CHAPITRE II
»de manière à ajouter encore quelques pages brillantes »aux annales des Pays-Bas. » Quatre jours plus tard, le prince d'Orange prit lui-même le commandement de l'armée néerlandaise.
En Belgique on doutait toujours. Les uns croyaient de bonne foi que la Hollande n'oserait pas rompre une suspension d'armes proposée par la Conférence de Londres, garantie par les grandes Puissances et expressément acceptée par le roi des Pays-Bas; les autres, ignorant l'état réel de notre armée, et se faisant étrangement illusion sur l'état des forces hollandaises, répétaient que nos anciens frères du Nord se garderaient bien de venir chercher de nouveaux désastres dans nos provinces. Le souvenir des journées de Septembre suffisait pour rassurer ces optimistes.
Les doutes furent bientôt levés. Le 2 août, vers onze heures et demie du matin, au milieu des fêtes que provoquait sa présence, le roi des Belges reçut à Liège une dépêche du général de Tabor. Elle renfermait la copie d'une lettre par laquelle le baron Chassé dénonçait, pour le 4 août, à neuf heures et demie du soir, la suspension d'armes existant entre la garnison belge de la ville et la garnison hollandaise de la citadelle d'Anvers. Le roi s'attendait à recevoir un avertissement analogue de la part du prince d'Orange ; mais il ne tarda pas à apprendre que celui-ci, sans dénoncer l'armistice, sans déclaration de guerre, sans aucun des ménagements que commande le droit des gens, avait franchi la frontière , deux jours avant le terme fixé par le général Chassé (1).
<i) La lettre du général hollandais figure k Y Appendice {L. B.).
5f> aolt 4831.
La nouvelle de l'invasion provoqua chez nous des sentiments bien divers. Les journalistes y virent un événement des plus heureux, et cette opinion était partagée par la classe moyenne et les officiers subalternes. Avec cette confiance excessive, qui est malheureusement un des défauts du caractère national, les masses ne doutaient pas du triomphe de l'armée belge. On disait que cette fois nos soldats ne s'arrêteraient plus au milieu de leurs succès. Nos armes allaient mettre un terme aux protocoles de la Conférence de Londres ! Pourquoi , s'ecriait le Courrier belge, n'irions-nous pas dans la capitale de l'ennemi proclamer la déchéance des Nassau et rétablir la vieille république des Provinces-Unies (1) ?
Les hommes initiés aux secrets de la situation militaire, les esprits réfléchis qui savent ce que vaut l'enthousiasme d'une armée indisciplinée, alors surtout que les chefs ne brillent ni par le mérite ni par l'expérience, ne partageaient point cette confiance aveugle. Sans désespérer de l'avenir du pays, ils étaient loin d'être rassurés sur le résultat de la campagne. Tout en conservant son calme, sa dignité et son courage, le roi Léopold, qui venait de passer en revue les armées de l'Escaut et de la Meuse, manifestait des appréhensions fondées. « Encore, t disait-il, «si j'avais pu consacrer quelques mois à l'organi-
• sation de l'armée, je ne craindrais pas la lutte. Peut-être
• faudrait-il s'en féliciter; l'armée et le pays s'attacheraient «par un succès à leur nationalité naissante et au chef qui •aurait combattu à leur tète; mais être pris ainsi au «dépourvu, cela est malheureux (2). »
{{) V. à V Appendice deux articles empruntés au Courrier belge et au Courrier des Pays-Bas (L.C.).
(î) Histoire du Congrès national, par Th. Jjiste , t. II , p. 588.