BULLETINS DE L'ARMÉE DU PRINCE D'ORANGE (I
1 er Bulletin.
AU ROI
Quartier-général de Baerle-Hertog , 3 août 1831.
J'ai l'honneur d'informer Votre Majesté que le premier mouvement de l'armée a été exécuté conformément aux
(1) Durand, Dix jour* de campagne, p. 233 et s.
dispositions prises dans la journée d'hier, par suite duquel la première division se trouve en avant de Baerle- Herlog, ayant ses avant-postes à Sonderreygen et Baerle- Brugge. Un combat a eu lieu près du premier de ces endroits entre le 2 e bataillon de chasseurs et l'ennemi, dont les forces pouvaient s'élever à 400 hommes. Trois volontaires faisant partie de ce bataillon ont été blessés. L'ennemi s'est retiré jusqu'à Merxplas.
La seconde division occupe Poppel et Weelde, et a ses extrêmes avant-postes entre YEel et Ravels où un combat a eu lieu sous mes yeux entre le 2 e bataillon de la 18 e afdeeling, commandé par le major Tegelaar, et des chasseurs ennemis , soutenus par quelque cavalerie. Ce bataillon a chassé l'ennemi de l'intérieur des maisons et du bois voisin à la baïonnette. Le Duc de Saxe-Weimar et le colonel Baggelaar se sont placés à pied à la tête du bataillon et ont dirigé cette attaque avec un courage digne des plus grands éloges.
J'ai l'honneur de recommander à la bienveillance particulière de Votre Majesté le major Tegelaar, commandant de ce bataillon.
La cavalerie, sous les ordres du général Post, et l'artillerie de réserve sont au bivouac près d'Alphen.
Je me propose de me porter en avant aujourd'hui avec la première et la seconde division, en y joignant la brigade de cuirassiers et trois batteries d'artillerie volante, pour tâcher de me rendre maître de Turnhout.
Le Commandant en chef de l'armée des Pays-Bas,
GUILLAUME
Prince d'Orange.
2* Bulletin, AU ROI.
Quartier-général de Turnhout, 3 août 1831, au soir.
J'ai l'honneur d'informer Votre Majesté que nous nous sommes portés aujourd'hui vers Turnhout sur trois colonnes. La 2 e division qui s'était emparée déjà hier soir du village de Ravels près duquel se trouvait Nielion avec quelques bataillons et deux pièces de canon, a débouché de ce village ce matin à 5 heures. Elle rencontra bientôt les troupes de ce chef ennemi. Après une courte résistance, celui-ci se retira, poursuivi par la 1™ brigade de la 2 e division, qui occupa Turnhout abandonné par les troupes belges. Toute cette opération a été exécutée avec une perte très-légère de notre part.
L'ancien Turnhout fut occupé par la 2 e division. La 4 re quitta ses bivouacs ce matin à quatre heures, traversa Merxplas et Beere, et prit position en travers de la chaussée de Turnhout, du côté d'Anvers près le village de Vorselaer. La brigade de cavalerie, sous les ordres du général Post, ainsi que l'artillerie de réserve, s'avança jusqu'à la hauteur de la bruyère de Ravels.
Mon quartier-général se trouve ici à Turnhout.
Je viens d'établir aujourd'hui mes communications avec la 3 e division, qui occupe les villages d'Arendonk et de Rethy.
D'après les rapports que je viens de recevoir, les troupes commandées par Nielion se seraient retirées sur la route de Lierre, où il paraît que d'autres troupes ennemies se sont également concentrées.
J'espère avoir l'honneur d'informer demain Votre
Majesté des événements qui se seront passés dans le courant de cette journée.
Le Commandant en chef de l'armée des Pays-Bas,
GUILLAUME
Prince d'Orange.
3 e Bulletin.
AU ROI
Quartier-général de Turnhout, 4 août 1831.
J'ai l'honneur d'informer Votre Majesté que mon quartier-général est resté établi ici aujourd'hui. La 2 e division a marché en avant pour passer la nuit à Gheel. La 2 e brigade de la l re division tient sa position d'hier sur la grande route de Turnhout à Anvers r près du village de Vorselaer. La 3 e division doit entrer aujourd'hui à Moll. La brigade du général Post, avec l'artillerie de réserve, se trouve aujourd'hui à Casterlé. J'espère établir demain mon quartier-général à Gheel, et faire avancer l'armée jusque sur la rivière le Demer.
Le Commandant en chef de l'armée des Pays-Bas,
GUILLAUME
Prince d'Orange.
4 e Bulletin.
AU ROI
Quartier-général de Glieel, 5 août 1831.
