la nature des concluions offertes par la Russie. M. Van der Duyn lui-même semble l'avoir compris ; car, un peu plus loin , il ajoute : « Le roi commençant par donner son assentiment aux vingt-quatre articles et par reconnaître l'indépendance de la Belgique , il serait convenu que , simultanément avec l'échange des ratifications des vingt-quatre articles et celui d'un vingt- cinquième stipulant la conclusion d'une convention additionnelle, il serait signé , entre la Hollande et la Belgique , sous les auspices de la Conférence et la garantie des cinq Puissances , un traité qui contiendrait les modifications obtenues. » Telles étaient en effet les offres du comte Orloff.

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