CHAPITRE II
royaume des Bays-Bas. L'âge et une longue inactivité avaient usé son énergie. De tout ce qu'il était jadis , Tieken n'avait conservé que son patriotisme, son dévouement et son courage. Il n'avait d'ailleurs jamais commandé qu'en sous-ordre. Placé à la tête d'un corps d'armée, il manquait à la fois d'études théoriques et d'expérience.
En jetant un coup d'œil sur les cantonnements des deux armées , l'homme le plus étranger aux opérations militaires doit éprouver un sentiment mêlé de surprise et d'indignation. Daine s'étend de Venloo à Herck-Ia- Ville. Les détachements de Tieken se prolongent d'Anvers à Gheel. De Herck-la-Viile à Gheel, il y a donc une étendue de plusieurs lieues complètement dégarnie de troupes. Il y a une aile gauche et une aile droite, sans centre! Le point le plus important de la ligne était sans défense (1)! Comment expliquer cette négligence qui tient du vertige? Comment ne s'est-on pas aperçu que l'ennemi, pénétrant par cette trouée et se portant en masse sur Diest, pouvait s'opposer à la jonction des armées de l'Escaut et de la Meuse, culbuter le corps de Daine, se porter sur Saint-Trond et prendre la grande route de Liège à Bruxelles? La faute n'est imputable ni à Daine, ni à Tieken ; elle pèse de tout son poids sur le département de la guerre. Dès le 31 mars, Daine avait écrit au Régent : « L'ennemi à concentré ses forces, et s'il » vient se placer hardiment entre l'armée qui se trouve » dans la province d'Anvers et la mienne, il peut ravi- » tailler Maastricht et nous battre séparément avant que
(1) Diest n'était pas encore fortifie à cette époque.
Si AOUT 1881.
tmous ayons pu mus rejoindre, parce que partout il nous tsera supérieur et que nous sommes disséminés, dispersés *méme, sur une ligne d'opération trop étendue... Mes » soldats sont braves; mais que pourraient-ils contre »des forces triples? Je ne redoute pas les chances des » combats, mais je grains d'être déshonoré, parce que l'on » attend beaucoup de moi avec des moyens nuls (1). » Ne recevant pas de réponse, le général s'adresse, le 6 juillet, à son collègue de l'armée de l'Escaut, pour le prier de faire occuper Diest et les environs par un corps intermédiaire; mais Tieken, ayant lui-même des troupes insuffisantes, est forcé de repousser la demande. De guerre lasse et voyant son flanc gauche découvert, Daine envoie deux bataillons et un escadron à Tessenderloo et à Beeringen. C'était une barrière insuffisante que les colonnes ennemies devaient aisément briser au passage, mais il n'était pas possible de détacher du centre de la petite armée de la Meuse un plus grand nombre de troupes.
Tel était l'état des choses lorsque plusieurs indices peu équivoques vinrent prouver que les Hollandais s'apprêtaient à franchir nos frontières. Le 26 juillet, après une revue faite par le roi Guillaume, le prince Frédéric data de son quartier-général de Breda une proclamation belliqueuse, dans laquelle, sans annoncer en termes exprès l'invasion de la Belgique, il disait cependant à ses troupes : « Marchant sous la protection du Dieu qui a si souvent • sauvé la Hollande et sa dynastie, vous saurez combattre
(1) Mémoire au Roi, p. 6S.