J'ai l'honneur d'informer Votre Majesté que l'armée a exécuté aujourd'hui de la manière suivante un mouvement en avant très-avantageux et d'une grande importance, considéré sous le rapport militaire.
La 2 e division sous les ordres du Duc de Saxe-Weimar, quitta de grand matin Glieel et se dirigea vers Diest.
Quelque cavalerie ennemie se trouvait encore le matin dans cette ville; mais à l'approche de notre colonne, que précédaient quelques lanciers , elle évacua la place et se porta vers Hasselt. La 2 e division a occupé Diest et les environs sur la gauche jusqu'au village de Sichem, et sur la droite jusque près de Halen.
La l re division, commandée par le lieutenant-général Van Geen, quitta Turnhout et alla occuper Gheel et Casterlé.
La 3 e division, sous les ordres du lieutenant-général Meyer , quitta Moll dans l'intention d'aller occuper Beeringen et les environs. Dans cette marche elle rencontra l'ennemi à Oostham. Le général donna aussitôt l'ordre d'attaquer le village, et l'ennemi se retira immédiatement sur Quaad-Mechelen. Arrivé dans les environs de Beeringen, le général rencontra encore une fois l'ennemi, cette fois en assez grand nombre ; le général le fît aussitôt attaquer par les chasseurs volontaires et par le bataillon de flanqueurs de la 13 e afdeeling. L'ennemi s'enfuit promptement dans toutes les directions; mais nous avons à déplorer la perte de l'étudiant Beekman. Le général parle avec le plus grand éloge de la conduite du corps entier des chasseurs volontaires de Leyde.
Le général a fait plusieurs prisonniers à Beeringen où il a établi son quartier-général.
J'ai l'honneur d'envoyer ci-joint à V. M. une copie du rapport du général Meyer.
Mon quartier-général est établi ici à Gheel.
L'armée entière se reposera demain 6 et restera dans les positions précitées.
Le Commandant en chef de l'armée des Pays-Bas,
GUILLAUME
Prince d'Orange.
À S. A. R. le Prince d'Orange.
Quartier-général de Beeringen, 5 août 1831.
J'ai l'honneur de porter à la connaissance de V. A. R. que je suis arrivé ici cet après-midi à trois heures, après avoir laissé à Beveiioo les escadrons de hussards , ainsi que l'artillerie légère et un bataillon d'infanterie. Les escadrons de dragons ainsi qu'un bataillon d'infanterie ont été détachés vers Pael, et deux bataillons d'infanterie vers Coursel. Les autres corps ainsi que la batterie d'artillerie ont pris position sur une hauteur en avant de la ville ; les corps de chasseurs sont restés ici pour maintenir l'ordre.
Voici pour quels motifs les troupes sont arrivées aussi tard.
En arrivant ce matin près le village d'Oostham, j'appris que l'ennemi s'y trouvait encore ; je fis alors faire une reconnaissance par les chasseurs volontaires et quelques hussards. Ceux-ci ne tardèrent pas à rencontrer l'ennemi et à en venir aux prises avec lui; cependant il se retira immédiatement sur Quaad-Mechelen; il ne fut pas possible de l'atteindre, parce que la cavalerie ne put le poursuivre à cause de l'épaisseur du bois. Dans cette attaque l'étudiant Huet a été blessé.
Etant ensuite arrivé avec la colonne dans les environs de Beeringen, nous y trouvâmes l'ennemi avec des forces assez considérables (1); toutefois il fut impossible de faire une attaque régulière. Nos troupes, tant les chasseurs volontaires que le bataillon de flanqueurs de la 13 e division, l'attaquèrent vivement et le mirent en
(1) Le général se trompe. Il n'y avait à Beeringen qu'un bataillon d'infanterie nouvellement organisé (T.).
fuite de toutes parts. L'étudiant Beekman a péri dans cette affaire et le nommé Stollé a été blessé.
Je reçois à l'instant la nouvelle que l'ennemi se retire sur Diest, mais que quelques-uns d'entre eux, à la poursuite desquels on s'était mis, s'arrêtent dans les bois qui se trouvent sur cette route.
Par suite de la dépêche de V. A. R. en date du 4 de ce mois, n° 1386, la division, ainsi que la brigade de cavalerie, se reposera demain.
J'ai donné connaissance à S. Ex. le lieutenant-général Cort-Heiligers de mon arrivée à Beeringen.
Le Lieutenant-Général commandant la 3 e division militaire.
Signé: MEYER.
P. S. Les chasseurs volontaires de Leyde se sont parfaitement bien conduits dans cette circonstance, surtout allant au feu pour la première fois. Un sergent et quatre hommes ont été faits prisonniers par nos troupes.
