CHAPITRE II. îl
brageuse lui faisaient repousser les conseils de plusieurs officiers distingués qui se trouvaient à la tète des régiments. Le colonel L'Olivier, le plus ancien de son grade et à ce titre destiné à prendre au besoin le commandement en chef, était tenu dans l'ignorance la plus complète des démarches et des projets de son général. Sous prétexte de ne pas abaisser son autorité devant ses colonels, Daine se jetait dans les bras des subalternes. Parfois des ordres étaient donnés au nom du général sans qu'il en soupçonnât l'existence. On était mécontent les uns des autres; la confiance disparaissait et le désordre régnait au quartier-général (1).
Examinons maintenant les forces et la position de l'armée de l'Escaut.
Quinze jours avant l'invasion, l'armée de Tieken, cantonnée dans la province d'Anvers, comptait tout au plus 13,000 hommes disponibles. Apartl'état-major, qui offrait incontestablement des garanties plus fortes, tout ce que nous avons dit de l'armée de la Meuse s'applique à l'armée de l'Escaut. Dédaignant de faire un tableau de fantaisie, nous laisserons à Tieken lui-même le soin de nous signaler la faiblesse et l'éparpillement de ses troupes. Dans une lettre écrite à Daine le 8 juillet 1831, trois semaines avant l'invasion hollandaise, il dit à son collègue : « Depuis mon » départ de Bruxelles je n'ai reçu aucune espèce de renfort. »Vous savez qu'une armée d'observation devait m'être » envoyée successivement jusqu'à concurrence de 10,000 » hommes, dont 2,000 de troupes de ligne et 8,000 de
(!) Réponse au Mémoire du général Daine, par le colonel L'Olivier * p. 2.
22 août 1831.
» garde civique, pour former le blocus de la citadelle » d'Anvers, garder la ville et l'étendue des côtes de l'Es- »caut qui sont garnies de batteries ; vous savez que vous »et moi devions avoir chacun 15,000 combattants. Eh »bien! je n'ai pas reçu un seul homme de renfort, et il »s'en faut de beaucoup que j'aie 15,000 hommes en »tout (1). Ainsi, avec ce peu de ressources, je garde » Anvers, j'occupe trois villages sur la rive gauche de » l'Escaut, je garde les batteries des côtes sur la rive » gauche et je forme le blocus de la citadelle. Je m'étends »en outre depuis Wilmerdonck et les villages avoisinants, «jusqu'à Turnhout,Casterlé et Gheel. La chaussée depuis » Anvers est échelonnée par mes troupes jusqu'à West- »Wczel; je m'étends le long de la frontière depuis WestaWezel, Loenhout, Meer, Minderhout,Wortel, Merxplas, »Turnhout, Casterlé et Gheel... Je n'ai que deux batte- »ries d'artillerie, tandis que l'ennemi a ses principales » forces dans les environs de Tilburg, Breda, Berg-op- »Zoom et Roosendael, et qu'il est plus que probable, s'il » tente la moindre des choses, que ce sera sur Anvers (2).» A ce tableau saisissant nous n'ajouterons qu'une seule réflexion, c'est que Tieken, pas plus que Daine, ne possédait les qualités requises chez un général en chef. Après avoir été l'un des officiers les plus brillants de l'Empire, il s'était retiré du service dans les premières années du
(1) Il ne faut pas oublier que la lettre de Tieken est datée du 8 juillet. Les jours suivants , il reçut des renforts. Au moment de l'invasion , le 3 août, l'armée de l'Escaut avait un effectif nominal de 22,670 hommes (V. lech. IV).
(2) Daine reproduit cette lettre dans son Mémoire au Roi sur les opérations de l'armée de la Meuse , p. 40.