CHAPITRE H
de se fourvoyer, n'ose pas même envoyer un escadron de cavalerie pour seconder ces braves qui mettent en fuite toute une division hollandaise , Daine veut marcher en avant et porter la guerre dans le Brabant septentrional! Il reste immobile en présence d'une division de gardes communales, et il veut aller braver les garnisons deBoisle-Duc, de Berg-op-Zoom et de Breda, outre la réserve que l'ennemi avait prudemment laissée sur ses derrières ! Et comment qualifier cette singulière prétention qui consiste à imposer au roi l'obligation de laisser à tout général de division les coudées franches î
Daine devait et pouvait obéir. En partant le 7, au lever du soleil, il lui était possible d'arriver le même jour en vue de Diest, par Zolder et Meldert. C'était une distance de cinq lieues à franchir, et les circonstances étaient favorables. La veille, le général hollandais Meyer avait quitté Beeringen pour aller prendre position à Herck-la-Ville, laissant, entre lui et la route à parcourir par Daine, une distance de trois lieues, un pays entrecoupé de ruisseaux et de bois, la rivière le Demer et les marais du Schuelens- Broeck. Cort-Heiligers, à la vérité, avait profité de la nuit pour réunir ses régiments à Heusden ; mais le combat de la veille avait assez prouvé que cette division de gardes communales était peu redoutable.
Que Daine se sentit embarrassé au moment où le général de Failly lui communiqua les ordres du roi, on le conçoit sans peine; mais comment expliquer ses appréhensions en présence d'un fait qui se passa le lendemain et que Daine lui-même rapporte en ces termes : « Le 7, de » bonne heure, voulant avoir des nouvelles de l'ennemi, «j'envoyai une forte reconnaissance d'infanterie et de
48 août 1831.
*> cavalerie dans la direction de Houthalen sous les
» ordres de mon aide-de-camp Capiaumont : cet officier » s'assura de la retraite et atteignit l'ennemi près de »Zolder; il était en désordre se dirigeant sur Beeringen »et Diest. Les chemins étaient jonchés de morts et de » bagages; la terreur était dans ses rangs (1). » — Si l'ennemi se retirait en désordre; si la terreur régnait dans ses rangs, pourquoi ne pas se jeter sur ses derrières, achever sa déroute et marcher sur Diest?
Il est vrai que cette marche en avant, entre les divisions de Cort-Heiligers et de Meyer, n'était pas exempte de danger. En apprenant le mouvement offensif de Daine, le prince d'Orange pouvait donner à Meyer l'ordre de repasser le Demer, par les chemins qu'il avait suivis la veille pour se rendre à Herek-la-Ville. Alors, attaquées en face par Van Geen, sur leur fflane gauche par Meyer, sur leur flanc droit par Cort-Heiligers, pendant que la division du duc de Saxe-Weimar eût entravé les mouvements de l'armée de l'Escaut, les troupes de Daine étaient exposées à subir des pertes terribles. Mais si l'armée de la Meuse n'était pas assez aguerrie pour subir cette épreuve décisive, son général avait un autre parti à prendre. L'ordre du 5 août prescrivait, il est vrai, de prendre le chemin de Diest; mais si les abords de cette place étaient trop fortement occupés par l'ennemi, Daine devait en informer le roi et marcher sur St-Trond et Tirlemont, pour se diriger de là, selon les circonstances, sur Aerschot ou Louvain. Le roi se serait empressé de modifier son plan de campagne, et la jonction des armées
(1) Mémoire au Roi , p. 16.