5 e Btdletin.
AU ROI
Quartier-général de Diest, 7 août 1831.
J'ai l'honneur d'informer Votre Majesté que j'ai établi ce matin mon quartier-général ici.
La 2 e division s'est portée en avant et a pris position à St-Trond.
La 3 e division a pris position à Herck, à moitié chemin de Diest à Hasselt.
Le corps d'armée du lieutcnant-gcncral Cort-Heiligers est cantonné à Ueusden.
D'après différents rapports de ce général, les gardes communales doivent s'être distinguées par un courage digne des plus grands éloges dans chacun des combats qui ont eu lieu.
Le Commandant en chef de l'armée des Pays-Bas,
GUILLAUME
Prince d'Orange.
6 e Bulletin.
AU ROI
Quartier -général de Curingen, 8 août 1831 , 8 heures du soir.
J'ai l'honneur d'informer Votre Majesté que l'armée royale a eu le bonheur de prendre aujourd'hui en flanc les troupes ennemies placées sous les ordres de Daine, généralement connues s^us le nom d'armée de la Meuse, de les forcer à évacuer Hasselt et à se replier, sur Tongres. Votre Majesté appréciera certainement tous les avantages qui résultent de l'occupation de Hasselt. Ce point nous ouvre des communications faciles avec Maestricht et Bois-le-Duc.
Voici comment a été exécutée cette importante opération.
Les troupes de l'aile gauche , sous les ordres du lieutenant-général Cort-Heiligers , s'avancèrent de Heusden jusqu'à Sonhoven. En même temps je formai un corps considérable entre Diest, Halen, Herck et Berbrouck, et laissai en garnison à Diest la seconde brigade de la première division commandée par le général-major Favauge. Ce corps se composait de la 3 e division (général Meyer) placée à Herck et Berbrouck, soutenu
par la brigade de cavalerie légère sous les ordres dur. général-major Boreel; à Halen se trouvait la l r « brigade de la l re division sous les ordres du général-major Schuurman, et là était aussi le lieutenant-général Van Geen; la brigade de cuirassiers, sous les ordres du général-major Post, et quatre batteries d'artillerie de réserve soutenaient cette brigade d'infanterie. Mon plan était d'obliger Daine, par la force des armes, à abandonner ses positions devant, dans et à l'entour de Hasselt. Je me trouvai moi-même, avec mon frère bienaimé et l'état-major du quartier-général, à la tète de la 3° division. Ce corps d'armée ainsi composé lit son mouvement en avant sur la grande route de Diest à Hasselt (1). J'avais en outre donné ordre à la 2 e division , sous les ordres du Duc de Saxe-Weimar, de quitter pour le moment St-Trond T et de se porter en avant sur Hasselt afin d'envelopper Daine du côté de St-Trond et de Tongres (2). J'avais des motifs pour croire que Y armée de la Meuse voulait nous attendre à Hasselt, ou même venir nous attaquer dans la direction de Diest. Cette opinion était fondée sur ce que les positions de Sonhoven et le village de Houthalen étaient encore occupés la veille au soir (7 août) par cette armée, et que la cavalerie légère, sous les ordres du général-major Boreel, qui occupait les villages de Kermpt, Herckenrode et circonvoisins, avait été attaquée dans cette même soirée par une forte colonne sortie de Hasselt et s'était même vu forcée à se retirer à BerbroucU' derrière la l re brigade de la 2 e division.
Le terrain où était campée la cavalerie était trop couvert de broussailles pour qu'elle pût exécuter quelque mouvement. L'infanterie de cette première brigade de
(1) La route pavée de Hasselt à Diest n'était pas encore construite {T.).
(2) Même remarque pour les chaussées de Diest à St-Trond et de eette ville à Hasselt (7\).
la 3 e division , sous les ordres du colonel Hocker , repoussa immédiatement cette colonne jusqu'à Kermpt y après quoi elle retourna à Curingen (1). C'est dans et près ce village que je rencontrai l'ennemi ce matin. Je fis immédiatement attaquer le village par les chasseurs de Leyde et les corps de chasseurs de la Hollande septentrionale et de Groningue que j'envoyai en tirailleurs. Il sembla alors que l'on voulût faire une attaque sur nous, ce qui me força à déployer quelques bataillons et à prendre position à droite et à gauche du chemin le long duquel nous nous avançâmes. Mon aile droite s'appuyait sur le bois de Steevoort, qui fut occupé par un bataillon de la l re brigade, 3 e division. L'aile gauche était couverte par le village de Herckenrode que je fis fortement occuper.
