‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 27 sur 155 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

d'armes. Inquiet et sombre, Daine repoussait ces nobles instances ! N'ayant aucune donnée certaine sur les forces de l'ennemi, il craignait, disait-il, de se fourvoyer. Dix mille hommes étaient là, l'arme au bras et demandant à combattre !

Aussi timide dans le commandement que valeureux dans l'action, Daine finit cependant par envoyer au combat un bataillon du 2« régiment et deux compagnies de voltigeurs du 11«. C'était trop peu pour rendre la journée décisive, mais c'était assez pour repousser l'ennemi du village de Houthalen. Les Belges reprirent aussitôt l'offensive. Divisés en trois colonnes, ils attaquèrent l'ennemi au pas de course, aux cris mille fois répétés de Vive le Roi, vivent les Belges! Le village fut emporté à sept heures du soir, et les Hollandais se retirèrent en désordre à deux lieues du champ de bataille. L'attaque avait été tellement vive que le colonel de Villers (Belge de nation) fut tué d'un coup de baïonnette par un chasseur du bataillon des tirailleurs de la Meuse. La route était couverte de cadavres, et des rapports officiels attestent que Cort- Heiligers avait dirigé sur Eindhoven 151 voitures de blessés, indépendamment de ceux qui furent recueillis par nos soldats. Il est vrai que, de notre côté, nous avions à déplorer la perte d'un assez grand nombre de braves (1).

Ce fut le 6 août, pendant le combat de Houthalen,

(1) Plusieurs actes de bravoure ont signalé cet épisode de la campagne. Le capitaine Raikcra, aide-de-camp de Daine, et un officier de cuirassiers, le lieutenant Mcuret , traversèrent les marais situés entre le camp et le village , à la tête de 25 cuirassiers , et mirent en fuite la grand'garde de l'ennemi.

46 août 1831.

à six heures du soir, que le général de Failly parvint à remettre à Daine Tordre que le roi avait donné la veille et que nous avons transcrit ci-dessus. Au lieu d'obéir avec cette promptitude qui est une des vertus du soldat; au lieu d'apprécier en général les avantages incontestables que présentait une marche de flanc vers l'armée de l'Escaut, Daine reçut l'instruction royale avec des murmures et des plaintes. « On me donne, dit-il, l'ordre de passer sur »le ventre de 21,000 hommes qui se trouvent à Diest, *s'U est possible, sans compter le corps de 10,000 hommes »que je bats, et sans s'inquiéter si j'ai une livre de pain »et de viande pour nourrir mes 9,000 hommes, dans un apays aussi accidenté que celui de Diest, ayant en face et »sur mon flanc droit des forces imposantes. On doit » laisser à un général commandant une armée les coudées » franches. Mon plan est depuis longtemps arrêté de porter »la guerre dans le Brabant septentrional, dont la population nous est acquise; de nourrir la guerre par la guerre; »de relever le moral des Belges en les faisant aller en » avant; d'obliger les forces ennemies à rétrograder pour » défendre leur sol, et, faisant tète de colonne à gauche, »de rejoindre le général de Tieken, après avoir porté la » terreur dans le Brabant Septentrional (1). »

Si Daine ne s'était pas donné la peine de publier luimême cette étrange réponse, on serait tenté de l'attribuer à un ennemi mortel du vieux général. Quoi! Daine qui, placé à la tête d'une armée de 10,000 hommes, laisse peser sur trois de ses bataillons et deux compagnies de voltigeurs tout le poids de l'attaque ; Daine qui, de crainte

(1) Mémoire au Roi, p. 15.

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