‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 138 sur 155 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

en quelque sorte une partie des titres de l'indépendance nationale. Quel parti eût-on pris si l'Autriche et la Prusse se fussent opposées à ce nouvel échange de documents diplomatiques? Mieux valait conserver les avantages acquis. Quatre grandes Puissances avaient reconnu l'indépendance nationale et la royauté du prince Léopold. Malgré la manifestation de quelques vœux imprudents et le silence de la Confédération germanique, ce résultat n'était pas à dédaigner.

Mais ne convenait-il pas de restituer au moins la ratification russe? Cette mesure violente aurait encore offert des inconvénients de plus d'une espèce. Il eût été puéril de songer à faire revenir la Russie sur ses pas. La restitution Saurait produit d'autre résultat que de nous attirer l'hostilité patente de l'empereur Nicolas. D'ailleurs, nonobstant ses réserves, l'acte de ratification de la Russie offrait une importance qui n'avait pas échappé à l'attention des hommes d'Etat. En bornant ses réserves aux articles IX, XII et XIII du traité, l'empereur admettait en principe la dissolution du royaume des Pays-Bas et la nécessité d'attribuer aux Belges les prérogatives de nation indépendante. C'était une renonciation formelle aux prescriptions des traités de 1815. D'ailleurs les autres puissances n'en restaient pas moins liées.

Le ministère crut que dans ces circonstances le parti le plus sage était d'accepter sans murmure les faits accomplis (1).

(1) Il fallait, d'ailleurs, tenir compte des embarras intérieurs de la France et de l'Angleterre. Le gouvernement belge avait compris cette nécessité. Dans son rapport du 12 mai , M. de Meulenacre disait à la

Bientôt il fallut défendre ce système devant la représentation nationale.

Use violente tempête parlementaire éclata au sein des Chambres, lorsqu'elles apprirent que trois puissances représentées à la Conférence avaient fait des réserves dans la ratification du traité. En acceptant les conditions onéreuses imposées par l'Europe , les partisans du traité croyaient avoir atteint les dernières limites des sacrifices compatibles avec l'existence d'une Belgique indépendante. La Conférence de Londres et le ministère belge avaient constamment déclaré que les stipulations des vin$t-quatre articles étaient définitives et irrévocables. L'indignation des représentants de la nation était toute naturelle, au moment où l'Autriche, la Prusse et la Russie parlaient de nouvelles concessions à faire aux exigences de la Hollande,

L'attitude de M. de Meulenaere fut aussi habile que digne. Appelé au sein de la Chambre des représentants, il n'eut pas de peine à prouver que les réserves de l'Autriche et de la Prusse n'étaient pas de nature à motiver la restitution des actes de ratification. Quant aux réserves de la Russie, le ministre avoua franchement que M. Van de Weyer avait outrepassé ses instructions. « Le plénipotentiaire belge, » disait-il, « n'était pas autorisé à recevoir des ratifications conditionnelles ; je «regrette qu'il n'ait pas voulu courir les chances d'un » nouveau retard en en référant au gouvernement ; il a

Chambre des représentants : « Si nous nous sommes abstenus d'user de «tous nos droits , c'est que les circonstances politiques , et notamment »lcs embarras intérieurs des deux grandes Puissances qui se sont associées à notre cause , nous prescrivaient de grands ménagements. »

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