Entre les bataillons déployés était placée la batterie d'artillerie de campagne , et à mon aile droite, entre le bois et les troupes qui l'occupaient, j'avais fait placer deux pièces d'artillerie légère. Le déploiement d'un nombre de troupes aussi considérable fut probablement ce qui détermina l'ennemi à ne pas continuer son mouvement en avant avec mes troupes rangées en bataille comme je l'ai indiqué. Les corps de chasseurs volontaires agirent seuls en tirailleurs. L'ennemi évacua le village à notre approche. Nous le traversâmes aussitôt et prîmes position à l'autre extrémité en vue de Hasselt.
J'envoyai mon aide-de-camp le lieutenant-colonel Van Tuyl en parlementaire vers la ville, afin d'avertir la garnison ainsi que les habitants , que si l'on n'ouvrait immédiatement les portes, ou que si l'on osait se défendre malgré mes ordres , je les rendais responsables des suites funestes qu'aurait la prise de la ville par la
(I) S. A. R. se trompe. L'armée de la Meuse ne fut pas repoussée; les ordres de Daine déterminèrent seuls son mouvement de retraite dans la nuit du 7 août (r.).
force des armes. Le colonel Van Tuyl revint bientôt m'avertir que la garnison , ainsi que tout le corps sous les ordres de Daine se retirait sur Tongres et que son arrière-garde venait de quitter la ville à l'instant. 11 m'annonça aussi que les bourgmestre et échevins de la ville venaient à ma rencontre afin de me demander d'épargner la ville. Je le promis (1).
Je résolus alors de poursuivre immédiatement l'arrière-garde de l'ennemi et de l'attaquer si faire se pouvait. J'ordonnai donc au général-major Boreel de traverser la ville au trot avec sa brigade et une demibatterie d'artillerie légère et de poursuivre l'ennemi sur la route de Tongres.
Le général rencontra l'ennemi à la sortie de la ville, fit plusieurs attaques, et lui fit éprouver, avec sa cavalerie et son artillerie, une perte assez considérable. Le plus grand désordre régna aussitôt dans les rangs de l'ennemi, qui prit la fuite de toutes parts. Nous le poursuivîmes jusqu'à l'autre extrémité du village de Wimmertingen. Cette attaque du général Boreel eut pour premier résultat de faire tomber en notre pouvoir 3 pièces de 6, 2 obusiers et 7 caissons pour canon et obusiers ; à peu près cent hommes de toutes armes, beaucoup de chevaux de cavalerie et de train tombèrent aussi entre nos mains, ainsi que plusieurs chariots d'objets d'équipement sortis du magasin de Hasselt (2).
La déroute occasionnée à l'ennemi eut encore pour nous un autre résultat heureux; l'ennemi ayant dans sa
(1) Un vénérable prêtre , le doyen Vaesen , avait devancé les autorités communales. Le prince accueillit cette démarche avec autant de bienveillance que d'affabilité. Aucun abus de pouvoir ne fut commis à Hasselt {T.).
(2) Ainsi le prince lui-même affirme que la poursuite s'arrêta à l'extrémité du village de Wimmertingen. Il n'y a donc pas eu de combat à Gortessem (V. ci-dessus , p. 55).
fuile abandonné la grande route de Tongres, et cherchant à se sauver par des chemins de traverse, le Duc de Saxe- Weimar parvint encore, dans sa marche de St-Trond sur Hasselt, à lui faire 200 prisonniers parmi lesquels se trouvent trois officiers.
Mon quartier-général est encore pour le montent à Curingen; demain il sera établi à Hasselt. La ville est occupée par la l re brigade de la 3 e division, et le lieutenant-général Meyer y a fixé son quartier-général
Le Duc de Saxe-Weimar ira demain occuper St-Trond avec l'une des brigades sous ses ordres, et Looz avec l'autre.
La brigade qui se trouve à Diest me rejoindra demain et occupera Halen et Herck, en ne laissant à Diest qu'une forte garnison. Le lieutenant-général Cort-Heiligers se trouve à Sonhoven et dans les environs.
Il m'est on ne peut plus agréable de pouvoir recommander les troupes sous mes ordres à la bienveillance de Votre Majesté. Je ne puis assez louer leur zèle et leur courage.
Le Commandant en chef de l'armée des Pays-Bas,
GUILLAUME
Prince d'Orange.
7« Bulletin.
AU ROI
Quartier-général de St-Trond, 10 août 1831.
