CHAPITRE VU. i
»été dominé sans doute par cette idée qu'il importait »au plus tôt de mettre le traité du 15 novembre à l'abri »de toutes les fluctuations ministérielles, et il a cédé » probablement à des nécessités que , par sa présence »sur les lieux, il était peut-être plus à même que le » gouvernement d'apprécier (1). » Le ministre fit ensuite ressortir l'importance que la ratification russe, nonobstant ses réserves, offrait dans les circonstances où l'Europe se trouvait placée. Pour la Russie, la question belge n'était ni dans les limites ni dans la dette. Il s'agissait avant tout de savoir si la destruction du royaume des Pays-Bas serait sanctionnée, si l'indépendance de la Belgique et sa dynastie nationale seraient reconnues. A ces questions capitales la Russie avait répondu affirmativement. En présence de ce fait essentiel, des réserves portant sur des intérêts secondaires perdaient beaucoup de leur importance. Après avoir habilement développé cette thèse, M. de Meulenaere termina son discours en prenant, au nom du gouvernement belge, l'engagement formel de s'opposer à toute concession ultérieure et de réclamer l'évacuation du territoire comme préliminaire indispensable d'une négociation nouvelle.
Une série de motions violentes succéda au discours du ministre. « Si la conduite de M. Van de Weyer n'est pas » désavouée, » s'écriait M. Dumortier, « les Belges n'ont «plus de patrie. » — « Nous nous attendions, » ajoutait M. H. de Brouckere, « au désaveu du gouvernement, au » renvoi de la ratification russe. Nous nous trompions : » c'est de nouveau de l'hésitation , de la faiblesse, des
(I) Rapport du 12 mai, Moniteur du 14.
»attermoiements qu'on nous annonce. Il est temps de » couper court à tant de tergiversations. Si le ministère »ne veut pas prendre des mesures énergiques, c'est à «nous à les provoquer... Nous avons été joués par la ^diplomatie. Le temps est venu de prendre une attitude » digne du peuple belge, digne de l'honneur national ouvragé.» — L'œil enflammé, la voix vibrante , le geste menaçant, M. Gendebien en appelait des décisions des rois au tribunal des peuples. «Les souverains, » disait-il, «sentent bien qu'ils régnent contre nature. Ils craignent »que le tableau d'un peuple heureux et libre ne fasse » surgir chez eux des imitateurs : ils veulent étouffer la » révolution. » — M. Leclerq fit un appel aux armes. « Si »vous voulez être une nation,» disait cet orateur, «il faut »agir comme une nation, ne pas vous laisser déshonorer, »ne pas vous laisser fouler aux pieds. Si vous voulez être »une nation, il ne faut pas continuer ce système bâtard »qui nous rend la risée de l'Europe... Si vous ne pouvez » exister par vous-mêmes, je n'hésite pas à le dire, » réunissez-vous à une nation assez puissante pour »vous protéger. » — Et toutes ces paroles ardentes provoquaient des applaudissements enthousiastes sur les bancs de la Chambre et dans les tribunes. Les motions énergiques étaient d'autant mieux accueillies que l'attitude des puissances faisait naître l'appréhension de nouveaux sacrifices pour la Belgique, de nouveaux avantages pour la Hollande. «Voyez, » s'écriait M. Destouvelles , « voyez la Prusse et l'Autriche se » charger de la question du Luxembourg, la Russie »se réserver celle de la navigation, du chemin de »Sittard et de la dette. La distribution des* rôles est