CHAPITRE VII
» surplus il devait lui faire observer qu'il n'était pas avenu ici pour négocier, mais pour donner au roi un » conseil; qu'il dépendait entièrement de Sa Majesté «d'accepter ou de refuser; que, dans la seconde de ces » alternatives, il n'y aurait rien de changé aux relations »de l'empereur avec le roi, mais que , dans ce cas, l'em- »pereur devait laisser les conséquences de ce refus pour »le compte du roi et de son peuple, et la responsabilité ipour le compte du roi... Il ajouta que, si le roi n'ac- »ceptait pas, ses instructions lui enjoignaient de proposer »à la Conférence, de concert avec les plénipotentiaires »de Prusse et d'Autriche, les mesures nécessaires pour » donner exécution aux vingt-quatre articles (1). »
Ce langage sévère n'eut pas le bonheur de triompher de la persévérance de Guillaume I er . Avouant franchement que son unique désir était de réduire les rebelles à l'obéissance, en leur accordant tout au plus une séparation administrative, il s'étonnait, disait-il, que l'empereur couvrît de sa protection les révolutionnaires de Bruxelles, tandis qu'il étouffait la révolution polonaise dans le sang de ses apôtres. Le comte Orloff s'inclina sans répondre.
Le diplomate russe dîna à la cour. Ici nous rendrons la parole à M. Van der Duyn de Maasdam : «Après le diner,» dit-il, « le roi, suivant son usage, prit le comte à part et, » revenant sur la conversation du matin et les commu- »nications officielles de l'adjudant-général russe, se » répandit de nouveau en plaintes et en récriminations. »Le roi se monta peu à peu au point de se permettre de
(1) Notice et souvenirs du comte Van der Duyn de Maasdam, etc. p. 515 cl 514.
adiré : Non, j'aimerais mieux périr que de consentir à de » telles conditions. Aussitôt le comte Orloff se retira de » trois ou quatre pas, et faisant au roi une profonde » révérence, eut l'air de dire : C'est entendu, ma mission »est finie, je n'ai plus qu'à m'en retourner. Ce mouvement » d'admirable présence d'esprit et d'une convenance par- » faite fut tellement marqué et à propos, que le roi ne s'y » trompa pas un moment; aussi, se rapprochant de son • côté, s'empressa-t-il de dire : Non, Monsieur le comte, t>cc n'est pas là ma réponse à votre communication, et la » conversation fut interrompue sur ce sujet (1). »
Malgré ses efforts, ses conseils et ses remontrances, le comte Orloff échoua dans sa mission. Le roi lui avait fait, à la vérité, quelques concessions; mais toute l'éloquence du diplomate russe avait été impuissante à obtenir du monarque néerlandais une adhésion pure et simple aux propositions de l'empereur Nicolas. Dans l'ordre politique, Guillaume offrait de reconnaître l'indépendance de la Belgique et la royauté du prince Léopold; dans les arrangements territoriaux relatifs au Limbourg, il déclarait se contenter de la limite du Zuid- Willemsvaart , avec les communes bordant ce canal à l'ouest et un rayon nécessaire pour la sûreté de Maestricht; dans le différend relatif à la capitalisation delà dette, il proposait de prendre pour base un taux plus équitable que la cote du mois de juillet 1830; mais là s'arrêtaient les concessions. Pour le Luxembourg notamment, le roi continuait à réclamer une indemnité territoriale complète, si la Belgique tenait à conserver le Grand-Duché.
(1) Notice H souvtnirs du comte Van der Duyn, etc., p. 5ib.