J'ai l'honneur d'informer Votre Majesté que j'établis hier mon quartier-général à Hasselt, et me proposai de marcher aujourd'hui sur Tongres, afin de forcer l'ennemi à se retirer sur Liège, lorsque le major Roloff m'apporta
la nouvelle inattendue que Tongres était occupé par le général-major Van Boecop, avec une partie de la garnison de Maestricht, consistant en infanterie, cavalerie et artillerie. J'avais envoyé ce major le 8 à Maestricht pour informer le lieutenant-général Dibbets de la prise de Hassell et des avantages que nous venions de remporter, et lui enjoindre en outre de faire faire une sortie sur Tongres le jour suivant 9 de ce mois. Le général Daine s'était précisément retiré la veille 8, jusque sur Liège. Le corps d'armée sous ses ordres paraît s'être tout-à-fait dissous à cette occasion. La route et la campagne étaient couvertes d'armes et d'habillements jetés par les soldats; les fuyards prirent toutes les routes, un petit nombre seulement arriva jusqu'à Liège (1). Par suite de cet événement j'ai décidé de marcher sur Louvain. Je fais avancer aujourd'hui à cet effet la 2 e division de St-Trond vers Tirlemont.
La 3 e division occupe St-Trond.
La l re se réunit à Diest.
Le général Cort-Heiligers occupe Hasselt.
La cavalerie légère sous les ordres du général Boreef est campée entre St-Trond et Tirlemont.
La brigade de grosse cavalerie, commandée par le général Post, et les batteries d'artillerie de réserve sont à Looz.
Mon quartier-général est ici à St-Trond.
Le Commandant en chef de l'armée des Pays-Bas,
GUILLAUME
Prince d'Orange.
(1) Le prince avait reçu des rapports exagérés. L'armée de la Même arriva en désordre à Liège ; mais le nombre des absents ne fut pas trèsconsidérable (T.).
8 e Bulletin.
AU ROI
Quartier-général de Tirlemont, 11 août 1831.
J'ai l'honneur d'annoncer à Votre Majesté que j'ai établi aujourd'hui mon quartier-général à Tirlemont, qui est occupé par la 2 e brigade de la 3 e divisien.
La l rc brigade, 3 e division, est à Cumptich, et une forte avant-garde à Bautersem.
La 2 e division, qui est à Bosstit et dans les environs, surveille les routes de Namur et Wavre à Louvain.
La l re division est à mon aile droite et occupe St-Joris-Winghe et les environs. Ce rassemblement de toutes les forces de l'armée a pour but de tenter demain une attaque sur Louvain.
L'avant-garde a été aux prises avec l'ennemi à Bautersem. L'affaire était en elle-même de peu d'importance; mais nous avons à déplorer la perte du lieutenantcolonel Valkenburg qui commandait les chasseurs de Groningue. 11 trouva là une mort glorieuse.
Le Commandant en chef de l'armée des Pays-Bas ,
GUILLAUME
Prince d'Orange.
9 e Bulletin.
AU ROI
Quartier-général de Tirlemont, 12 août 1831, 9 heures du soir.
J'ai l'honneur d'informer Votre Majesté que l'armée royale que j'ai l'honneur de commander a remporté
aujourd'hui un avantage éclatant sur Farmée ennemie commandée par Tieken de Tenhove. Le prince Léopold se trouvait à l'affaire. Les troupes ennemies ont été repoussées de toutes les positions où nous sommes venus les attaquer, et forcées à se retirer dans Louvain et sous le canon de cette ville.
Le résultat de cette affaire fut la demande d'une courte suspension d'armes, pour évacuer Louvain et remettre la ville aux troupes de Votre Majesté.
Les conditions de cette suspension par lesquelles l'ennemi reconnaissait sa défaite ont été dictées par moi.
Ce résultat a été obtenu de la manière suivante.
Dès cinq heures du matin, la 3 e division, sous les ordres du général Meyer, accompagnée de la brigade de cuirassiers commandée par le général Post et des batteries d'artillerie de réserve, se mit en mouvement.
Nous avions été obligés d'évacuer Bautersem la veille au soir et de faire retirer notre avant-garde jusqu'à Boosbeek, à cause des forces supérieures de l'ennemi.
Nous trouvâmes ce matin l'ennemi du côté de Louvain, près Bautersem, dans une position avantageuse, protégée encore par un bois et les maisons les plus avancées de Bautersem. Ses forces consistaient en infanterie et en artillerie. Je reconnus immédiatement que déboucher par le village et attaquer l'ennemi de front n'aurait d'autre résultat que de faire inutilement répandre beaucoup de sang. J'ordonnai donc de l'attaquer sur les deux flancs afin de le forcer à la retraite.
