‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 20 sur 155 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

» d'Anvers, aucun* menace ne me détournera d'en faire » usage conformément aux lois de la guerre (1). » Ainsi les propriétés , les richesses , les monuments et les chefsd'œuvre de notre métropole commerciale étaient à la merci d'un général étranger, que la défaite avait aigri et dont l'énergie sauvage n'était pas un mystère !

Des scènes d'une inexprimable confusion suivirent la réponse de Chassé; la panique s'accrut des précautions mêmes que l'administration était obligée de prendre. Ce fut avec une véritable terreur qu'on vit placer sur des charrettes et diriger sur Louvain 800 malades recueillis dans les hôpitaux. Les mêmes impressions se manifestèrent lorsque les orphelins et les autres pensionnaires des hospices sortirent en cortège, s'acheminant tristement vers les villages de l'intérieur. Les pompiers de Gand, de Malines et de Bruxelles, arrivés la veille avec de nombreuses pompes à ineendîe, n'annonçaient que trop l'imminence du danger. A chaque instant on voyait aecourir des troupes de paysans échappés à grand'peine des polders inondés, entraînant leur bétail, pleurant leurs désastres et grossissant dans leur terreur le nombre et les progrès des ennemis. Il n'en fallait pas tant pour qu'une partie notable de la population se précipitât vers les portes, emportant ses valeurs les plus précieuses. Lorque le roi arriva aux abords de la place, des milliers de femmes et d'enfants couvraient la route.

Dans la nuit du 4 août, le général Belliard, ministre plénipotentiaire de France auprès du roi des Belges, essaya vainement de fléchir Chassé et d'obtenir une pro-

(1) CftrrcspondtBCc <U Chaste. — Cwrritr 4t te Mtutt du 3 atàt 1831.

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Ion galion de l'amnistiée pour la ville. De même qu'au général de Tabor, il lui fut répondu que les droits de la guerre légitiment l'emploi de tous les moyens de destruction que réclament les besoins de l'attaque ou de la défense. L'ambassadeur fit une seconde tentative dans la matinée du lendemain, et cette fois le noble vétéran de l'Empire fut plus heureux. Il ébranla la fermeté du général hollandais, en déclarant que la France et les autres grandes puissances avaient pris Anvers sous leur protection, et qu'elles demanderaient un compte sévère de l'incendie d'une ville de commerce qui avait spontanément offert de conserver sa neutralité. Chassé ne voulut pas, il est vrai, renouveler l'armistice; mais il s'engagea à suspendre les hostilités jusqu'à ce qu'il eût reçu de nouvelles instructions du gouvernement de La Haye (1).

Rassuré sur le sort d'Anvers, le roi porta, le jour même, son quartier-général à Malines. Là il se fit rendre compte des positions occupées par les Hollandais, démêla rapidement leurs projets, et transmit à nos généraux des ordres qui pouvaient encore sauver l'armée nationale.

Afin de masquer leurs desseins et d'opérer des diversions au profit de l'armée du prince d'Orange, les Hollandais avaient, le 2 et le 3 août, simultanément menacé les fronfièrcs de toutes nos provinces qui touchent à la

(1) Quatre jours après, le 8 août, le général Chassé informa le général Bolliard que le gouvernement hollandais refusait de renouveler l'armistice ; mais il fit en même temps annoncer au général de Tabor que la ville n'avait rien à craindre , aussi longtemps que la garnison hollandaise de la citadelle ne serait pas forcée d'user de représailles. La ville ne fut pas inquiétée.

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