L'ennemi résista longtemps; mais lorsqu'il s'aperçut que nous étions maîtres sur son flanc gauche de quelques monticules que je fis occuper par les corps de chasseurs volontaires de la 3 e division, il se vit forcé de commencer promptement sa retraite ; nous le poursuivîmes aussitôt sur la route de Louvain.
Je venais de donner l'ordre de le poursuivre avec la
cavalerie afin de tirer quelque avantage de sa déroute, lorsqu'un parlementaire vint à moi sur la grande route.
C'était lord William Russell. Il apportait une lettre de sir Robert Adair. Elle était à l'adresse du Duc de Saxe-Weimar, parce que l'on croyait que le Duc commandait cette colonne. Elle contenait la demande d'une suspension d'armes et la nouvelle que l'avant-garde de l'armée française se trouvait déjà dans les environs de Wavre. Après un instant de réflexion, je déclarai que la seule chose qui pût me déterminer à consentir à une suspension d'armes était l'évacuation de Louvain et l'assurance positive qu'une armée française se trouvait déjà sur le territoire belge. Je voulus envoyer un officier s'assurer de ce dernier fait. Lord William Russell se retira et je continuai à me porter en avant. L'ennemi s'enfuit de toutes parts (1). A l'approche de Louvain nous le trouvâmes dans une position très-avantageuse sur les hauteurs de Pellenberg avec des forces considérables. Je le forçai à abandonner cette position en ordonnant à la l re division qui s'avançait du côté de St-Joris- Winghe de se placer de ce côté sur la même ligne de hauteur, et, arrivée sur le plateau, de se porter en avant sur Je flanc gauche de l'ennemi.
Ce mouvement fut exécuté avec beaucoup de promptitude et de bonheur par le général Favauge qui commandait la 2 e brigade de la l re division. Une courte canonnade faite de concert par ce général et le canon de la 3 e division obligea l'ennemi à abandonner cette position militaire extrêmement forte et à se retirer en toute hâte sur Louvain. Nous occupâmes alors ces
(i) Il y a ici et dans ce qui suit un peu d'exagération. La victoire des Hollandais fut loin d'être aussi facile. On peut consulter à ce sujet Durant, Dix jours de campagne, p. 153 et suiv. — Nous avons d'ailleurs recueilli un grand nombre de renseignements fournis par des témoins oculaires {T.).
mêmes positions, et en outre la grande route et les \ hameaux situés sur notre flanc gauche. Nous nous J trouvions à la portée d'un coup de canon de Louvain. J'attendais cependant le résultat du message que lord Russell avait dû porter à sir Adair en réponse à sa lettre. | Sir Adair vint lui-même, il demanda une suspension | d'armes. Je déclarai ne pouvoir accepter d'autres con- , ditions que l'entière évacuation de la ville par Léopold et l'armée belge. Sir Robert Adair prit sur lui de faire exécuter ce que je demandais.
Aussitôt après sa rentrée dans la ville, je vis paraître un officier de l'état-maj or-général des Belges, qui vint me demander quelles conditions je voulais dicter.
Je les fis rédiger par le chef de Tétat-major-général , le lieutenant-général Constant de Rebecque, et exigeai une prompte réponse. Je la reçus immédiatement , ratifiée par le général en chef ad intérim de l'état-major belge, À. Goblet. Aussitôt après la conclusion de ce traité, j'ai fait bivouaquer les troupes dans les positions qu'elles occupaient. Je dois encore annoncer à Votre Majesté que, pendant ces négociations, une vive canonnade partit de la porte de la ville sur nos troupes. Ne pouvant en connaître la cause j'envoyai aussitôt en parlementaire le capitaine Van Stirum, de l'état-i&ajor du prince Frédéric , demander au commandant de la place les causes de cette conduite qui paraissait être une trahison.
Le capitaine Van Stirum revint bientôt avec un officier belge, qui témoigna combien il était peiné de ce qui arrivait, et assura que cela était tout-à-fait en opposition avec les ordres positifs donnés par le commandant des troupes campées dans les environs. Nous avons à déplorer dans cette attaque la mort du lieutenant d'artillerie Prinsen et la perte pour le service du brave colonel Gallières, dont la jambe gauche a été
emportée par un boulet de canon. Son fils, qui faisait auprès de son père les fonctions d'adjudant de ce même régiment de cuirassiers, fut malheureusement frappé de la même manière par le même boulet.
Le Duc de Saxe-Weimar, à la tête d'un corps d'armée, composé de la 2 e division sous ses ordres, d'une brigade de cavalerie et de l'artillerie nécessaire, quitta ce matin à trois heures ses positions près Nethène (1) et les environs, tourna la ville de Louvain, et alla se placer sur la route de Louvain à Bruxelles, sur la hauteur appelée Montagne de Fer. Ce mouvement fut par lui aussi habilement conçu qu'heureusement exécuté.
Le Duc a, dans cette circonstance, comme dans toute «ette campagne de dix jours , déployé de la manière la plus brillante son indomptable courage et ses talents militaires. Il doit avoir été aux prises avec l'ennemi, car j'entendais le feu de son corps d'armée de l'autre côté de la ville. Je n'ai pas à ce sujet d'informations ultérieures , mais je viens d'envoyer mon aide-de-camp , comte Van Limburg Stirum, l'avertir de la suspension d'armes qui vient d'être conclue.
Le Commandant en chef de l'armée des Pays-Bas,
GUILLAUME
Prince d'Orange.
10 e Bulletin.
AU ROI
Louvain, 13 août 1831, 3 lieures de l'après-midi.
J'ai l'honneur d'informer Votre Majesté que, par suite du traité conclu hier, la ville de Louvain a été remise
(1) Netken près Rhodes-Ste-Agathe.
aujourd'hui à midi, par les troupes sous les ordres de Niellon, à la l re brigade de la 3 e division. Les troupes de V. M. ont été bien accueillies dans la ville. En me rendant de Tirlemont à Louvain, je rencontrai l'envoyé de France comte Belliard et le général Lawoëstine , qui commande l'avant-garde de l'armée française sous les ordres du maréchal Gérard, que le maréchal m'expédiait pour nrïn former que l'armée française s'était déjà avancée sur mon flanc gauche jusqu'à Grez en avant de Wavre. Ces deux Messieurs me communiquèrent l'avis officiel des arrangements pris entre Votre Majesté et la France, par suite desquels la paix ne sera pas troublée entre la Hollande et la France. Je suis convenu avec eux de commencer demain mon mouvement rétrograde vers les frontières du Brabant septentrional . Je suis donc déterminé à faire abandonner Louvain demain 14 * à dix heures du matin.
La 2 e division occupera Tirlemont et les environs.
La 3 e eampera entre les villages situés à deux lieues de Louvain. La i re division occupe Diest aujourd'hui et son arrière-garde est à St-Joris-Winghe. La cavalerie suit ce mouvement et les batteries d'artillerie de réserve restent sous la protection de la grosse cavalerie.
Je ne puis terminer ce rapport sans signaler spécialement à V. M. la conduite distinguée qu'a tenue toute l'artillerie qui a été au feu dans la bataille de Louvain; je dois vous nommer la batterie du capitaine Van de Wal qui accompagne la 3 e division , et la batterie d'obusiers commandée par le capitaine Coehorn. J'ai tous les motifs pour recommander à la bienveillance de V. M. tous les oflîciers des états-majors, tant généraux que particuliers, qui ont rempli leur devoir avec zèle et sang- froid, sous le feu de l'ennemi.
J'attends les rapports des généraux de division et des chefs de corps, sur les officiers, sous-officiers et soldats
xjui se sont distingués par leur courage et leur intelligence, afin de les recommander après à la bienveillance de Votre Majesté.
Le Commandant en chef de l'armée des Pays-Bas,
GUILLAUME
Prince d'Orange.
11» Bulletin.
AU ROL Quartier-général de Tirletnont, 15 août 1831.
J'ai l'honneur d'informer Votre Majesté que nous wons continué aujourd'hui notre marche rétrograde.
La l re division s'est concentrée à Diest.
La 2« division est aujourd'hui à St-Trond et dans les environs.
La 3 e division est dans les villages à gauche de la route d'ici à Liège.
L'armée française marche sur nos talons et se trouve dans les villages à droite de la grande route.
Hier et avant-hier nos troupes se sont touchées avec les Français dans quelques cantonnements ; afin d'éviter ce désagrément, j'ai envoyé hier le lieutenant-général baron Constant de Rebecque près le maréchal Gérard au quartier-général français à Wavre, afin de prendre de concert des mesures relatives à la marche ultérieure et aux cantonnements des deux armées.
Le lieutenant-général Constant de Rebecque a conclu avec le chef de l'état-major général français un arrangement par écrit, qui, approuvé et signé parle maréchal Gérard, m'a été envoyé pour être par moi ratifié. Je l'ai également signé et ai l'honneur d'en envoyer une copie à Votre Majesté.
C'est l'aide-de-camp comte de Laigle , qui accompagnait le lieutenant-général Constant de Rebecque, qui est allé remettre au maréchal la pièce par moi signée.
J'ai proposé au maréchal un rendez-vous qu'il a aussitôt accepté avec plaisir ; nous espérons nous rencontrer ici demain avant notre départ pour St-Trond.
Le Commandant en chef de l'armée des Pays-Bas ,
GUILLAUME
Prizce d'Orange.
12 e Bulletin.
AU ROL Quartier-général de St-Trond, 16 août 1831.
J'ai l'honneur d'informer Votre Majesté que l'entrevue çntre le maréchal Gérard et moi a eu lieu aujourd'hui à Tirlemont. Je m'étais flatté de pouvoir renvoyer les troupes de cette ville, afin de la faire considérer comme neutre, et j'aurais voulu y rester seul avec une escorte, afin d'attendre le maréchal. Cependant je me vis dans l'impossibilité de réaliser ce désir , par l'arrivée de volontaires qui de toutes parts pénétrèrent dans la ville, et la menacèrent même de pillage. J'en donnai préalablement connaissance au maréchal , lui proposant de vouloir encore aujourd'hui faire occuper la ville par les troupes françaises, les troupes de V. M. devant y maintenir l'ordre jusqu'à ce qu'elles fussent relevées par les Français.
Peu après, vers les neuf heures, arriva déjà le maréchal lui-même, accompagné de son état-major et d'une petite escorte composée de dragons. Il m'assura aussitôt que, d'après mes souhaits, il avait donné tous
les ordres nécessaires, et que la division du général Hulot était en marche, pour remplacer les troupes de V. M. Je trouvai le maréchal disposé à remplir mes désirs , et j'ai l'espoir bien flatteur que , par cette entrevue, toutes les difficultés, qui auraient pu surgir par la proximité des deux armées et par leurs mouvements, seront entièrement levées.
Je n'ai quitté Tirlemont que lorsque la ville fut occupée par la division du général Hulot. Par là je voulus rendre au maréchal les procédés honnêtes qu'il avait observés à mon égard.
Il était arrivé à Tirlemont lorsque, par la présence des troupes de V. M., cette ville se trouvait être encore mon quartier-général. En quittant la ville, le maréchal eut l'attention de m'accompagner jusque hors de la porte où nous avons pris congé l'un de l'autre.
Le Commandant en chef de l'armée des Pays-Bas,
GUILLAUME
Prince d'Orange.
13 e Bulletin.
AU ROI
Quartier-général de Hasselt, 17 août 1831.
J'ai l'honneur d'informer Votre Majesté que j'ai établi aujourd'hui mon quartier-général ici.
La 3 e division occupe cette ville et les environs.
La l re division se trouve aujourd'hui à Glieel et dans les villages circortvoisins.
La 2 e division est à Helchteren et dans les environs.
Les deux brigades de cavalerie et les batteries de
l'artillerie de réserve ont suivi ce mouvement rétrograde.
Je pense rester ici demain et donner un jour de repos à la 3 e division.
Après -demain j'établirai mon quartier -général à Eindhoven.
Le Commandant en chef de l'armée des Pays-Bas,
GUILLAUME
Prime d 'Orange.
14 e Bulletin.
AU ROI
Quartier-général d' Eindhoven, 20 août 1831.
J'ai l'honneur d'informer Votre Majesté que j'ai établi, hier 19, mon quartier-général ici. Toutes les troupes de Votre Majesté sont retournées aujourd'hui dans le Brabant septentrional. Demain 21, elles voat rentrer dans leurs cantonnements, dans l'ordre suivant.
La l re division aura son quartier-général à Breda et occupera les villages et hameaux environnant cette ville.
La 2 e division établira son quartier-général à Oirschot et sera cantonnée dans les villages circonvoisins. La 3 e division ira occuper Eindhoven et les villages voisins. La l re brigade de cavalerie s'établira à Oosterhout; la deuxième à Eindhoven et les environs.
La division d'infanterie sous les ordres du lieutenant-général Cort-Heiligers occupera St-Oedenrode et les environs. Je pense établir mon quartier-général à Tilbourg.
Je me flatte que Votre Majesté apprendra avec plaisir
appendice. 317
que hier j'ai reçu de Turnhout l'avis du lieutenantgénéral Van Geen, qu'il y a rencontré un aide-de-camp du maréchal Gérard, accompagné d'un officier belge, chargé par le maréchal de faire en sorte que, si dans cet endroit ou dans le voisinage, il se trouvait des troupes belges, elles fussent éloignées à une distance convenable des troupes de Votre Majesté , afin de prévenir, autant que possible, tout contact entre nos troupes et les leurs.
Cette conduite me fournit une nouvelle preuve des sentiments pacifiques du maréchal à notre égard.
Le Commandant en chef de l'armée des Pays-Bas ,
GUILLAUME
Prince d'Orange,